Le chemin de Saint-Jacques de Compostelle rencontre toujours plus de succès auprès des randonneurs venus des quatre coins du monde. Pour certains, c’est un pèlerinage religieux, pour d'autres, une retraite intérieure à la recherche de soi et pour d'autres encore, un voyage à travers l'histoire de l'Europe. On l'ignore en général, mais le chemin vers Saint-Jacques passe aussi par Bruxelles, je vous propose de le découvrir.
Sur les traces de Saint-Jacques de Compostelle à travers les rues de Bruxelles
Les chemins de Saint-Jacques sont nombreux à travers la Belgique. Les pèlerins qui provenaient des Pays-Bas ou d'Allemagne pouvaient emprunter la Via Brugensis (Bruges), la Via Scaldia (Escaut), la Via Brabantica (Brabant), la Via Mosana et la Via Monastica (Meuse) ou la Via Limburgica (Limbourg) et enfin la Via Arduima (Ardennes). L’itinéraire des pèlerins allant des "Pays-Bas" vers le Sud traverse Bruxelles.
En suivant la "Via Brabantica" à travers Bruxelles, on peut aussi bien visiter quelques lieux connus que découvrir des perles plutôt inconnues au bord du chemin.
Au Moyen Âge, le pèlerinage de Compostelle attirait les foules, ce qui est toujours le cas actuellement pour nombre de randonneurs ou de personnes en quête de recueillement. Afin que nul ne se perde, les routes sont balisées. L’une de ces routes traverse Bruxelles. On trouve donc de jolies coquilles Saint-Jacques en laiton sur les trottoirs de la capitale, au total 48 placées par la Ville de Bruxelles.
Les coquilles indiquent deux routes pour quitter Bruxelles et cheminer vers Paris. L’une mène vers la Collégiale Saints-Pierre et Guidon, près de la Maison d’Erasme à Anderlecht, l’autre traverse les Marolles pour aboutir à la Porte de Hal.
A l’époque des pèlerins, Bruxelles n’était pas encore la capitale de la Belgique mais plutôt la capitale du Duché de Brabant et des Pays-Bas espagnols puis autrichiens.
Notre visite de Bruxelles débute devant la seule église Saint-Jacques de la capitale, l’église Saint Jacques sur Coudenberg, qui se trouve Place royale. Cette église néoclassique est récente, elle date du 18è siècle mais à son emplacement se trouvait jadis un des quatre hospices pour pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle accolé à l’immense palais des Ducs de Brabant. A l’intérieur de l’église se trouve une statue de Saint-Jacques.
Sur cette colline qui domine tout Bruxelles se trouvait donc un immense palais gothique qui a été détruit par un incendie en 1731. L’environnement n’est plus du tout le même aujourd’hui par rapport à ce que rencontraient les pèlerins venus du Nord.
Ces pèlerins qui arrivaient par la porte de Louvain, (aujourd’hui les environs de la Place Madou), passaient la première enceinte de Bruxelles et c’est-là, sur le trottoir de la rue de Louvain que l’on trouve la première coquille en laiton, tout près du Parlement flamand.
Après être passé derrière le parlement, le pèlerin arrive à la cathédrale des Saints Michel et Gudule. La construction de l’édifice actuel a débuté en 1226 pour se terminer au 16e siècle. La cathédrale possède de superbes vitraux, notamment des 16e, 17e et 18e siècles. On notera tout spécialement les deux somptueux vitraux réalisés en 1537 et 1538 par le maître-verrier anversois Jean Haeck sur base des dessins de Bernard Van Orley. Ils ornent les transepts nord et sud, et sont à l'effigie de Charles Quint. A l’intérieur de la cathédrale on retrouve de nombreux signes jacquaires.
Après avoir zigzagué dans de jolies ruelles anciennes, et notamment être passé par la célèbre Grand-Place, on découvre pas mal de fontaines et dans la rue marché au charbon, au pied de la fontaine du cracheur, on trouve encore une coquille en laiton. Nous nous dirigeons ensuite vers le quartier Saint Jacques.
Nous voilà devant l’église Notre-Dame de Bon Secours, érigée à la fin du 17e siècle dans le style baroque. Cette église se trouve à l’emplacement de la chapelle du plus ancien hospice pour pèlerins, l’hospice d’Overmolen, fondé avant 1328 et destiné à accueillir les pèlerins et voyageurs pauvres. Aujourd’hui cette église, située à proximité du centre-ville, offre un havre de paix que même la plupart des Bruxellois ne connaissent pas. On y trouve à nouveau plusieurs panneaux indicateurs en forme de coquillages, dont certains sont sculptés à l'intérieur de l'église ou sur les portes.
A partir d'ici, le chemin de Saint-Jacques à Bruxelles se divise en deux itinéraires, l’un va vers Anderlecht et l’autre vers Hal.
Nous prenons la direction de la porte de Hal et pour cela nous empruntons la rue Blaes et nous traversons le quartier des Marolles, avec de nombreux antiquaires. A ne pas rater, la Place du jeu de Balles, connue sous le nom de Vieux Marché, un marché aux puces qui se tient tous les matins et où l’on peut encore, si on a de la chance, découvrir des trésors. Cet endroit a servi de décor à Hergé pour une des premières scènes de l’album "Le Secret de la Licorne", lorsque Tintin cherche à acquérir un beau bateau pour l’offrir au capitaine Haddock.
Au-dessus de la rue Haute se trouve le Palais de Justice, accessible par un ascenseur en verre d'où l'on a une vue magnifique sur Bruxelles. L'ensemble du quartier invite à s'y perdre, à flâner et à rendre visite aux nombreuses petites boutiques et aux bars. Ainsi au bout de la rue Haute avant d’arriver à l’hôpital Saint-Pierre se trouve un des premiers exemples de cité sociale constituée de logements collectifs, la cité Hellemans, inauguré en 1915. C’est un ensemble architectural remarquable par sa conception et par son esthétique influencée par l’art nouveau.
Enfin nous arrivons à la Porte de Hal, un vestige de la seconde enceinte de Bruxelles et dans le parc qui l’entoure se trouve une sculpture en forme de menhir dénommée "Pèlerin". Cette statue date de 1999, elle est l’œuvre de l’artiste espagnol Manolo Paz et se veut un hommage au pèlerin anonyme en route vers Compostelle. La Porte de Hal qui est aujourd’hui un musée, est le point de départ "officiel" vers Nivelles, Paris et ...Compostelle.
Pourquoi la coquille Saint-Jacques est-elle l'emblème des pèlerins ?
Au début des pèlerinages de Saint-Jacques de Compostelle, les pèlerins ramassaient des coquilles qu’ils trouvaient à leur arrivée sur les plages de Galice et les portaient fièrement à leur retour comme preuve de leur périple et comme souvenir. Plus tard, la coquille a été officiellement remplacée par un document. Mais elle a continué à servir de signe distinctif et de protection pour le pèlerin, par exemple en étant fixée à ses vêtements, à son sac, ou à son bâton. Ainsi, la coquille est devenue le symbole des pèlerins. Elle leur permettait de se distinguer des autres voyageurs, de boire dans les fontaines et demander l’aumône.
Panneau indicateur
Aujourd'hui encore, le symbole de la coquille Saint-Jacques sert de panneau indicateur dans toute l'Europe. Une coquille jaune sur un fond généralement bleu indique le chemin aux pèlerins de Saint-Jacques et permet en outre de savoir par quelles villes et localités passe un chemin de Saint-Jacques. Dans certaines villes dont Bruxelles, s'ajoutent les coquilles en laiton sur les trottoirs.
La coquille est même parfois une sorte de flèche directionnelle : si l'extrémité de la coquille, c'est-à-dire la partie la plus fine, est dirigée vers la gauche, le chemin de Saint-Jacques se poursuit dans la direction de gauche. Si elle pointe vers la droite, il faut prendre cette direction. D'ailleurs, dans le quartier Saint-Jacques à Bruxelles, deux de ces coquilles sont placées côte à côte.
Si le cœur vous en dit, Santiago de Compostelle est distant de 2200 km de Bruxelles.

