Le secteur bancaire ne voit pas cela d'un très bon œil. Une telle intervention "pourrait affecter profondément la stabilité du secteur bancaire", a estimé dimanche la fédération sectorielle Febelfin dans un communiqué.
Obliger les banques à augmenter les taux d’intérêts des comptes épargne : plus compliqué qu’il n’y parait
L’augmentation des taux d’intérêts appliquée aux comptes épargne, est le nouveau thème politique de ces derniers jours. Tout a commencé lorsque le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, a indiqué, en mars dernier, que les taux d'intérêt des comptes épargne devraient à terme se rapprocher de ceux de la Banque centrale européenne.
Le ministre des Finances Vincent Van Peteghem a envoyé la semaine dernière une lettre de mise en demeure à la fédération bancaire Febelfin. Dans cette missive, le ministre CD&V fait état d'une pression sociale accrue en faveur d'une augmentation des taux appliqués aux comptes d'épargne. Le taux d'intérêt des livrets d'épargne a très légèrement augmenté, mais on est très loin des taux d'intérêt que les banques elles-mêmes obtiennent aujourd'hui pour placer leur argent auprès de la Banque Centrale Européenne. Cette différence permet aux banques de réaliser d'énormes bénéfices.
Pour avoir une idée : lorsque les banques déposent des fonds excédentaires auprès de la BCE , c'est-à-dire l'argent qu'elles ne convertissent pas en prêts ou en investissements. Les intérêts qu'elles perçoivent à ce titre sont actuellement de 3,25 %, alors que le taux d'intérêt sur un compte d'épargne par exemple chez Belfius est actuellement de 0,8 %. Le taux d'intérêt minimum obligatoire est lui de 0,11 %.
Alexia Bertrand soutient la lettre de Van Peteghem mais...
L'économiste Paul De Grauwe a été le premier, dans l’émission "Terzake" vendredi, à plaider pour une intervention du gouvernement et la secrétaire d'Etat au Budget, Alexia Bertrand (Open VLD), a également déclaré dans "De zevende dag" qu'elle soutenait la lettre de Vincent Van Petegehem. Elle a toutefois qu’une intervention du gouvernement pour faire augmenter le taux d'intérêt minimum était une "arme ultime".
Les partis de gauche au pouvoir, comme Vooruit, Groen et le PS, ne sont pas de cet avis. Melissa Depraetere de Vooruit souhaite explicitement que la banque publique Belfius introduise un taux d'intérêt plus élevé afin de faire pression sur les autres banques.
Le secteur bancaire ne voit pas cela d'un très bon œil. Une telle intervention "pourrait affecter profondément la stabilité du secteur bancaire", a estimé dimanche la fédération sectorielle Febelfin dans un communiqué.
Les politiques "du même côté" que l'opinion publique
"Chaque banque a un modèle d'entreprise différent et doit réaliser sa propre analyse des risques et estimer le taux d'épargne qu'elle peut offrir", a indiqué Febelfin. "Une intervention inconsidérée des pouvoirs publics dans le mécanisme délicat du refinancement des banques pourrait affecter profondément la stabilité du secteur bancaire".
Pour le journaliste politique de la VRT, Ivan De Vadder, avec ce nouveau thème de l’augmentation des taux d’intérêts appliqués aux comptes épargne les hommes politiques mènent un combat dans lequel, pour la première fois depuis longtemps, ils ont le sentiment d'être du même côté que l'opinion publique, et donc de pouvoir gagner ce combat.
La réponse du secteur bancaire
Dans le but de freiner l'inflation, la Banque centrale européenne (BCE) avait décidé, il y a quelques mois, de relever le taux de dépôt, c'est-à-dire le taux d'intérêt que les banques obtiennent lorsqu'elles placent leur excédent d'épargne auprès de l'institution européenne. Mais, le taux de l'épargne n'est pas uniquement déterminé par le taux de dépôt de la BCE.
D'autres facteurs entrent en ligne de compte. Ainsi, "entre juin 2014 et juillet 2022, les banques ont dû composer avec un taux de dépôt négatif auprès de la BCE, ce qui signifiait qu'elles devaient payer pour placer leurs dépôts, alors qu'en Belgique, le taux d'intérêt minimum de 0,11 % était toujours d'application. Les épargnants belges n'ont donc jamais connu de taux d'intérêt nuls ou négatifs sur leurs comptes d'épargne réglementés, contrairement à de nombreux autres épargnants européens", a retracé Febelfin.
Le niveau du taux de rémunération de l'épargne qu'une banque peut accorder dépend "largement du taux d'intérêt qu'elle reçoit elle-même sur l'encours de son portefeuille de crédits et d'obligations", met en avant la fédération. "Une longue période de taux d'intérêt bas implique par ailleurs aussi que, pendant des années, les crédits immobiliers accordés ont bénéficié de taux d'intérêt particulièrement faibles. Si un taux d'épargne est fixé à court terme, un crédit immobilier a une durée moyenne de 20 ans", indique-t-elle, soulignant que la Belgique est l'un des rares pays d'Europe à compter autant de crédits à taux fixe d'une telle durée. "Ces 13 dernières années, les crédits à taux fixe ont représenté quasi systématiquement plus de 70% de la production totale", détaille l'organisation sectorielle.
Par ailleurs, pour Febelfin, il n'est pas correct de comparer un à un les taux de l'épargne à court terme avec les taux de la production récente de crédits immobiliers et aux entreprises à long terme. "En effet, la hausse des taux d'intérêt s'applique à l'ensemble du portefeuille de l'épargne réglementée, ce qui n'est pas le cas pour le portefeuille de crédits", explique la fédération. "Les taux d'intérêt sur le compte d'épargne s'appliquent à des volumes importants. Concrètement, il y a environ 300 milliards de dépôts réglementés. Chaque augmentation de 10 points de base des taux d'intérêt sur l'épargne coûte au secteur près de 300 millions d'euros. Une augmentation de 100 points de base, soit 1%, sur l'épargne coûte trois milliards d'euros au secteur", calcule-t-elle.
Enfin, Febeflin attire l'attention sur les prélèvements bancaires qui sont "particulièrement élevés" en Belgique et "sont également fixés sur la base de l'épargne".
