La gare monumentale de Courtrai (Flandre occidentale) datant des années 1950 (photo), menacée de démolition par la SNCB et Infrabel, figure sur la liste 2023 Europa Nostra des "sept sites du patrimoine les plus menacés d'Europe". L’initiative Europa Nostra - la fédération européenne du patrimoine - fête cette année ses dix ans d’existence, rappelle la Commission européenne.
La gare de Courtrai parmi les 7 sites du patrimoine "les plus menacés d'Europe"
Cette liste définitive suit une présélection de 11 monuments européens en péril. Parmi les six autres lieux à figurer dans le tableau final, on retrouve le cimetière commémoratif des Partisans à Mostar en Bosnie-Herzégovine, la forteresse de Tchakvinji en Géorgie, le béguinage de Kleinwelka ("Schwesternhaus") en Allemagne, le Parc des statues ("Memento Park") à Budapest en Hongrie, l'ancienne ville fortifiée de Sveti Stefan au Monténégro et les moulins à eau de Bistrica en Serbie.
Construite en 1839, la gare de Courtrai a été bombardée pendant la Deuxième Guerre mondiale, puis rebâtie en 1951 par l'architecte Pierre Albert Pauwels dans le style de l'exposition universelle de 1958. Pauwels est "l'une des figures les plus importantes de l'architecture contemporaine belge". Le bâtiment de la gare courtraisienne abrite des œuvres d'art (bas-relief de Maurits Witdouck, céramique de Rogier Vandeweghe), mais est menacé de démolition depuis 2015 pour faire place à une nouvelle gare.
La demande d'inscription au programme 2023 des 7 sites les plus menacés a été déposée par l'Association flamande pour la préservation de l'archéologie industrielle (Vlaamse Vereniging voor Industriële Archeologie, VVIA), en concertation avec des associations courtraisiennes de défense du patrimoine, à la suite d’une demande officielle auprès du ministre flamand du Patrimoine immobilier Matthias Diependaele pour obtenir la protection juridique de la gare en tant que monument. L'ASBL souhaite ainsi éviter que le bâtiment soit entièrement rasé au profit d'une nouvelle construction. En effet, la SNCB prévoit de le démolir dans son projet de rénovation.
Symbole de la reconstruction de l’après-Guerre
"C'est une bonne nouvelle pour ce bâtiment", a réagi un porte-parole de la VVIA, "car il reste peu de grands édifices datant de l'après-guerre en Belgique". "Cette sélection constitue un signal important aux autorités afin de conserver, au lieu de remplacer, ce type d'édifice. Cela permettra aussi de lancer un débat sur la manière dont nous traitons les monuments importants", a-t-il conclu.
Le programme, géré par le mouvement citoyen de sauvegarde du patrimoine Europa Nostra, en partenariat avec l'Institut de la Banque européenne d'investissement (BEI), est soutenu par le programme de l'UE ("Creative Europe"). Il accorde une subvention de 10.000 euros par site répertorié pour aider à mettre en œuvre une activité qui contribuera à le sauver. Dans la plupart des cas, l'inscription d'un site en danger sert d'incitation à l'action et à la mobilisation du soutien public ou privé nécessaire, selon la Commission.
"La démolition de la gare ferroviaire de Courtrai ne constituerait pas seulement la perte d'un bijou d'architecture et d'un symbole de la reconstruction de l'après-Seconde guerre mondiale, mais aussi la perte d'un espace public pour les citoyens de Courtrai", souligne Europa Nostra.
La ville de Courtrai et la SNCB maintiennent leur projet
La Ville de Courtrai et la société de transport ferroviaire SNCB ont cependant annoncé ce jeudi qu’elles maintenaient leur projet de construction d'une nouvelle gare, en soulignant l'importance d'avoir un nouveau bâtiment multifonctionnel. La Ville de Courtrai salue l'engagement d'Europa Nostra et de l'ASBL VVIA en faveur du patrimoine, mais estime néanmoins que la ville "mérite une nouvelle gare moderne et accessible à tous".
Le conseil communal a également fait la promesse de préserver les œuvres d'arts, la sculpture présente sur la façade et le bas-relief dans le hall où se trouvent les guichets. Malgré cela, la Ville de Courtrai ne semble pas vouloir modifier son projet de rénovation de la gare. "L'époque où la gare n'était qu'un hall de guichets au bord des voies est bel et bien révolue". Elle estime également "qu'une gare moderne doit répondre à de nombreuses exigences en matière de mobilité".
La Ville entend également améliorer l'accessibilité de cette gare qu'elle juge actuellement insuffisante. L'enjeu principal, selon elle, est que piétons, cyclistes, automobilistes, usagers des bus et des trains puissent passer plus facilement d'un mode de transport à un autre. La rénovation de cette gare fait partie d'un plan directeur datant de 2010, les travaux ayant débuté en 2019.

