Depuis le 1er juillet et jusqu’au 5 novembre, le musée d’art moderne et contemporain belge d’Ostende Mu.ZEE présente l’œuvre d’Anna Boch (1848-1936), qui fut autour des années 1900 l’artiste féminine la plus importante de Belgique, bénéficiant en outre d’une solide réputation internationale pour ses toiles impressionnistes, qui ont souvent la nature pour thème (photo). Cette peintre résolument indépendante et qui aimait le voyage et l’aventure conduisait une voiture. Elle fut la seule femme à faire partie du cercle avant-gardiste "Le groupe des XX". Et elle était aussi mécène : elle collectionnait les œuvres d’autres artistes. Comme l’unique toile que Vincent Van Gogh vendit de son vivant. Le Mu.ZEE expose d’ailleurs aussi des œuvres de Van Gogh, Signac ou Gauguin venus de musées étrangers. Il escompte 50.000 visiteurs pour cette exposition attendue de longue date.
Le Mu.ZEE d’Ostende présente le voyage impressionniste d’Anna Boch
Pour l’exposition consacrée à Anna Boch, Mu.ZEE baigne dans des teintes violettes. Non pas parce que ce serait une couleur qui va bien aux artistes féminines, souligne le musée ostendais, mais parce qu’Anna Boch dessine des ombres à la manière impressionniste : pas grises mais multicolores et souvent violettes.
Le musée expose des œuvres de l’artiste née en 1848 à Saint-Vaast près de La Louvière dans le Hainaut et décédée en 1936 à Bruxelles - beaucoup de paysages, des jardins, des fleurs et des rochers -, mais aussi des toiles de peintres contemporains dont elle collectionna les œuvres, comme Ensor, Gauguin, Signac et Van Gogh. Le visiteur y découvre aussi l’univers de vie de Boch. "Elle prenait sa propre vie en main, jouait le rôle principal et faisait des choix très réfléchis", expliquait à VRT NWS le curateur Stefan Huygebaert.
La céramique Boch
Cette peintre impressionniste de la fin de siècle fait partie de la famille Boch qui possédait de nombreuses entreprises, dont la fabrique de céramique Royal Boch implantée à La Louvière dans le Hainaut. Celle-ci existe encore sous le nom de Villeroy & Boch. Anna Boch - dont une rue de Bruxelles porte le nom depuis quelques années - ne s’est jamais mariée et était suffisamment fortunée que pour pouvoir façonner sa vie comme elle l’entendait. Elle quitta le château familial près de La Louvière pour acquérir diverses demeures à Bruxelles - mettant par moments l’architecte gantois Victor Horta au travail pour elle -, avant de s’installer à la Villa Maria à Middelkerke, au littoral. Tout en faisant des voyages dans toute l’Europe, au volant de sa voiture Minerva.
"C’est quelqu’un que j’aurais volontiers voulu rencontrer, une femme libre d’esprit", reconnait admiratif le directeur du Mu.ZEE, Dominique Savelkoul. "Il est grand temps de lui donner la reconnaissance qu’elle mérite".
L’Académie était terrain interdit pour les femmes à son époque, mais Anna Boch appris à peindre en autodidacte, depuis ses premiers croquis de voyage et cours privés jusqu’à de fréquentes collaborations avec d’autres artistes, qui leur permettaient d’apprendre les uns des autres. A quel point a-t-elle dû se battre dans le monde masculin de l’art ? "Elle a de toute façon dû se battre. Mais il est beau de voir que ses collègues directs la considéraient comme leur égale et ne la poussaient en aucun cas de côté", soulignait Stefan Huygebaert.
"Il y avait beaucoup de critiques qui éprouvaient des difficultés face au travail d’Anna Boch, comme si c’était un miracle qu’une femme possède du talent et puisse réaliser des œuvres d’art de qualité", remarquait encore le curateur de l’exposition. Ainsi, le poète Emile Verhaeren écrivit un jour : "Mais à côté de qualités très réelles il manque quelque chose à cette artiste … être un homme".
Il y eu certainement des influences croisées avec d’autres artistes. Dans les toiles d’Anna Boch, on peut ainsi voir des allusions à James Ensor, aux impressionnistes et pointillistes, ou à Vincent Van Gogh. "Il y a d’ailleurs ce fait célèbre et incontournable à propos d’Anna Boch : elle est la seule qui ait jamais acheté une toile de Van Gogh du vivant de ce dernier", souligne Stefan Huygebaert. Son choix se porta sur "La vigne rouge à Montmajour", une œuvre qui n’est pas incluse dans l’exposition à Ostende parce qu’elle se trouve dans un musée russe. Une autre toile de Van Gogh a par contre été envoyée du Musée d’Orsay à Paris. C’est le portrait d’Eugène Boch devant un ciel étoilé, le frère d’Anna qui était également peintre.
Anna Boch était donc collectionneuse et mécène. Les œuvres qu’elle a achetées se retrouvent d’ailleurs littéralement dans ses propres tableaux, lorsqu’elle peignit son intérieur somptueux. C’est l’une des forces d’attraction que Boch exerce sur le curateur Huygebaert. Tout comme "une atmosphère estivale positive" dans son œuvre. Ce n’est donc pas un hasard si la toile qui illustre les affiches annonçant l’exposition au Mu.ZEE est "En juin". On y voit une femme se protégeant du soleil avec une ombrelle et admirant une Clématite violette. La scène baigne dans une chaleur estivale.
En voyage à bord de la Minerve
Anna Boch était une aventurière dans l’âme. Elle enchaînait les voyages, accompagnée de membres de sa famille ou d’amis. "C’est bien pour nous, car ces voyages ont donné lieu à de belles œuvres d’art ", souligne Stefan Huygebaert. Des peintures rupestres impressionnantes de la Bretagne, mais aussi des impressions de voyage sur de petites "cartes postales" de carton, des carnets de voyage et déjà quelques photos. On y voit par exemple Anna Boch et son frère Eugène, dans le sud de la France, avec une dame de compagnie et un chauffeur dans une voiture Minerve de fabrication belge (photo).
Et ce n’est pas tout : Anna Boch jouait aussi de l’orgue et se fit construite une maison autour d’un tel instrument. Elle y organisait des salons de musique et y recevait la visite du Français Claude Debussy et d’autres compositeurs et musiciens. Elle se rendait aussi régulièrement au Festival Wagner à Bayreuth.
L’œuvre et la vie d’Anna Boch, son art pictural et la musique sont donc à découvrir au musée d’art moderne et contemporain Mu.ZEE d’Ostende. "Nous attendons beaucoup de cette exposition", indiquait le directeur du musée Dominique Savelkoul. "Nous estimons à 50.000 le nombre de visiteurs. De nombreux tickets ont été vendus à l’avance, et beaucoup de commandes importantes viennent de France et d’Allemagne". Il est donc conseillé de réserver avant de se rendre à Ostende au Mu.ZEE.
L’exposition "Anna Boch. Un voyage impressionniste" est à voir au Mu.ZEE encore jusqu’au 5 novembre, tous les jours de 10h à 17h30, sauf le lundi, le 25 décembre et le 1er janvier.

