D’ici la fin de l’année, onze nouvelles "chambres réparatrices" seront mises en service dans les tribunaux correctionnels du pays, annonçait ce mercredi le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne, à l'occasion d'une visite de la salle de réparation pour les cas de violence intrafamiliale du tribunal correctionnel de Malines (en province anversoise). Le principe de ces chambres est qu'il faut d'abord s'attaquer aux problèmes sous-jacents - d'addiction à l’alcool ou aux drogues ou d'agressivité par exemple - avant que la Justice ne prononce une sentence. L'objectif est également de limiter le risque de récidive. Un montant de 4,6 millions d'euros a été débloqué pour engager 72 nouveaux collaborateurs pour ces chambres.
La Justice propose des "chambres réparatrices" dans les tribunaux correctionnels : "Mieux que les peines classiques"
Il existe déjà onze chambres réparatrices dans le pays à l'heure actuelle : 10 "chambres de traitement de la toxicomanie", ainsi que la salle pour les cas de violence intrafamiliale de Malines. Les premières chambres sont apparues en 2008 à Gand, dans le but d’aider les toxicomanes.
Le ministre Van Quickenborne veut à présent étendre le système : "Au début de la législature, il y avait 5 chambres réparatrices. D’ici le début de 2024, il y en aura 22. En Flandre, elles seront installées à Termonde, Oudenaarde et Louvain. Avant tout pour le suivi de délits liés aux stupéfiants, mais aussi pour les violences intrafamiliales. A Anvers il y a aussi une chambre réparatrice pour les jeunes criminels qui sont tous juste majeurs. Nous préparons aussi un cadre juridique pour ancrer ces chambres réparatrices. Cela fonctionne mieux que la justice pénale classique", soulignait le ministre de la Justice.
"Quelque 70% des condamnés récidivent dans les cinq ans dans notre pays. Très souvent, ils sont confrontés à un problème sous-jacent, comme la toxicomanie, l'abus d'alcool ou l'agressivité, qui les poussent à commettre des infractions. Dans ces salles réparatrices, nous souhaitons les aider à remédier à ces difficultés."
Approche innovante
Si le prévenu reconnait les faits et accepte de suivre un processus de restauration, le juge peut décider de reporter le procès et de fixer plusieurs moments d'évaluation intermédiaire. En présence d'un problème de drogue, la personne doit, par exemple, s'engager à se faire hospitaliser.
Un prévenu agressif devra, lui, suivre des cours de gestion de l'agressivité ou suivre une thérapie chez un psychologue. La condition pour engager un processus de restauration est que les faits soient reconnus, que les personnes admettent qu'elles rencontrent un souci et qu'elles acceptent d'y remédier. Parmi les personnes qui ont depuis suivi un trajet restauratif, une baisse de 31% des récidives a été enregistrée.
Je suis redevenu moi-même. Je suis nettement plus calme
Dirk (nom d'emprunt), auteur de violence intrafamiliale
Le journaliste Philip Heymans (VRT) a pu s’entretenir avec ‘Dirk’ (nom d’emprunt) qui se débat depuis des années avec un problème d’agressivité. "J’ai été confronté à la justice à cause d’un abus de substances. Avant tout l’alcool, mais aussi des drogues. Dès que j’en consommais, je devenais agressif. Envers les gens qui se trouvaient le plus proche de moi. J’ai fait usage une fois de violence physique, heureusement sans qu’il ne tombe de blessé. Le reste c’était de la violence verbale et casser des objets".
Dirk a passé deux périodes en détention préventive. "Mais dès que je ressortais de prison, je commettais de nouveaux faits, sous influence". Cela arrive souvent, constate Nele Poelmans. En tant que substitut au parquet d’Anvers, elle est l’une des initiatrices de la chambre réparatrice pour les violences intrafamiliales à Malines. "Nous avons une variété de possibilités, comme une interdiction temporaire de résidence pour les suspects, ou une arrestation ou certaines conditions. Mais si nous voulons éviter à long terme un comportement violent, nous devons travailler à un véritable changement de comportement", indiquait Poelmans.
Au début de cette année, ‘Dirk’ a reçu la proposition de se faire accompagner par la chambre réparatrice de Malines. Tous les mois, il devait comparaitre devant un juge pour prouver qu’il suivait un trajet pour résoudre son problème d’agressivité. "J’ai passé deux séjours résidentiels et plusieurs admissions de jour. Maintenant, j’ai encore un entretien avec un psychiatre toutes les semaines. Ce n’est pas facile, mais cela marche bien. Je suis redevenu moi-même. Je suis plus calme et je me comporte de façon plus posée avec les gens autour de moi. Je n’ai plus commis de nouveaux faits".
La peine pour des délits n’est fixée qu’après le trajet d’accompagnement, "ce qui fait que les prévenus font tout pour suivre les sessions. Parfois ils acceptent l’accompagnement seulement pour ne pas avoir de peine. Mais au fil des sessions, ils comprennent que leur vie est plus agréable, que leur partenaire et leurs enfants sont plus heureux. Ils sont alors motivés pour continuer à faire des efforts à l’avenir", indiquait la juge Suzy Vanhoonacker.
