Mi-mars, le Mouvement agriculteur citoyen (BoerBurgerBeweging ou BBB), fondé en 2019 par Caroline van der Plas (photo, au centre), remportait un score inattendu aux élections provinciales des Pays-Bas, devenant le plus grand parti dans toutes les provinces néerlandaises. Alors que les élections législatives, régionales et communales se profilent à l’horizon 2024 en Belgique, plusieurs partis flamands se prennent à rêver et s’imaginent volontiers dans le rôle du BBB. Quels sont ces partis et quelles sont leurs chances éventuelles de succès ? Ecoutez l’analyse du journaliste politique Ivan De Vadder (VRT).
La victoire électorale du BoerBurgerBeweging aux Pays-Bas fait rêver : quel parti sera le BBB flamand?
“Le BoerBurgerBeweging c’est un peu la version néerlandaise des gilets jaunes en France. Si ce n’est que ces derniers ne sont pas représentés au parlement français, alors que le BBB est subitement devenu le plus grand parti aux Pays-Bas et peut bloquer des décisions du gouvernement néerlandais", précise en introduction Ivan De Vadder.
Quoi de neuf en Flandre - 1er avril 2023
Cette victoire électorale aux Pays-Bas fait rêver quelques partis en Flandre, à commencer par le BBB flamand : "Boer Burger Belangen". Il veut défendre les intérêts des fermiers et des citoyens. Ce mouvement est dirigé par Tine Hermans de Merksplas (province anversoise), fille d’un agriculteur. "Une femme inconnue, qui a une petite expérience en politique locale. Elle a fondé un groupe Facebook qui avait 14.000 abonnés au début de la semaine. En fin de semaine, elle annonçait vouloir créer un parti. C’est donc devenu un parti auto-proclamé", souligne le journaliste politique, précisant que Tine Hermans (photo) a même refusé l’invitation du ministre flamand de l’Agriculture Jo Brouns (CD&V) de figurer sur une liste de son parti.
Le CD&V a-t-il découvert trop tard la "terre oubliée" ?
Le CD&V lui-même a défendu bec et ongles les intérêts des jeunes agriculteurs lors des récentes négociations au sein du gouvernement flamand sur le Plan azote, afin d’éviter que ces derniers ne soient forcés d’abandonner leurs fermes en raison de contraintes d’émissions d’azote. Le parti démocrate-chrétien flamand veut défendre le "Vergeten land", cette terre oubliée qu’est la campagne et ses habitants. "Et en plus il y a une tradition. Historiquement, le parti démocrate-chrétien c’était vraiment celui qui défendait le "platteland", les zones rurales en Flandre".
Le ministre CD&V de l’Agriculture, Jo Brouns, analysait néanmoins que le succès du BBB provient non seulement du soutien des agriculteurs mais aussi des citoyens qui se sentent abandonnés et incompris. "Et justement, le week-end dernier, le CD&V a tenu un congrès sur le thème du ‘Respect’. Son président Sammy Mahdi (photo) a déclaré que le parti démocrate-chrétien est l’unique garantie après les élections 2024 que chaque Flamand, y compris les "Flamands oubliés", soit entendu et que le dédain envers les régions rurales et les banlieues des grandes villes soit enfin abandonné", précise Ivan De Vadder.
"Le CD&V se présente donc un peu comme le parti du Flamand oublié. Il faut cependant rappeler que le CVP - prédécesseur du CD&V - a tout de même eu plus de 50 ans au pouvoir pour gâter ce Flamand oublié. C’est bizarre qu’il s’en souvienne en 2024. C’est un peu tard".
Groen avait-il compris la situation un an trop tôt ?
Le parti écologiste Groen se voit lui aussi dans le rôle du BBB flamand. Son co-président Jeremie Vaneeckhout (photo) a d’ailleurs écrit un livre en 2022 intitulé "Vergeten land", dans lequel il décrit une campagne flamande négligée par les décideurs : elle reçoit moins d’argent du fonds des communes, les transports en commun y sont moins nombreux, les services moins accessibles (les distributeurs de billets de banque se font rares et les boulangers ferment les uns après les autres).
"C’est vrai, le livre est sorti il y a un an et n’a été repris par presque personne à l’époque. Alors qu’à l’heure actuelle, avec le succès du BBB néerlandais, tout le monde s’approprie ces mêmes idées", constate De Vadder.
Dans son analyse, Jeremie Vaneeckhout qualifiait aussi la percée du Vlaams Belang (VB) aux élections de 2019 de Dimanche noir, estimant que le parti d’extrême-droite doit son succès partiellement au fait que les autres partis négligent les zones rurales.
VB a-t-il le plus de chances de devenir le BBB flamand ?
“Il y a plusieurs éléments qui permettent de le penser”, estime Ivan De Vadder. "D’abord cette image du président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken (photo), qui était monté sur un tracteur pour se rendre à la manifestation des agriculteurs à Bruxelles contre le Plan azote flamand. Et en ce moment, le VB a mis des plaques un peu partout en Flandre avec le slogan "Sauvez nos agriculteurs" - en n’y mettant pas son logo néanmoins".
"Et puis il y a le seuil électoral en Flandre, qui fait que le renouvellement politique est très difficile à obtenir. Au cours des 30 ou 40 dernières années, seul le parti de Jean-Marie Dedecker - Lijst Dedecker - est parvenu à naître, en raison du seuil électoral. Ce sera très difficile pour le BBB de devenir un vrai parti. Et donc tous les sentiments d’abandon, les sentiments anti-politiques se sont dirigés vers le Vlaams Belang, qui est traditionnellement un parti qui récupère nombre de ces sentiments".
"Voilà pourquoi je crois que le Vlaams Belang est peut-être le candidat en position de tête pour devenir le BBB flamand dans la campagne vers les élections de 2024. Je pense que le VB va monter dans les sondages, et probablement obtenir encore davantage de voix aux élections. Je crains donc que l’on ait à nouveau un Dimanche noir en 2024. Mais nous sommes encore loin des élections, un an c’est un siècle en politique", concluait Ivan De Vadder.
