C’était le temps des cassettes audio et VHS, des premiers GSM, l’arrivée de l’internet et de Windows 95, les séries télévisées américaines et la folie des flippos qui envahissait toutes les plaines de jeux, les folles chaussures Buffalo et les chemises bigarrées, les méga discothèques. "Mais c’est aussi la toute dernière époque analogique et la fin de l’ère où l’on pouvait être encore vraiment injoignable", rappelle Sam De Schutter, le conservateur de cette exposition qui vient d’ouvrir à la Maison d’Alijn à Gand (Flandre orientale). Le musée consacré aux traditions, rituels et habitudes de la vie quotidienne du 20e siècle à nos jours accueillera jusqu’au 21 avril 2024 "Expo 90's", en rappelant aussi les tendances, les modes, les changements rapides et les grands événements qui ont rythmé cette décennie en Belgique.
Le musée gantois Huis van Alijn propose une expo nostalgique sur les années '90
"Dans les années 1990’, nous avions le tamagotchi, le furby et bien sûr le flippo", se souvient Sam De Schutter, conservateur du musée gantois Huis van Alijn. Rappelez-vous (ceux qui ont au moins une trentaine ou quarantaine d’années aujourd’hui) : le tamagotchi est cet animal de compagnie virtuel créé en 1996 par la société japonaise Bandai pour amuser les enfants, surtout ceux qui n'ont pas d'animaux domestiques et se sentent seuls. Ce jouet incite aussi les enfants à prendre soins d’un animal au quotidien, sous peine de le voir mourir.
Son cousin éloigné, le furby (photo), est un jouet robotique électronique sous forme d'une petite peluche animée interactive, que les enfants doivent traiter avec grand soin en tant qu'animal de compagnie virtuel.
Quant aux flippos, il s’agissait de rondelles de carton ou plastique glissées à l’origine dans les paquets de chips de la marque Smiths et arborant des personnages des dessins animés Looney Tunes. Ils furent introduits en Belgique et aux Pays-Bas en 1995 et devinrent rapidement un jeu extrêmement populaire dans les cours de récréation des écoles primaires. Les flippos servaient à certains jeux, mais faisaient avant tout l’objet de multiples échanges.
La Game Boy (photo), créée au Japon en 1989, était arrivée en Europe en 1990. Cette console portable de jeu vidéo allait aussi révolutionner la manière des enfants de jouer.
"Les années ’90 sont aussi l’époque du triomphe du marché libre et de la commercialisation. Ce qui se traduisit notamment par un large éventail de ‘merchandising’" - des produits de promotion liés à un spectacle, un groupe artistique, ou à une marque par exemple - "destiné avant tout aux jeunes", rappelle Sam De Schutter.
Dans les années ’90, la numérisation prit également son envol. "Il y avait déjà des ordinateurs, mais l’internet fit son apparition". Ce réseau informatique mondial accessible au public engendrait une véritable explosion dans les échanges d’informations. "Et puis les premiers téléphones mobiles, énormes, allaient progressivement être remplacés par de plus petits exemplaires. Le réseau s’étendit. C’est la décennie de l’accessibilité", résume le conservateur de la Maison d’Alijn, avec un brin de nostalgie. Car ce fut aussi la dernière décennie où l’on pouvait encore être vraiment injoignable : on s’appelait par téléphone fixe ou d’une cabine téléphonique (photo).
On peut d’ailleurs découvrir dans l’exposition des objets d’une époque résolument révolue : des cartes de téléphone, des floppy disks pour sauver des données informatiques venant d’un ordinateur, voire même des appareils photos que l’on jetait après avoir utilisé toute la bobine de film qu’ils contenaient et en avoir fait développer les photos. Des artéfacts considérés comme "vintage" par les jeunes aujourd’hui, et qui suscitent même souvent leur étonnement.
Beaucoup de choses ont effectivement évolué entretemps : la bibliothèque de cassettes vidéo a été remplacée par le service de streaming à la demande, et le petit caméscope (photo) permettant de filmer facilement en se déplaçant est aujourd’hui intégré dans nos smartphones. La radio ne s’écoute plus que rarement via un radiocassettes (ghetto-blaster) et notre musique favorite n’est plus stockée sur de petites cassettes (qui n’ont pas bien résisté à une écoute en boucle). C’est via Spotify ou Apple Music que la plupart des jeunes et moins jeunes écoutent aujourd’hui leurs airs préférés.
L’exposition montre ces évolutions dans un cadre historique et social plus large. "Comme les années '90 ne sont pas si lointaines, beaucoup de gens possèdent encore des souvenirs et des objets personnels", soulignait la directrice du musée, Ann Van Nieuwenhuyse.
La culture populaire
La nouvelle exposition fait aussi ressurgir la culture populaire de l'époque, comme les séries télévisées et les clips vidéo qui ont marqué toute une génération. Les télévisions commerciales, comme VTM et VT4 en Flandre, remportaient un succès accru auprès du public et rendaient des séries télévisées américaines comme "Friends" (premier épisode en 1994) et "The Simpsons" (sortie fin 1989) extrêmement populaires.
La radio devenait aussi plus populaire à l’époque, avec par exemple le lancement en 1992 de Radio Donna (devenue MNM en 2009) par la VRT. Les chaines diffusaient notamment les tubes internationaux de groupes de jeunes musiciens, comme Backstreet Boys, ou de jeunes chanteuses comme les Spice Girls.
En Belgique, la musique pop, dance, électro et disco locale était également diffusée dans des méga dancings en vogue dans la dernière décennie du 20e siècle, comme le Zillion, La Rocca ou le Boccaccio.
La culture pop de l’époque est aussi liée à une mode vestimentaire, qui attire à nouveau aujourd’hui. L’exposition gantoise montre des photos de jeunes de l’époque dont les vêtements sont actuellement prisés dans les magasins de seconde main. Quant aux chaussures plateau Buffalo à la semelle extrêmement haute, elles sont à nouveau follement à la mode.
Les drames nationaux
L’exposition met également en lumière les événements qui ont rythmé les années '90, par le biais de séquences vidéo et de coupures de presse, notamment. La dernière décennie du siècle passé aura notamment vu le décès inopiné du roi Baudouin, le 31 juillet 1993 alors qu‘il était en vacances en Espagne. Le choc fut grand pour la population et on assista à un véritable deuil national.
Trois ans plus tard, en 1996, le pays était secoué par l’affaire Dutroux. Avec l’aide de quelques complices, le pédophile Marc Dutroux enlevait plusieurs fillettes et adolescentes, les dissimulaient dans des caches construites dans l’une de ses maisons et abusaient d’elles. Quatre de ses victimes n’ont pas survécu. L’indignation populaire rassembla 300.000 personnes dans les rues de Bruxelles pour une Marche Blanche (photo) réclamant la protection des enfants. L’affaire Dutroux mena aussi à une réforme de la justice et des services de police, ainsi qu’à la création de Child Focus, la fondation pour les enfants disparus et sexuellement exploités, en 1997.
Les années ’90 auront donc été, en Belgique notamment et surtout dans le domaine technologique, des années de changement rapide de notre quotidien.
"Expo 90's" est à voir jusqu’au 21 avril 2024 au musée Huis van Alijn (Maison d’Alijn). Adresse : Kraanlei 65 à 9000 Gand.
Ouvert lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9h à 17h. Samedi, dimanche, jours fériés et vacances de 10h à 18h. Le premier jeudi des mois de juillet à novembre ouvert jusqu’à 22h. Fermé le mercredi.
Pour plus d’informations et acheter des billets d’entrée, consultez le site internet du musée.
