Des scientifiques de l'université d'Anvers ont annulé "numériquement" la décoloration d'un chef-d'œuvre de Johannes Vermeer. Et grâce à cette restauration virtuelle, on peut découvrir à présent les couleurs originales peintes par l’artiste au XVIIe siècle. A l'époque, la couronne de laurier de Clio, l’un des personnages du tableau, était verte et pas bleue.
Des scientifiques anversois révèlent les couleurs originales d’un célèbre tableau de Vermeer
"L'art de la peinture", est une œuvre de Johannes Vermeer réalisée vers 1666. Le tableau ne comporte que deux personnages : le peintre et son sujet. Le personnage du peintre est parfois présenté comme étant un autoportrait de Vermeer, bien que son visage ne soit pas visible. On le voit peindre à son chevalet. Son modèle est Clio, la muse grecque. Ce chef-d'œuvre de Vermeer, auquel il était lui-même très attaché, est exposé au Kunsthistorisches Museum de Vienne.
C'est l'une des rares œuvres qui n'est pas exposée dans la grande rétrospective qui a lieu actuellement au Rijksmuseum d'Amsterdam.
Le tableau représente une scène intime de pose où un artiste peint une femme dans son atelier, près d'une fenêtre, avec en arrière-plan une grande carte des dix-sept Provinces des Pays-Bas. Ce tableau est considéré comme un élément essentiel de l'œuvre de Vermeer. Le peintre lui-même n'a pas voulu le vendre, même lorsqu'il était endetté.
"L’art de la peinture" a quelque chose d'étrange. Ce qui frappe dans cette œuvre, c'est la décoloration du vert au bleu de certaines parties du tableau. "Si vous vous tenez devant le tableau, cette décoloration est surtout frappante au niveau de la couronne de laurier de Clio. Au lieu d'être d'un vert brillant, elle a pris à peu près la même couleur que son manteau qui est d’un bleu vif. On dirait que Vermeer a voulu lui donner un couvre-chef de la même couleur" a expliqué Frederik Vanmeert de l'université d'Anvers.
Scanner sans toucher au tableau
Les scientifiques de l'université d'Anvers ont voulu percer ce mystère. À l'automne dernier, ils se sont mis au travail à Vienne avec un scanner spécial de fabrication artisanale. "Nous le faisons sans échantillonnage et sans toucher au tableau", a expliqué Koen Janssens, de l'université d'Anvers, dans l'émission "De Ochtend" sur Radio 1. "Nous examinons quels pigments ou composants de couleur Vermeer a utilisés et nous recherchons également des traces de pigments qui ont disparu.
C’est ainsi que des traces de couleur jaune qui avaient disparu ont été retrouvées. "Vermeer a utilisé un mélange de bleu outremer et de jaune organique. Or, ce dernier n'a pas résisté à l'épreuve du temps." (Pour rafraîchir vos connaissances sur les principes de bases des couleurs : le vert est obtenu en combinant le bleu et le jaune ndlr).
Si l'on enlève le jaune, il ne reste donc que du bleu. C'est ce qui s'est passé dans le tableau de Vermeer : le vert est devenu bleu. Ce bleu a perduré : Vermeer était connu pour utiliser du bleu outremer, un colorant bleu précieux provenant d'Afghanistan, "plus cher que l'or".
Les scientifiques de l'université d'Anvers ont également réalisé une "reconstitution virtuelle", sur laquelle on voit clairement la différence entre la couronne de laurier bleue et la couronne de laurier verte de Clio. Ils n'ont cependant pas touché pour cela au tableau. Cette méthode de reconstruction numérique des couleurs pourrait éventuellement être appliquée à d'autres œuvres.
L'équipe universitaire anversoise a ainsi effectué des recherches sur "La laitière" de Johannes Vermeer et "La ronde de nuit" de Rembrandt, deux oeuvres conservées au Rijksmuseum d'Amsterdam.
Les résultats de ces recherches ont été présentées mardi dernier lors d'un symposium scientifique international sur l'œuvre de Vermeer, organisé par le Rijksmuseum d'Amsterdam , en marge de sa grande rétrospective. Celle-ci se tiendra jusqu'au 4 juin, mais affiche déjà complet.
La grande rétrospective Vermeer au Rijksmuseum affiche complet
Des chefs-d'œuvre tels que "La Laitière" et "La Jeune Fille à la perle" font partie des 28 toiles exposées, prêtées par des galeries et des collections privées du monde entier.
Le Rijksmuseum, où se déroule l'événement jusqu'au 4 juin, avait déjà vendu plus de 200.000 billets avant même l'ouverture de l'exposition, du jamais-vu dans l'histoire du musée.
Surnommé le "Sphinx de Delft", Vermeer n'a pas peint beaucoup de tableaux, environ 35, et peu de choses sont connues sur sa courte vie (1632-1675). Ses toiles sont célèbres pour leur luminosité et les scènes domestiques de la vie néerlandaise du XVIIe siècle, d'une "beauté intense" et où le temps semble s'arrêter, a déclaré à l'AFP, le directeur du Rijksmuseum, Taco Dibbits.
L'accession de Vermeer au statut de "mégastar" de la peinture coïncide avec la publication en 1999 du roman historique "La Jeune Fille à la perle" de Tracy Chevalier, inspiré du tableau prêté pour l'exposition par le musée Mauritshuis de La Haye. Le livre a également donné naissance à un film hollywoodien en 2003 avec à l'affiche Scarlett Johansson et Colin Firth.
Fin octobre, le célèbre tableau, exposé à La Haye, avait été pris pour cible par trois activistes climatiques belges. L'un d'entre eux s'était collé la tête à la toile tandis qu'un autre contestataire avait collé sa main sur le mur où était accroché le tableau. La toile n'avait toutefois pas été endommagée et l'acte avait suscité une vague d'indignation.
