Ce lundi 15 mai, c'est la Journée de la mer du Nord, mais quel est l’état de cette mer aujourd'hui ? Et qu'est-ce que cela signifie pour la baignade ? VRT NWS a fait le point avec Jan Seys de l'Institut flamand de la mer : "Aujourd'hui, la mer du Nord est beaucoup plus propre qu'il y a quelques décennies. Ily a aussi certaines choses à savoir pour les baigneurs : attention aux petites vives, leurs piqûres sont très douloureuses et puis il y a aussi la présence du phoque gris".
Est-il sain de se baigner dans la mer du Nord et quels sont les animaux dont il faut se méfier ?
Pourquoi une Journée de la mer du Nord ? L’idée est de mettre en avant toutes les richesses qu’elle renferme. Car, comme partout dans l’océan, la mer du Nord est soumise à différents problèmes : surpêche, pollution, changement climatique, etc. Il est donc très important d’y faire attention et d’agir en conséquence.
La saison des baignades au littoral de la Mer du Nord approche à grands pas. Les premiers sauveteurs sont déjà présents sur certaines plages, mais en raison de la météo, l'eau de mer est encore beaucoup trop fraîche actuellement pour cette période de l'année. Il y a toutefois une bonne nouvelle pour ceux qui aiment se baigner chez nous : la qualité de l'eau de mer est bonne et, pour de nombreux paramètres, elle est même meilleure qu'il y a quelques dizaines d'années.
Pourtant, notre mer du Nord n'est pas aussi attrayante à cause de sa couleur brunâtre. Mais cela s'explique. La mer du Nord est traversée par un fort courant, de sorte que le fond se mélange plus rapidement à l'eau. C'est ce qui donne cette couleur typique. "La Méditerranée, par exemple, a une eau plus claire, pourtant elle est en général plus polluée", a déclaré Jan Seys à VRT NWS.
Mais quel est l’état de santé de la mer du Nord ? "Il est difficile de donner une réponse univoque à cette question, car de nombreux paramètres entrent en jeu", souligne Jan Seys. Mais la tendance semble néanmoins majoritairement positive".
Une tendance plutôt positive
En ce qui concerne les marées noires, par exemple. Jusque dans les années 1990, la probabilité d'une marée noire dans ou le long de la mer du Nord méridionale était très élevée, bien au-delà de 90 %. Aujourd'hui, ce problème a presque disparu et le risque est tombé à moins de 5 %. C'est ce que confirment les comptages effectués sur les plages dans le cadre d'initiatives citoyennes, les carcasses d'oiseaux échouées sur le rivage et les contrôles aériens.
"Nous sommes passés d'une situation presque complètement noire à une situation presque complètement blanche. L'indignation de l'opinion publique a certainement joué un rôle à cet égard", déclare encore Jan Seys. "Or, les bonnes nouvelles se sont un peu perdues dans les mauvaises. L'amélioration provient de contrôles plus stricts et du fait que les navires ont plus d'options pour le dégazage dans des infrastructures appropriées dans les ports.
En ce qui concerne les métaux lourds, le bilan est également positif. On trouve moins de plomb, de mercure et de cadmium dans les fonds marins, dans l'eau de mer et dans les organismes. "Ces métaux sont aujourd'hui moins utilisés. Pensez à l'essence sans plomb ou aux filtres sur les cheminées. Les émissions dans l'atmosphère ont donc diminué".
Les nouveaux dangers : les microplastiques et les PFAS
Pourtant, de nouveaux dangers continuent à nous guetter. De nouveaux polluants potentiels apparaissent constamment, et nous ne connaissons pas encore leur impact.
Pour Bavo De Witte, de l'Institut de recherche sur l'agriculture, la pêche et l'alimentation (ILVO) : "Plus de 150 000 produits chimiques sont fabriqués dans le monde. Pour beaucoup de ces nouveaux polluants, nous connaissons à peine leurs effets sur l'environnement et sur l'homme. C'est le cas de certains pesticides, des PFAS, des additifs plastiques (produits chimiques ajoutés au plastique pour lui conférer certaines propriétés, etc.
Les chercheurs considèrent également que le nombre croissant de microplastiques constitue une menace sérieuse pour la qualité de l'eau. Cette pollution se retrouve dans les poissons et les crustacés, sous forme de petites billes.
Mousse jaune sur la plage
Les PFAS, quant à eux, ont également été trouvés dans notre eau de mer, mais pas dans des quantités inquiétantes. Et il y a une autre vieille connaissance : l'azote. Tout comme sur la terre ferme, l'azote retombe également sur la mer du Nord. "Les gens l'oublient parfois. Nous avions des problèmes avec les phosphates, dont l'afflux dans la mer du Nord a diminué de deux tiers au cours des 30 dernières années. Pour l'azote, cette baisse n'est que d'un tiers, ce qui, aujourd'hui encore, est suffisant pour entraîner une croissance excessive des algues, par exemple.
Jan Seys fait référence à un phénomène que nous connaissons tous. Si vous vous rendez de temps à autre à notre littoral, vous aurez sans aucun doute déjà observé la couche de mousse jaunâtre qui se dépose parfois sur la plage et qui peut s’envoler. Cet étrange phénomène est une conséquence de l'eutrophisation, une augmentation des nutriments dans la mer. Elle est principalement due aux activités humaines, comme l'industrie et l'agriculture. L'augmentation des nitrates et des phosphates sont des aliments pour les algues.
Celles-ci prolifèrent alors à une vitesse fulgurante et peuvent troubler l'eau. Quand les algues meurent, elles se décomposent, ce qui peut provoquer une forte pénurie d'oxygène dans l'eau. "C'est ainsi que l'on voit parfois nos plages se couvrir d'écume de manière excessive", explique Jan Seys. Les algues moussues sont inoffensives en soi, mais dans des cas exceptionnels, elles peuvent étouffer d'autres formes de vie marine.
La qualité des eaux de baignade sur notre côte est de toute façon étroitement surveillée et doit répondre à des normes strictes. L'Agence flamande de l'environnement (VMM) surveille les eaux de baignade intérieures et extérieures. Dans un rapport publié en juin dernier (reflétant l'état en 2021), la plupart des sites balnéaires ont été qualifiés d'"excellents".
À quoi faut-il encore faire attention lorsque l'on va à la mer ?
Outre l'eau de mer elle-même, il y a d'autres choses à surveiller en tant que baigneur. La petite vive est un petit poisson qui peut être vicieux.
"Le problème, c'est qu'il s'enfonce dans le sable pendant la journée. Si vous marchez dessus, vous êtes piqué par les épines situées sur son dos. Cette piqûre est très douloureuse et peut entraîner une infection. Il vaut mieux agir le plus tôt possible en immergeant son pied dans de l'eau chaude, ce qui réduit l'effet du venin. Vous pouvez également enfiler des sandales à titre préventif".
La petite vive (Echiichthys vipera, photo) progresse tranquillement à la Mer du Nord : Leur nombre a considérablement augmenté ces dernières années, elles ont été multipliées par 5 au cours des vingt dernières années, ce qui pourrait être une conséquence du réchauffement climatique. Ce petit poisson mesure de 8 à 12 centimètres et ne doit pas être confondu avec le grand poisson, qui fait l'objet d'une pêche. Ce dernier pourrait potentiellement se retrouver dans nos assiettes.
Le phoque gris
Pourtant, pour Jan Seys, la petite vive n'est pas le numéro 1 de la liste des espèces à surveiller. Il surprend avec son numéro 1 : le phoque gris (Halichoerus grypus) - à ne pas confondre avec le phoque commun (Phoca vitulina). Ce dernier fait plus souvent parler de lui sur notre côte. Il attire les badauds lorsqu'il vient se reposer sur la plage.
Au cours des 10 dernières années, le nombre de phoques gris aurait fortement augmenté. Nous serions maintenant à un ratio de 50/50 avec le phoque commun. Le phoque gris ou phoque à cône est beaucoup plus grand et pas du tout timide comme son cousin.
En tant que nageur, il peut être tentant de nager vers un tel phoque gris. "Ne le faites pas, car il s'agit toujours d'un animal sauvage de grande taille. Mais surtout que la présence du phoque gris ne vous empêche pas d’aller vous baigner. Il ne faut seulement pas entrez pas en contact avec lui", ajoute Seys en guise de clin d'œil.
Conclusion : malgré la quantité de déchets, la mer du Nord est beaucoup plus propre aujourd'hui qu'il y a quelques décennies. La pollution par les hydrocarbures est moindre, les eaux de baignade sont d'excellente qualité et la pollution par divers métaux lourds a été réduite. Du côté, des inquiétudes : il y a la présences des microplastiques, ou de (relativement) nouveaux types de polluants. En tant que baigneur, restez également attentif à la présence de la petite vive et du phoque gris, entre autres. Ce dont nous n'avons pas parlé dans cet article c’est du danger de la baignade en mer. La mer n'est pas une piscine, il y a des courants, du vent et des vagues et il vaut mieux en tenir compte en tant que baigneur.
