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Le secteur de la santé mentale réclame des traducteurs pour les patients non néerlandophones, "pour éviter des situations désespérées"

Le Centre de soins de santé mentale pour le Brabant flamand (CGG Vlaams-Brabant) et l’Association flamande des psychologues cliniciens (VVKP) tirent la sonnette d’alarme : le secteur de la santé mentale en Flandre réclame des autorités un soutien financier accru pour pouvoir intervenir dans les coûts générés par le recours à des traducteurs sociaux pendant la thérapie de patients qui ne parlent pas le néerlandais. Ces coûts sont élevés et viennent s’ajouter aux frais de consultation. "Les patients allophones ne peuvent payer les services d’un traducteur social, leurs soins sont alors reportés et la thérapie n’a parfois même jamais lieu, ce qui engendre des situations désespérées", souligne Anne Roekens, directrice du Centre de soins de santé mentale en Brabant flamand.

Anne François Leslie Hodge
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"C’est en Belgique que j’ai appris que j’avais un cancer des poumons", témoigne Barbara Gluszek, une Polonaise qui réside à Louvain (Brabant flamand). Elle est venue s’installer en Belgique il y a quelques années, pour des raisons sentimentales, et y travaillait comme femme de ménage. En Pologne on lui avait déjà diagnostiqué un cancer du sein. "Mais après l’ablation d’un sein, le cancer était maîtrisé".

"Recevoir à nouveau un diagnostic de cancer a été très pénible pour moi", confiait encore Barbara Gluszek à VRT NWS. "Et en plus je ne maîtrisais pas bien le néerlandais. Il m’était d’autant plus difficile de comprendre les médecins et le traitement qu’ils me conseillaient de suivre". La patiente polonaise tomba en dépression et se rendit chez un psychologue. "Grâce à la présence d’un traducteur, j’ai pu parler de mes sentiments et de ce que je vivais dans une langue que je maîtrise. Cela m’a fait du bien", témoignait Barbara Gluszek.

“Pas de décision importante sur base de Google Translate”

“Sans la présence d’un traducteur, la communication était impossible avec Madame Gluszek", indiquait Maarten Leyssen, le psychiatre traitant, en formation au Centre de soins de santé mentale pour le Brabant flamand. Selon ce spécialiste, il est essentiel pour une psychothérapie que le patient et le médecin se comprennent. "En plus de cela, le psychiatre doit prendre des décisions importantes. S’il doit le faire sur base d’une traduction de l’outil Google Translate plutôt qu’avec l’aide d’un traducteur, cela peut mener à de gros malentendus".

Les autorités partent du principe que les nouveaux arrivants de langue étrangère se débrouillent, regrette Ayse Dogan, psychologue au Centre de soins de la santé mentale pour le Brabant flamand. "Mais dans le cas d’un problème médical ou psychologique, on constate que ces allophones maîtrisent encore moins bien le néerlandais". Certains d’entre eux sont alors stressés, en panique, voire même en colère. "Quelque chose ne va pas, mais ils ne parviennent pas à l’exprimer en néerlandais. Cela peut conduire au désespoir", souligne Ayse Dogan.

"Parfois les enfants endossent le rôle d’interprète"

Anne Roekens, directrice du Centre de soins pour la santé mentale en Brabant flamand, confirme les propos de la psychologue. "Quand les patients ne peuvent être conseillés dans leur langue maternelle, on constate souvent qu’ils reportent le traitement. Conséquence : les coûts sociaux n’en deviennent que plus élevés".

A l’heure actuelle, les nouveaux arrivants qui ne parlent pas le néerlandais font souvent appel à une connaissance ou un proche qui peut les aider en traduisant. "Ce n’est pas une bonne situation et cela a souvent des effets négatifs sur la vie privée", met en garde Anne Roekens. "Qu’est-ce qui peut alors être dit, ou pas ? La relation thérapeutique n’est plus la même que si vous travaillez avec l’aide d’un traducteur".

Cela entraine parfois des situations très pénibles, indique Ayse Dogan. "Une mère qui a des pensées suicidaires en raison de ce qu’elle vit, par exemple. Et elle doit l’expliquer au psychiatre par le biais de sa fille qui traduit. La qualité que nous offrons ainsi dans le secteur des soins de santé mentale est honteuse", estime la psychologue.

Tout le monde doit pouvoir recevoir de l’aide, pas uniquement les réfugiés ukrainiens

Anne Roekens, directrice du Centre de soins de santé mentale pour le Brabant flamand

La Polonaise Barbara Gluszek, qui a travaillé comme femme de ménage, ne pouvait pas financer les services d’un traducteur pour chaque visite chez le médecin ou le psychologue. Elle a alors fait appel à un traducteur social, via le Centre public d’aide sociale (CPAS) de sa commune. Mais c’est là que le bât blesse.

En septembre 2019, le gouvernement flamand a supprimé l’intervention financière pour les services des traducteurs sociaux. "A l’heure actuelle, il faut donc payer 48 euros par heure pour un traducteur (sans compter ses frais de déplacement), un montant qui s’ajoute aux coûts des consultations", explique Anne Roekens. "Les patients ne peuvent se permettre ces coûts. Mais pour les Centres de soins de santé mentale ou les thérapeutes indépendants, ce sont également des coûts qui sont difficiles à supporter".

C’est pourquoi le Centre de soins de santé mentale pour le Brabant flamand et l’Association flamande des psychologues cliniciens tirent la sonnette d’alarme. Ils réclament des fonds supplémentaires des autorités flamandes. "Elles doivent à nouveau prévoir un budget pour la traduction. Actuellement, les réfugiés ukrainiens peuvent bénéficier de traducteurs, même gratuitement. Cela devrait être accordé à tous les patients qui ne parlent pas (suffisamment) le néerlandais", estime encore Anne Roekens.

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