Les travaux de rénovation de l’immeuble le plus ancien du village de polders coincé entre les quatre réacteurs de la centrale nucléaire et les bassins du port anversois, la Hooghuis (littéralement ‘maison haute’) datant du 17e siècle, ont débuté. Menacé pendant soixante ans de disparition en raison de l’extension progressive de ce qui est devenu fin 2021 le plus grand port à conteneurs d’Europe grâce à la fusion des ports d’Anvers et Zeebrugge, Doel a été sauvé in extremis fin 2018 lorsque le gouvernement flamand optait pour la neuvième version du plan d’extension du port qui permet la conservation du village rattaché depuis les années 1980 à la commune de Beveren. Depuis lors, des études sont menées sur la meilleure manière de reconstruire la localité fantôme. La restauration de la Hooghuis (photo) datant de 1645 et classée monument protégé semble donc donner un nouveau départ au village largement délabré et abandonné par ses habitants.
La rénovation d’une maison historique à Doel redonnera-t-elle vie au village longtemps menacé par l’extension du port d’Anvers ?
L’extension de l’infrastructure portuaire sur la rive gauche de l’Escaut, en direction de la province de Flandre orientale, a menacé pendant 60 ans la survie du village de Doel logé dans les marais asséchés du Pays de Waes. Son histoire récente comprend une succession de décisions politiques contradictoires, de protestations populaires et de procès en justice qui ont mené à des démolitions de maisons, au départ de la plupart des habitants et au délabrement des bâtisses du village.
Dès les années 1960, il devenait clair que l’extension du port anversois menaçait la survie du village de Doel, comme elle avait déjà sonné le glas du hameau de Wilmarsdonk et d’autres petites entités des polders. En 1968 une interdiction de construire était d’ailleurs décrétée, créant une incertitude au sein de la population locale. De nombreux habitants quittaient le village, ceux qui restaient attendaient le cœur serré de voir leur bien exproprié. Pareille expropriation n’a finalement jamais eu lieu, mais Doel s’est progressivement vidé de ses habitants.
La crise pétrolière des années 1970 ralentit les activités dans le port et son extension parut un certain temps nettement moins urgente. A tel point que le Secrétaire d’Etat à l’Economie régionale Mark Eykens déclarait en 1978 que Doel pourrait toujours être conservé, en tant que "village très spécifique et précieux".
En 1980, des dizaines de maisons étaient déjà vides, les autres en mauvais état. La population restante prenait également de l’âge et personne n’était prêt à investir encore à Doel. Une bouffée d’espoir revint vers 1985, lorsque le village fut déclaré "zone de revalorisation" et que la commune de Beveren - avec laquelle Doel avait entretemps fusionné - se mit à y investir beaucoup d’argent. Les familles avec de jeunes enfants furent encouragées à venir s’installer à Doel et des millions de francs belges allèrent à la rénovation de l’église Notre-Dame de l’Assomption (1854).
Deurganckdok et Saeftinghedok
L’incertitude revint néanmoins dès 1995, lorsqu’on apprit que le port anversois planifiait la construction d’un nouveau grand bassin aux portes de Doel. Trois ans plus tard, le gouvernement annonçait officiellement la création du Deurganckdok (photo) et modifiait le plan d’occupation du sol : la zone résidentielle devenait zone industrielle. Peu après, les projets de construction d’un autre nouveau bassin étaient annoncés. Le futur Saetinghedok devait prendre la place du village de Doel. Sa mort semblait inévitable.
Des protestations de riverains et d’organisations réclamant la conservation du village se faisaient alors entendre, régulièrement la Une de la presse. En 2002, le Conseil d’Etat suspendait la modification du plan d’occupation du sol. Le village demeurait donc une zone habitable. En 2005, le Deurganckdok était inauguré - à l’époque le plus grand bassin à marée au monde. Trois ans plus tard, la société Maatschappij Linkerscheldeoever (MLSO), qui gère les terrains portuaires sur la rive gauche de l’Escaut, commençait à abattre des habitations, soi-disant par mesure de sécurité et pour éviter que ces bâtisses ne soient squattées.
En 2009, la Cour d’appel de Gand (Flandre orientale) rappelait que Doel est une zone résidentielle et que les maisons ne peuvent donc y être abattues. Le village ne comptait cependant alors plus que 200 habitants. Il continuera à se vider et se délabrer pendant dix ans encore.
Un accord historique
En 2018, alors qu’il ne restait plus qu’une vingtaine d’habitants à Doel, un nouveau plan d’extension du port était annoncé. D’ici 2026, la capacité d’accueil de conteneurs sera accrue de près de 50% grâce à la construction d’un nouveau bassin à marée et de l’aménagement de quais supplémentaires en divers endroits. Mais contre toute attente, le gouvernement flamand optait alors pour la neuvième version du plan d’extension qui permet la conservation du village, devenu entretemps fantôme.
Le gouvernement flamand finissait aussi par donner des garanties pour la qualité de vie, le paysage et le patrimoine du village de polders, réclamées en justice par des groupes d’action. C’est dans le cadre de la sauvegarde du patrimoine de Doel que s’inscrit en 2023 la rénovation de la plus ancienne maison conservée dans le village, la Hooghuis datant du 17e siècle. Elle donne le coup d’envoi à une série d’investissements dans le patrimoine immobilier et les polders environnants.
En plus de la Hooghuis (photo), le bâtiment Hof ter Walle et le moulin (photo ci-dessus) encastré dans la digue de l’Escaut seront également restaurés. Ce dernier date aussi du 17e siècle et compte parmi les plus anciens moulins en brique que possède encore la Flandre. Il n’est plus utilisé depuis 1927 mais classé monument historique depuis 1946. Une quinzaine d’habitations à Doel devraient également être rénovées.
La Région flamande, propriétaire de la Hooghuis, investira 1,5 million d’euros dans sa rénovation, qui a été confiée à la fondation pour le patrimoine Herita.
Que sait-on de la Hooghuis ?
Cette "maison haute” a été construite en 1645 par un capitaine protestant. Au fil des siècles, elle a été utilisée comme habitation, comme magasin puis comme café. Elle a été baptisée Hooghuis au 19e siècle et est un monument protégé depuis la fin des années 1970.
Cette imposante demeure possède un cadre de porte baroque en pierre bleue, ainsi qu’une cheminée baroque en marbre et en carrelage blanc de Delft. Elle possède aussi une cheminée de l’époque gothique tardive et un plafond avec des poutres apparentes en chêne.
La maison est actuellement en très mauvais état et envahie de plantes diverses, abandonnée à son sort pendant les décennies d’incertitude sur l’avenir du village. Les travaux de rénovation débutent avec la taille de l’abondante végétation qui, elle, s’est toujours sentie bien à Doel.


