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Quels sont les actes de guerre commis à l’endroit où se trouve aujourd’hui le complexe de la VRT et de la RTBF ?

Ils pouvaient choisir leur dernier repas, fumer une dernière cigarette, rédiger une lettre d’adieu à leur famille ou à leurs proches. Voilà en quoi consistait la nuit précédant le transfert des résistants vers Schaerbeek sur le site du Tir national pour y être fusillés. Certains y reposent encore aujourd'hui. Car un peu à l'écart, derrière le bâtiment Reyers de la VRT et de la RTBF, se trouve un lieu de mémoire méconnu, l’Enclos des fusillés.

Eric Steffens
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L’hebdomadaire bruxellois BRUZZ, destiné aux bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale dans sa rubrique "Big City".

Pourquoi l’occupant allemand avait-il choisi cet endroit comme lieu d'exécution des résistants ? Bien avant que la VRT et la RTBF n'y érigent leur bâtiment, c'est là que se trouvait le stand de tir national belge. C'était le deuxième à être construit à Schaerbeek. Un premier complexe appelé les Cibles nationales avait été établi en 1859 sur la place Dailly. Le second plus moderne, sur un terrain de 20 hectares situé le long du boulevard Auguste Reyers en 1888.

Le Tir national était un grand complexe comprenant des stands de tir intérieurs, des zones de tir extérieures et une prairie avec des buttes de tir pour apprendre à tirer sur de faux oiseaux. Avant la Première Guerre mondiale, il était prévu que la Garde civique vienne s'y entraîner au tir. La Garde civique était une sorte d'armée auxiliaire composée de civils.

Durant la première Guerre mondiale, la Garde civique est supprimée par l’occupant et le Tir national réquisitionné par les forces allemandes. C'était l'endroit idéal pour exécuter des soldats et des résistants. Plusieurs personnalités y ont perdu la vie. C'est au Tir national que furent fusillés l'infirmière britannique Edith Cavell et l'architecte Philippe Baucq, tous deux principaux membres d'un réseau qui cachait et soignait de nombreux soldats belges et français.  

Edith Cavell avait aussi fourni aux services de renseignement britanniques des informations qu'elle avait obtenues de soldats allemands blessés en les soignant. Lorsque les Allemands l'ont arrêtée en compagnie de plusieurs membres de son réseau, elle sera incarcérée à la prison de Saint-Gilles. Edith Cavell sera fusillée le 12 octobre 1915 au Tir national en même temps que Philippe Baucq. L’infirmière britannique y reposera jusqu'à la fin de la guerre avant le rapatriement de sa dépouille à Norwich. Edith Cavell fut considérée en Grande-Bretagne comme une martyre. Elle "symbolisa le dévouement d’une femme en temps de guerre".

Une autre martyre célèbre est Gabriel Petit, c’est une jeune infirmière et résistante belge d’origine tournaisienne qui a fait de l'espionnage pour le compte des Alliés. Arrêtée à l’âge de 21 ans, elle sera condamnée à mort par un tribunal militaire allemand et fusillée le 1er avril 1916 au Tir national.

La guerre finie, les restes de Gabrielle Petit seront exhumés. Elle repose aujourd’hui au cimetière de Schaerbeek. Une statue à la mémoire de la jeune héroïne est érigée place Saint-Jean à Bruxelles. Une autre lui est consacrée dans sa ville natale de Tournai.

La statue de Gabrielle Petit (1893 – 1916)

Durant la Première Guerre mondiale, environ 35 personnes ont été exécutées par les Allemands sur le site du Tir national. Par la suite, elles ont reçu des tombes commémoratives sur ce site, certaines ont été exhumées pour être inhumées ailleurs.

Plus tard, lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, les Allemands n'ont pas tardé à réoccuper le site du Tir national. Cette fois, les exécutions y ont été beaucoup plus nombreuses: plus de 260 personnes seront fusillées au cours de cette période. Parmi elles, de nombreux résistants.

L'un d'entre eux Youra Livchitz, un résistant juif avait mené avec ses camarades Robert Maistriau et Jean Franklemon, une attaque héroïque contre le 20e convoi, un convoi ferroviaire parti de la caserne Dossin à Malines à destination d'Auschwitz. Grâce à cette attaque, les trois jeunes résistants ont permis à plus de 200 déportés de s'échapper du train. Youra Livchiz fut cependant arrêté un peu plus tard par la gestapo et fusillé au Tir national, le 17 février 1944.  

Un lieu de mémoire

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la prairie où furent fusillés ces résistants, a été transformée en un lieu de mémoire. Le stand de tir, lui a été démoli en 1963, mais l’Enclos des fusillés a été préservé.

La plus grande partie du site de l'ancien Tir national est actuellement occupée par les bâtiments de la cité de la télévision de service public RTBF et VRT. Un monument aux martyrs civils des deux guerres (photo) a été érigés dans les années 1960 à la place des Carabiniers près de l’entrée du complexe Reyers, du côté de la VRT.

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