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Le Musée des arts de La Haye met en lumière les expressionnistes flamands

Ce ne sont pas les œuvres et thèmes sombres des peintres et sculpteurs expressionnistes flamands que l’on peut découvrir actuellement et jusqu’au 20 août au musée d’art moderne de La Haye, aux Pays-Bas. Le Musée des arts néerlandais a, au contraire, opté pour leurs œuvres plus ensoleillées, réalisées pour un grand nombre pendant les années 1920, au lendemain de la Première Guerre mondiale. On y trouve avant tout des tableaux de Gustave De Smet, Frits Van den Berghe et Edgard Tytgat.

Anne François Kristien Bonneure
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Le Kunstmuseum de La Haye (connu autrefois comme ‘Gemeentemuseum’), installé dans un majestueux bâtiment art déco de l’architecte néerlandais Hendrik Petrus Berlage (1856-1934), présente plus de cent œuvres d’artistes expressionnistes flamands. Sur un fond de musique jazz de Django Reinhardt, le visiteur passe d’une scène estivale à une autre. De trois curés au bord de l’eau à un café où sont installés des joueurs de cartes, en passant par un carrousel. Des œuvres des années 1920, qui remontent donc à un siècle d’ici.

A côté d’œuvres aux accents sombres et sérieux, les expressionnistes flamands ont en effet aussi dépeint les aspects plus joyeux de la vie, souhaite rappeler le conservateur du Musée des arts de La Haye, Thijs de Raedt. "C’est un cliché que les expressionnistes flamands travaillaient uniquement avec des teintes sombres, sur les thèmes pesants de la vie. Ils ont aussi dépeint les côtés plus légers, les temps libres en-dehors du travail et du rude labeur. C’est ce que nous voulons rappeler avec cette exposition, notamment au travers d’œuvres de Gustave De Smet, Frits Van den Berghe et Edgard Tytgat".

Constant Permeke, que l’on associe volontiers à des personnages au dos courbé et des mains ressemblant à des pelles à charbon, n’est représenté que par quelques tableaux, dont une vue colorée d’Ostende et ses carrousels de foires.

Dans la première salle de l’exposition règne encore le calme d’œuvres baignées de lumière, à la Emile Claus, datant du début du 20e siècle. Mais tout change ensuite, avec la rupture de la Première Guerre mondiale. "C’est un peu comme si les ondes de choc de la guerre avaient été nécessaires pour réveiller les artistes", constate le conservateur Thijs de Raedt. De nombreux artistes flamands ont fui à l’étranger pendant le conflit mondial, notamment aux Pays-Bas, où ils sont entrés en contact avec d’autres artistes, collectionneurs et revues. "Nombre de ces artistes ont évolué vers l’art moderne pendant leur séjour hors de Belgique".

De retour le long de la Lys, les expressionnistes flamands se retrouvaient par exemple dans la seconde résidence de Paul-Gustave et Norine Van Hecke. Dès 1923, ces derniers louèrent la villa Malpertuis à Afsnee et la mirent à disposition de Gustave De Smet et Frits Van den Berghe, mais aussi d’écrivains et d’artistes visiteurs tels que André De Ridder et son amie Berthe Andelhoff, Leon De Smet, Floris et Oscar Jespers, Edgard Tytgat et Gustave Van de Woestyne, ou encore l’artiste parisien Ossip Zadkine.

L’atmosphère langoureuse de dimanches d’été entre amis, y compris les promenades en barque, se retrouve dans l’œuvre des expressionnistes. D’une façon moderne, souligne Thijs de Raedt : "Ils expérimentaient avec la couleur, les formes, les coins et les coupures. Mais le thème de la "pause" était également moderne. Le fait que l’on parle des temps libres était nouveau. Il avait d’abord fallu passer des accords sur le temps de travail et les salaires".

C’est l’époque des années 1920, le soulagement après la fin de la Première Guerre mondiale, dans un climat politique nerveux et fiévreux, cependant. Le crash boursier de 1929 mettra fin à cette époque plus détendue. Le couple Van Hecke devra vendre sa collection d’art. L’exposition à La Haye explore donc ces années 1920 au travers de plusieurs thèmes.

On est notamment frappé par la fascination des expressionnistes flamands pour les kermesses, avec leurs magiciens, carrousels, lanceurs de couteaux, stands de tir et l’attraction étrange autour de la géante "Angela". Les raisons en étaient parfois très personnelles : le père de Gustave De Smet avait ainsi dépeint des attractions de cirque, tandis qu’Edgard Tytgat avait un jour perdu connaissance sur un carrousel, quand il était enfant.

Le conservateur De Raedt est plein d’admiration pour "Le grand tir forain" (1923) de Gustave De Smet : "Dans cette œuvre fantastique, le thème de la kermesse est associé à une palette de couleurs rouges et brunes. C’est une peinture joyeuse et en même temps légèrement pesante, d’une excellente composition. Nous sommes vraiment ravis de pouvoir montrer cette œuvre monumentale dans le cadre de l’exposition".

La vie nocturne

Certains tableaux exposés évoquent la vie nocturne et ses femmes dénudées. Le Gantois Frits Van den Berghe (1883-1939) a ainsi réalisé un triptyque sombre composé de "tableaux d’une maison suspecte". Edgard Tytgat a peint une série d’aquarelles scabreuses sur les jeux sexuels de huit femmes dans un couvent. Le Musée des arts de La Haye possède une toile de Tytgat représentant ces huit mêmes femmes. L’exposition y ajoute donc les dessins et aquarelles correspondants, provenant d’une collection privée belge. Ce qui ravit le conservateur.

Pour monter cette exposition, le Musée des arts de La Haye a puisé dans sa riche collection d’expressionnistes flamands, mais présente aussi des œuvres prêtées par des musées flamands, comme le Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA), le Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK), le Musée Groeninge, le Musée Dhondt-Dhaenens ou le Musée de Deinze et du Pays de la Lys (Mudel). Certaines de ces œuvres font partie de la fameuse Liste des chefs-d ’œuvres flamands.

D’autre part, 38 œuvres proviennent de la Fondation Phoebus, collection privée du grand entrepreneur anversois Fernand Huts. Elle contient notamment la toile "Le bateau de plaisance" (1925) de Gustave De Smet, qui a été vendue aux enchères l’an dernier pour la somme record de 640.000 euros.

L’exposition ne présente cependant pas que des œuvres joyeuses. On peut aussi y (re)découvrir "Obsession", un tableau poignant de Frits Van den Berghe montrant Gustave De Smet et son épouse qui venaient de perdre leur fils unique. Les sculptures et gravures sur bois du Gantois Jozef Cantré (1890-1957) sont également hors du commun, tout comme la toile émouvante “Marc groet ’s morgens de dingen” (1928) de Floris Jespers, inspirée d’un poème célèbre de Paul van Ostaijen.

Ou encore les photos réalisées par l’auteur courtraisien Stijn Streuvels (1871-1969) dans les années 1920. Une citation de cet écrivain résume bien le propos de l’exposition: “Als ge gekweld wordt door lichte miseries, twijfels allerhande, leg u achterover in ’t gras te staren in de ruimte…”. Elle peut se traduire en français par "Si vous êtes tourmenté par de légères misères, des doutes de toutes sortes, couchez-vous dans l’herbe et regardez dans l’espace…".

L’exposition "Vlaamse expressionisten. Heerlijke herinneringen" (‘Les expressionnistes flamands. Merveilleux souvenirs’) est encore à voir jusqu’au 20 août 2023 au Musée des arts de La Haye (Kunstmuseum Den Haag).

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