Le week-end dernier aura été très chargé sur le plan politique, l'Open VLD, la N-VA et Groen étaient en congrès et le CD&V avait organisé une journée des familles. Tout cela dans la foulée du sondage politique de la VRT "De Stemming", qui a révélé de mauvais résultats pour les partis du centre. Le ton de la campagne électorale est déjà donné.
Ivan De Vadder : "Echanges musclés lors des congrès de trois partis flamands"
1. De Croo contre De Wever et vice versa
Le week-end dernier a pris des airs pré-électoraux en Flandre, où pas moins de quatre partis réunissaient leurs membres. On a ainsi assisté à un échange assez musclé entre le président de la N-VA, Bart De Wever et l’actuel Premier ministre Alexander de Croo (Open VLD). Même si le chef du gouvernement a plusieurs fois déclaré, "nous, les libéraux", il aurait fallu utiliser une loupe pour trouver le nom de son parti, lors de ce congrès à Gand. Enfin, pour ceux qui en doutaient encore, il est apparu qu’ Alexander De Croo est bien bien la figure de proue des libéraux flamands.
En congrès à Anvers, la N-VA a fait référence aux ruines causées par la coalition arc-en-ciel (libéraux, socialistes et écologistes) dirigée par Guy Verhofstadt, en citant "De Puinhoop Van Paars Groen", un ouvrage de Geert Bourgeois, datant de 2002, donc avant même la création de la N-VA (en néerlandais la coalition arc-en-ciel est qualifiée de violet-vert ndlr.).
"Les ruines socio-économiques actuelles ne laissent pas le choix à la N-VA", estime Bart De Wever. "Un mini-cabinet fédéral doit être formé immédiatement après les élections de 2024", a-t-il déclaré dans Het Nieuwsblad. "Il faut nous mettre d'accord sur quelques objectifs minimaux, notamment budgétaires pour assurer la gestion du pays pendant que se négociera le "virage confédéral.
"C’est la seule façon d'éviter une longue période d’affaires courantes", a ajouté De Wever dans l’émission "De zevende dag", car la situation socio-économique est devenue si mauvaise qu'il n'y a plus de temps à perdre. Bart De Wever lui-même veut devenir le Premier ministre de ce mini-cabinet "pour prendre des responsabilités".
2. Un navire avec des "marins rebelles"
"En effet, la N-VA prouve chaque jour, au sein du gouvernement flamand, qu'elle obtient des résultats". Le contraste entre le ménage flamand et le ménage fédéral ne pourrait être plus grand", ajoute Bart De Wever. Même si "Jan Jambon doit malheureusement tenir la barre d'un navire avec de "marins rebelles".
Les "marins rebelles" du CD&V et de l'Open VLD, dont parle Bart De Wever, ont en effet trahi la N-VA en 2019. Dans l'émission "De ochtend" sur Radio 1, avec Michael Van Droogenbroeck, Theo Francken (N-VA) a révélé une partie de la stratégie de son parti pour après les élections : on attendra la formation du gouvernement fédéral pour former le gouvernement flamand.
Et il a expliqué l'origine de ce raisonnement : "Après les dernières élections, le CD&V et l'Open VLD ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour faire partie du gouvernement flamand avec la N-VA. Puis ils nous ont poignardés dans le dos en entrant dans un gouvernement fédéral sans nous, avec une minorité flamande. Nous ne pouvons pas laisser passer cela deux fois, n'est-ce pas ?"
Ou comment une stratégie politique peut parfois ressembler à un règlement de compte avec le passé.
3. La réaction du CD&V et de l'Open VLD
Les réactions du CD&V et de l'Open VLD ne se sont pas fait attendre. Vincent Van Peteghem, vice-premier ministre du CD&V, a été très ironique à l'idée que Bart De Wever veuille devenir Premier ministre : "En 2019, De Wever était déjà candidat au poste de Premier ministre mais, un jour après les élections, il avait déjà oublié cette promesse.
Quant aux libéraux ils ont été encore plus clairs. Pour le Premier ministre Alexander De Croo, une négociation entre le PS et la N-VA en vue du confédéralisme c’est comme jouer sans cesse le même disque. "Et à présent, on le ressort. C'est exactement ce qu'Einstein appelait la folie: faire toujours la même chose et s'attendre à un résultat différent! Nous connaissons le résultat: à nouveau des mois et des années de blocage politique, d'immobilisme et de recul et, à chaque fois, on a besoin des libéraux pour briser cet immobilisme", a estimé le Premier ministre.
Et cela ne s'est pas arrêté là. Alexander De Croo s'en est pris encore et encore à la N-VA et à son président : "Un pays divisé ne pourra jamais être un pays fort" ou encore : "Un homme politique qui ne croit pas en notre pays ne l'améliorera pas non plus". Ou encore : "Après le Brexit, le Vlexit ? Ce sera sans doute un autre succès grandiose". La conclusion du Premier ministre est la suivante : "Derrière l'appel à une nouvelle grande réforme de l'État, il n'y a qu'une seule stratégie et une seule intention : paralyser à nouveau notre pays pendant 500 jours voire plus."
Ce qui est curieux, c'est que les deux hommes politiques, Bart De Wever et Alexander De Croo, s’accusent mutuellement de vouloir paralyser le pays "pendant 500 jours et plus". L'un veut un mini-cabinet pendant que les négociations se déroulent, l'autre veut une approche rapide, "pas avec un mini-cabinet, mais avec une maxi-ambition et des maxi-plans".
4. Groen à Leuven et le CD&V à Sint-Niklaas
Mais il y avait encore un autre congrès le week-end dernier, celui des écologistes flamands de Groen à Louvain (Brabant flamand) et aussi une journée de la famille du CD&V, avec leurs propres priorités bien sûr : plus de moyens pour l'accueil de l'enfance pour le CD&V, et Groen qui veut garder son thème classique la préservation du "climat et de l'environnement", mais en même temps devenir un parti qui prête attention à l'aspect socio-économique.
Le CD&V organisait samedi à Sint-Niklaas (Flandre orientale), une grande fête qui proposait de multiples activités et où se produisaient quelques artistes flamands de variété. Sammy Mahdi a plaidé pour un accueil de l'enfance de qualité à proximité de chaque famille. Il a mis sur la table un plan ambitieux qui vise à créer 10.000 places en plus et, à long terme, moduler le prix des places en fonction des revenus en fixant un maximum.
Les Verts flamands étaient rassemblés à Louvain pour le "Code Groen", un congrès au cours duquel ils ont tracé les lignes directrices du parti durant les prochaines années. Une réunion qui se déroule alors qu'ils traversent une période difficile: mauvais sondages, tandis que la vice-Première ministre, Petra De Sutter, est prise dans la saga Bpost et critiquée pour le détachement de deux experts à son cabinet.
"Car la crise climatique est aussi une crise du pouvoir d'achat. C'est pourquoi nous avons besoin d'une véritable politique climatique. Et il faut du courage climatique", a déclaré le président Jeremie Vaneeckhout. Cela dit, il semble bien que les Verts flamands mènent une bataille perdue d'avance : les résultats de "De Stemming" montrent que les Verts sont considérés comme le parti qui a fait le moins pour alléger les factures.
5. L’expertise des collaborateurs de cabinet
La question des collaborateurs de cabinet détachés est également restée en filigrane. Ce week-end, la VRT NWS a révélé qu’un collaborateur de Bpost, payé à 70% par l'entreprise postale, a travaillé au cabinet de Jan Jambon (N-VA) entre 2015 et 2022. Il était donc payé par Bpost, et bénéficiait d’une indemnité de cabinet en plus. Jusqu'à présent, on pensait qu’il n'y avait pas de conflit d'intérêts dans cette affaire, car Jan Jambon n'était pas responsable de l’entreprise postale à l'époque.
Toutefois, il est apparu plus tard que l'homme en question avait bien collaboré à la nouvelle loi postale. Contrairement à ce que Bart De Wever a déclaré dans "De zevende dag". En 2016, il avait participé au groupe de travail interministériel sur la nouvelle loi postale. C'est donc un employé de Bpost qui a déterminé la politique de Bpost.
C'est pourquoi la ministre fédérale des entreprises publiques Petra De Sutter(Groen) a toujours fait référence aux " coutumes du passé ", et c'est la raison pour laquelle elle continue de bénéficier du soutien de l'ensemble du gouvernement. Car il s'agit d'une coutume répandue dans tous les partis. Le président de l'Open VLD, Egbert Lachaert, a déclaré à ce sujet dans "De zevende dag" : "Dans un prochain gouvernement, nous ferions mieux de mettre une limite à cela et il devrait également y avoir des règles claires. (...) On ne peut pas représenter les intérêts de ceux dont on est issu.
La question est de savoir pourquoi il faut toujours un incident pour introduire ou renforcer une telle déontologie.


