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Le Musée Vleeshuis d’Anvers rappelle que James Ensor était aussi mélomane et compositeur

L’Ostendais James Ensor (1860-1949) a avant tout acquis une renommée internationale en tant que peintre et graveur qui a adhéré à divers mouvements d’avant-garde du début du 20e siècle et laissé une œuvre expressionniste originale. On sait par contre moins qu’il était aussi un grand mélomane, qui jouait du piano et de l’harmonium, et qui composait. Sa "Gamme d’Amour" fut notamment donnée à l’opéra d’Anvers dans les années 1920. En collaboration avec le musée anversois Snijders & Rockoxhuis, le Musée Maison des Bouchers (Vleeshuis) - qui met en scène 600 ans de musique et de danse à Anvers - propose jusqu’au 2 juillet une petite exposition se concentrant sur "James Ensor et la musique". Celle-ci est en effet aussi très présente dans les tableaux du maître ostendais.

Anne François
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Le Musée Vleeshuis est en quelque sorte le musée des instruments de musique d’Anvers - qui contient notamment une collection de précieux clavecins et de pianos (photo) -, mais il est bien davantage encore. Il met en scène six siècles de musique et de danse dans la ville, il raconte les histoires des chansons de gestes, explique la fabrication des instruments de musique et lève le rideau sur les premières salles de bals et d’opéra anversoises.

On y découvre aussi l’histoire des crieurs, des ménestrels, des carillonneurs si typiques pour la Flandre. Et on peut y écouter la musique des rues, des tours et des kiosques, des églises, des salles de bal et des théâtres. L’impression musicale est aussi évoquée, dans une ville qui posséda aux 16e et 17e siècles l’entreprise d’édition et d’imprimerie de Christophe Plantin, reprise ensuite par Jan Moretus. C’est l’une des plus importantes qui aient jamais été établies en Belgique et qui vendit des livres dans toute l’Europe.

La musique dans l’œuvre d’Ensor

En 1924, l’Opéra flamand d’Anvers créait le ballet "La Gamme d’Amour" imaginé et composée par James Ensor. Ce dernier jouait aussi du piano et de l’harmonium, comme en attestent des photos d’époque. La Gamme d’Amour est son œuvre musicale la plus importante, ébauchée dès 1906 et terminée en 1911. Pour la notation musicale, l’artiste se fit néanmoins assister par le musicien ostendais Aimé Mouqué.

Les différents mouvements de ce ballet-pantomime (un genre très populaire à l’époque) sont intitulés, notamment, "Marche des Rotariens Ostendais", "Flirt des Marionnettes", "Marche Funèbre", "Entrelacements", "Pour un orgue de Barbarie", "Valse Caprice" et "Discours aux masques loyaux et autres". Autant de titres qui rappellent des tableaux d’Ensor. Pendant les années de gestation de La Gamme d’Amour, le peintre réalisa d’ailleurs davantage de représentations du théâtre et du ballet, comme "Les Ballerines" (1908), "Théâtre des masques" (1908, photo), "Paysannes dansant" (1910) et "Petit Théâtre" (1911).

"Théâtre de masques" de James Ensor

Donnée en première à l’Opéra d’Anvers en 1924, La Gamme d’Amour fut reprise en 1927 au Théâtre Royal de Liège, puis à Hanovre en Allemagne et à Ostende en 1932. Dans les dernières années de sa vie, Ensor délaissa d’ailleurs la peinture pour se consacrer surtout à la musique contemporaine.

En 2016, le Musée Vleeshuis faisait l’acquisition de trois esquisses pour les décors de la première de La Gamme d’Amour. Cent ans exactement après leur création, ces esquisses forment le point de départ de la petite exposition "Focus" que le Musée Vleeshuis consacre à "James Ensor et la musique".

Tout spécialement pour cette exposition temporaire, les musiciens Nicolas Callot et Bart Rodyns ont repris des fragments du ballet d’Ensor et les ont interprétés sur un piano et un harmonium datant de la fin du 19e siècle.

L’exposition est encore à voir jusqu’au 2 juillet prochain, tous les jours de 10h à 17h au Musée Vleeshuis, situé Vleeshouwersstraat 38 à 2000 Anvers.

"La musique russe" (1881) de James Ensor

"James Ensor inspiré par Bruxelles" à la Bibliothèque Royale

Dans un peu moins d’un an - et pour commémorer le 75e anniversaire du décès de l’artiste ostendais - la Bibliothèque Royale (KBR) et les Musées des Beaux-Arts de Bruxelles (MRBAB) regrouperont pour la première fois leurs collections respectives de James Ensor pour proposer au public l’exposition "James Ensor. Inspired by Brussels". Elle aura lieu du 22 février au 2 juin 2024, au Palais Charles de Lorraine, qui accueille aujourd'hui les expositions temporaires de la KBR mais qui abritait le Musée des Arts modernes à l'époque de James Ensor.

Les deux institutions publiques ont d’ailleurs été les premières à acheter le travail du peintre flamand. "En 1892 déjà, le Cabinet des Estampes de KBR achetait 25 gravures du maître ostendais. Trois ans plus tard, en 1895, les MRBAB faisaient l'acquisition d'un chef-d'œuvre précoce de l'artiste : "Le Lampiste" (1880)", précisaient les deux musées. Avec 20 peintures, 30 dessins et 40 gravures, l'exposition réunira de nombreuses œuvres originales de l'artiste ostendais.

James Ensor

"Ensor est inextricablement lié à Ostende, mais Bruxelles a également joué un rôle crucial dans son développement en tant qu'artiste. Les peintures et les œuvres graphiques du maître montrent l'attrait artistique qu'exerçait Bruxelles sur Ensor et comment la capitale, ses habitants et ses artistes l'ont inspiré pendant des décennies", précise encore le KBR.

L’exposition mettra en lumière la période la plus productive du peintre moderniste : de son arrivée à l'Académie des Beaux-Arts en 1877 jusqu'à l'éclatement de la Première Guerre mondiale en 1914. Dès 1887, Ensor a exposé au Palais Charles de Lorraine des œuvres d'art de premier plan tout en figurant au sein de cercles artistiques tels que "Les XX" et "La Libre Esthétique".

Les tickets seront en vente à 15 euros, excepté le 13 avril où ils seront à 11 euros pour célébrer l'anniversaire du peintre, en 1860.

"L'entrée du Christ à Bruxelles" (1888) de James Ensor

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