La chaine de télévision Canvas diffuse dès ce mercredi (à 21h20) un reportage en quatre épisodes consacré au prince Laurent, le fils cadet de la reine Paola et du roi Albert. Intitulé "Prins Laurent - prins op overschot" (ce qui signifie "prince excédentaire" en français), ce long reportage évoque notamment - dans son premier épisode - la négligence émotionnelle dont a été victime le prince dans son enfance, tout comme son frère Philippe et sa sœur Astrid, et son parcours scolaire et universitaire chaotique et traumatisant. Pour la première fois, la reine Paola y est dépeinte comme une mère qui a voulu donner à son cadet un nid chaleureux, dans diverses familles d’accueil. Réagissant aux questions des journalistes à propos de ce documentaire, le prince Laurent (photo) a déclaré n’être "pas intéressé" par le reportage auquel il n’a pas participé. VRT NWS a cependant obtenu un témoignage plus nuancé du prince.
La VRT consacre un documentaire à Laurent de Belgique, "prince de réserve"
"À la suite de très nombreuses questions de journalistes, je tiens à préciser que je n'ai pas participé au reportage de la VRT à mon sujet et que cela ne m'intéresse pas", a déclaré le Prince. "Moi seul connais ma vie et je n'ai pas besoin d'un reportage qui ne vise qu'à faire de l'audimat", faisait savoir le prince de 59 ans par communiqué. Le reportage "Prins Laurent - prins op overschot" sera diffusé quatre mercredis d’affilée dès ce 19 avril sur Canvas ( 21h20) et sur la plateforme de streaming VRT MAX. Il donne la parole à 24 intervenants, parmi lesquels d'anciens camarades de classe, des experts royaux et des personnalités politiques (anciennes ou actuelles).
Les quatre épisodes reviennent sur les circonstances de l'abolition de la loi salique (réservant le trône aux hommes) en 1991, qui a fait perdre au prince Laurent deux places dans la succession au trône, sur sa popularité turbulente, son engagement en faveur des animaux et du climat, ainsi que sur les femmes de sa vie. "La série dépeint le prince Laurent de manière respectueuse, mais ne fait aucune concession", a annoncé la VRT. La chaîne publique décrit par exemple le prince Laurent comme un "projectile par moments incontrôlable".
L'équipe qui a tourné ce reportage avait déjà réalisé un documentaire biographique en quatre parties sur le roi Philippe : "Filip van België - de lange weg naar de troon" (‘Le long chemin vers le trône’).
Loi salique
Comment expliquer que le prince Laurent ait avant tout la réputation d’être impétueux, troublé, ingérable, coureur de jupons et démon de la vitesse sur la route ? Beaucoup de choses s’expliqueraient par le rôle qui lui est imparti, celui d’un prince de réserve. Jusqu’à l’abolition de la loi salique en 1991, il était le troisième à la succession au trône, après son père Albert et son frère Philippe. Toute l’attention de la cour s’est portée sur son frère ainé, ce que Laurent a trouvé "déroutant".
De plus, pendant son enfance, sa mère Paola était dépressive et en Italie, tandis que son père Albert vivait avec sa maîtresse Sybille de Selys Longchamps et leur fille Delphine en Angleterre. Philippe, Astrid et Laurent restèrent en Belgique et furent confiés à des familles d’accueil. Ils ne grandiront jamais vraiment ensemble.
Pour Laurent, il ne semblait pas y avoir de plan "de carrière", révèle le premier épisode du reportage de la VRT. Il fut régulièrement changé d’école et de famille d’accueil. En 1976, il était envoyé en internat à l’école abbatiale Zevenkerken en Flandre occidentale où il était victime de harcèlement. Il finissait par s’encourir un soir de décembre et était retrouvé gelé le long de l’autoroute E40 par la gendarmerie, portant un panneau indiquant "Bruxelles" comme destination.
Paola se souciait de Laurent
Le reportage donne alors une autre image de la princesse Paola, qui tentait de se montrer une bonne mère pour son cadet. Elle lui trouva une famille d’accueil à Wilrijk, sans enfant, qui accueillit Laurent à bras ouverts alors qu’il allait au collège Pie X d’Anvers. Le jeune prince y trouva pendant 3 ans l’attention et le calme dont il avait besoin.
Mais il sera ensuite envoyé à l’école des cadets, plus tard à l’université ultra-catholique et inconnue de Steubenville dans l’Ohio, alors que son frère ainé pouvait aller à la prestigieuse université de Stanford aux Etats-Unis. Alors que la famille royale baignait dans le mouvement du renouveau charismatique, Laurent se rebellait. Il quittait l’université après un an.
Vinrent ensuite une série de stages, aux Etats-Unis notamment, pour lesquels le prince n’était pas suffisamment préparé académiquement ni mentalement. Ils échouèrent les uns après les autres, explique Martin Hinoul (photo) qui l’accompagnait dans cette étape. Il raconte notamment que le prince Laurent s’est fâché alors qu’il visitait des laboratoires effectuant des expériences sur les animaux. "On peut se fâcher, mais de manière courtoise", conclut Hinoul.
Laurent répond au documentaire : "Je n’ai jamais pu décider de ma vie"
La journaliste Pascal Mertens, qui suit les têtes couronnées pour la VRT, parvenait à obtenir du prince Laurent une réaction plus nuancée que le communiqué soi-disant indifférent qu’il avait fait publier peu avant. "Je ne regarde pas dans le rétroviseur, je regarde devant moi", déclarait d’abord le prince à la journaliste. "J’ai effectivement vécu des choses graves dans ma vie, mais ne vous attendez pas à ce que je sois triste à ce sujet. Chaque problème vous rend plus fort".
Et Laurent de continuer : "Ce que j’ai vécu, je le qualifie d’expérience. J’aurais voulu être ingénieur, c’était mon rêve. Mais je n’avais pas le droit. Maintenant je suis ravi que l’un de mes fils, Nicolas, ait une passion pour les sciences. Il peut choisir cette option. Je vois les choses de façon positive. Je n’ai jamais pu décider de ma vie. C’est comme cela quand vous faites partie d’une famille royale occidentale. Vous devez servir pour "le premier". C’était mon devoir : servir mon oncle, servir mon père, servir mon frère".
Laurent avait d’autres passions encore : les droits des animaux, par exemple. Avec la Fondation qui porte son nom, il aide encore toujours les personnes défavorisées qui ont un animal de compagnie à se rendre gratuitement chez le vétérinaire.
Le prince Laurent s’intéresse aussi au climat, de longue date, via son propre institut écologique créé en 1994, à savoir l’Institut royal pour la gestion durable des ressources naturelles et la promotion des technologies propres (IRGT), qui fut dissous en 2009. Il souligne qu’il fut le premier dans la capitale à avoir proposé une maison fonctionnant à l’énergie renouvelable. "En fait, je suis un entrepreneur. Mais je n’ai jamais pu exercer un métier, et c’est ça le pire dans ma vie. Je n’avais pas le droit de penser. J’espère que cela changera un jour".
Soi-disant stupide, mais en fait dyslexique
"C’était difficile à l’école parce que les gens pensaient et disaient que j’étais stupide. Mais il y a trois ans on a diagnostiqué que j’étais dyslexique". Ce trouble de l’apprentissage rend la lecture et l’écriture plus ardus, et n’est pas toujours reconnu. "Ce n’est qu’alors que j’ai compris pourquoi l’école était si difficile pour moi. Mais on ne prêtait pas attention à la dyslexie autrefois".
Laurent déclarait aussi à la journaliste Pascal Mertens qu’il reçoit aujourd’hui davantage de soutien du palais royal et de compréhension pour ce qu’est sa vie. Il se dit heureux d’avoir rencontré son épouse Claire Coombs, avec laquelle il a trois enfants : Louise (19 ans) et les jumeaux Nicolas et Aymeric (17 ans).
Laurent de Belgique admet que sa relation avec les responsables politiques est encore toujours troublée, notamment en raison de faux-pas diplomatiques et d’un investissement effectué en 2008 en Lybie. Il souligne aussi que ni lui-même ni sa famille n’ont droit à la sécurité sociale, contrairement au reste de la population.
Comment se porte le prince aujourd’hui ? "Je vais bien, je vais mieux. Je suis content que tout le monde autour de moi soit heureux", conclut Laurent. "J’ai voulu donner à mes enfants une autre jeunesse que celle que j’ai eue. J’ai tout fait pour qu’ils ne doivent pas vivre les mêmes choses que moi".
"Laurent: prins op overschot" sera diffusé les mercredis 19 et 26 avril, 3 et 10 mai vers 21h20 sur la chaîne Canvas et sur la plateforme .
