Qu'est-ce qui pousse certaines personnes à ne plus consulter les médias d'information traditionnels, voire à s'en détourner complètement ? C'est la question que s'est posée Ria Goris, chargée de cours et chercheuse à la haute école "Erasmushogeschool" de Bruxelles (EhB). Pour ce faire, elle a interrogé 80 personnes sur les raisons qui les poussent à éviter les médias traditionnels, tels que la radio, la télévision et les journaux, voire à s'en méfier.
Qu'est-ce qui pousse certaines personnes à se détourner des médias traditionnels ?
Le groupe des personnes qui évitent de s’informer ou qui ne font pas confiance aux médias traditionnels s'agrandit d'année en année. C'est ce que révèle le Reuters Digital News Report, qui sera publié prochainement.
Chaque année, le Reuters Institute for the Study of Journalism publie son rapport, le digital news report, sur la consommation d'informations des habitants de 38 pays. D’après ce rapport, près d'un Flamand sur trois délaisse les médias traditionnels.
Mais pourquoi certains se détournent des médias ? C'est ce qu'a cherché à savoir Ria Goris, chargée de cours en journalisme à l'Erasmushogeschool. En collaboration avec des étudiants, elle a interrogé 80 personnes qui évitent de s’informer ou ne font plus confiance aux médias et leur a demandé les raisons qui les poussent à délaisser les médias traditionnels ou à s'en méfier. Des appels sur les réseaux sociaux ont permis aux personnes qui se considèrent comme appartenant à l'un ou l'autre groupe d'engager des discussions approfondies avec les intervieweurs.
Les "nieuwsmijders" sont les personnes qui ne suivent plus l'actualité, tandis que le groupe des "wantrouwers" sont persuadées que les informations sont inexactes. "Pour certaines personnes, les entretiens ont révélé qu'il s'agissait plutôt d'un cas intermédiaire, et nous les avons alors classées dans le groupe mixte", a déclaré Ria Goris.
Niveau d'études des personnes interrogées
Le sondage a également permis d'identifier le parcours des 80 personnes interrogées. Il s'agissait notamment de leur niveau d'études : la majorité des personnes interrogées avaient au moins obtenu un baccalauréat, voire un master de l'enseignement supérieur.
Des informations perçues comme partiales et trop négatives
La principale raison pour laquelle certaines personnes cessent de suivre l'actualité est différente pour le groupe des personnes qui évitent l'actualité et pour ceux qui s'en désintéressent. La raison la plus souvent mentionnée est la prétendue partialité des informations diffusées par les médias. Une partie de la population estime qu'il y a plus de débats sur les canaux alternatifs, ce qui leur permet de tourner plus facilement le dos aux médias traditionnels.
La principale motivation de ceux qui ont abandonné l'actualité est le côté négatifs des informations. Par exemple, une personne interrogée a déclaré qu'elle était déjà très sollicitée au travail et qu'elle ne voulait pas devoir encore supporter des nouvelles anxiogènes. "Toutes ces mauvaises nouvelles, je ne veux plus les écouter Cela n'ajoute rien de positif à ma journée non plus".
Les raisons du manque confiance et du rejet
L'effet de la couverture médiatique du Covid
La plupart des personnes qui évitent les informations et celles qui s'en désintéressent affirment avoir fait l'expérience d'une couverture partiale et négative, en particulier pendant la pandémie de Covid. "Pour près de la moitié des personnes interrogées, cette couverture a été à l'origine de leur méfiance ou de leur désintérêt pour les infos, ou a déjà renforcé une méfiance existante et une tendance à l'évitement de l'actualité", ajoute Ria Goris.
En outre, certaines des personnes interrogées ont eu l'impression que les médias essayaient délibérément de les angoisser avec les informations diffusées. Cela a provoqué chez certains un stress et un sentiment de déception qui les a incités à ne plus suivre l'actualité et à se couper des médias.
Faut-il faire de l’information positive ?
Pour éviter que les gens ne retiennent que les aspects négatifs des informations, les journalistes doivent veiller à donner aussi des nouvelles positives, plus "constructives", centrées sur les solutions plutôt que les problèmes.
"Il est également bon d'introduire davantage d'histoires positives dans le contenu. Des histoires qui montrent la résilience et qui incitent les gens à s’intéresser à nouveau à l’actualité", conclut Ria Goris.
La Flandre n'est pas si mal lotie en matière de confiance dans les médias traditionnels, tels que les journaux ou la télévision, par rapport à d'autres pays. Six personnes sur dix font encore confiance aux médias traditionnels. En attendant, l'offre pour ceux qui se méfient des médias traditionnels, en particulier sur internet, est plus grande et plus accessible que jamais.
