"Les Bruxellois savent toujours tout mieux que les autres et les Limbourgeois parlent vraiment très lentement". Ce n'est-là qu'un petit échantillon des préjugés que nous, Flamands et Bruxellois, avons les uns sur les autres. Dans l'émission "Goeiemorgen morgen" sur Radio2, Peter Van de Veire et Kim Van Oncen ont tenté de percer l'origine de ces préjugés. Ils ont bénéficié de l’éclairage de Walter Weyns, sociologue à l'université d'Anvers.
Les Anversois sont vantards et les Ouest-Flamands des travailleurs acharnés : d’où viennent ces préjugés sur les Flamands ?
Pourquoi avons-nous toujours tendance à généraliser lorsque nous parlons des "autres" ?
"Il existe de nombreux préjugés sur les préjugés", a expliqué le sociologue Walter Weyns à l'émission "Goeiemorgen Morgen !" sur Radio2. "Le préjugé le plus tenace est le fait que les préjugés sont toujours mauvais. Or, ce n'est pas vrai. Les préjugés facilitent la vie. Lorsque vous buvez un café, vous supposez que la boisson sera chaude. C'est aussi un préjugé. Cela ne devient problématique que lorsqu'un préjugé devient fixe et que l'on ne change pas d'avis. Dans ce cas, il s'agit à proprement parler d'un stéréotype et non d'un "préjugé".
Un stéréotype est donc un préjugé figé, sans possibilité d'amélioration. "On l'utilise pour parler de quelque chose que l'on ne connaît pas vraiment", explique encore le sociologue de l'UAntwerpen. Par exemple, l'affirmation : "tous les Limbourgeois sont lents". On le dit souvent, mais dans de nombreux cas, ce n'est pas vrai. Pourtant, les gens l'utilisent pour parler des "Limbourgeois" comme s'ils les connaissaient bien. Plus on vieillit, plus on s'enferme dans les préjugés. On conserve les "idées" que l'on a acquises, même si elles ne sont pas correctes. Beaucoup de préjugés sont également inculqués dès le plus jeune âge et restent donc en place. Mais je dois aussi ajouter que derrière chaque préjugé enraciné, il y a une histoire qui explique ce stéréotype."
"Les Limbourgeois parlent très lentement"
Si l'on s'intéresse aux idées reçues sur les Limbourgeois, on s'aperçoit que cela concerne leur façon de parler et surtout le rythme de leur locution. "Le cliché, fort répandu en Flandre, selon lequel les Limbourgeois parlent lentement et sont lents en général est lié à la nature rurale de cette province. Il y a, en effet, moins d'urbanisation, ce qui donne l'impression que tout va plus lentement", explique Walter Weyns. "Les Limbourgeois se jouent de ce préjugé de façon magistrale. Les dépliants touristiques insistent sur le fait que le Limbourg est un endroit où l'on peut se détendre et se relaxer.
"Les habitants de Flandre orientale n'ont pas de sentiment d'appartenance"
Lorsqu'on interroge les Flamands sur les préjugés à l'égard des habitants de Flandre orientale, ils doivent souvent réfléchir plus longuement. "Il semble qu'il n'y ait pas de sentiment d'appartenance à la Flandre orientale", dit-on. Mais est-ce bien vrai ? "Il est exact que la Flandre orientale est une province très diversifiée", explique Walter Weyns.
"D'une part, il y a Doel, au nord-est, que beaucoup de Flamands associent au port d'Anvers, alors qu'il s'agit bel et bien de la Flandre orientale. D'autre part, il y a Zulte, qui partage une équipe de football avec Waregem, en Flandre occidentale (SV Zulte Waregem). Il est donc difficile de se faire une idée précise de cette province. Ce sont surtout les villes qui ressortent de cette province, Gand en tête."
"Les Bruxellois savent tout mieux que les autres"
Le Flamand moyen accuse souvent le Bruxellois d'être un "monsieur-je-sais-tout". Selon le sociologue, cela est dû au fait que Bruxelles n'est pas seulement la capitale de la Belgique et de la Flandre, mais aussi celle de l'Europe. "Tous les dirigeants du monde et même les rois y sont passés à un moment ou à un autre. Vous auriez une haute opinion de vous-même pour moins que cela".
"Les habitants du Brabant flamand vivent comme des Bourguignons"
On dit des Brabançons flamands qu'ils mènent une vie dissolue, sans contrainte morale. Cela aussi s'explique par l'histoire. "Bruxelles, et par extension le Brabant flamand, était une région agricole très fertile. De riches agriculteurs y vivaient. Or, quand tout va bien sur le plan économique, on est plus prompt à dire les chose directement. C'est là qu'a été semée la graine de la "franchise" des Brabançons.
"Les Ouest-Flamands sont des travailleurs acharnés"
Le fait que les habitants de Flandre occidentale soient considérés comme des travailleurs acharnés est peut-être un souvenir de la Première Guerre mondiale.
"Cette région a été complètement détruite. Pour moins que cela, on mettrait la tête dans le sable. Mais les Ouest-Flamands ont tout reconstruit à l'époque. C'est pourquoi les Flamands les décrivent comme des travailleurs acharnés.
D'après Walter Weyns, les Ouest-Flamands se considèrent également comme tels. "Le site internet de la Flandre occidentale décrit ses habitants comme "têtus et entreprenants". Si vous vous considérez ainsi, cela s'inscrit dans vos gènes et vous le transmettez aux générations futures".
"Les Anversois sont vantards"
"Anvers est la Ville et le reste n'est qu'un parking". C'est un slogan que les Anversois aiment utiliser pour exprimer leur amour pour leur ville. De ce fait, les non-Anversois les considèrent comme des vantards ou des "gros cous" (dikke nekken). "Le sentiment de supériorité reste bien ancré à Anvers", explique Walter Weyns. "Au XVIe siècle, Anvers était l'endroit où tout se passait. À la fin de ce siècle, l'essor économique était terminé, mais le souvenir de son plus grand dynamisme est resté bien présent.
Mais il faut préciser que le préjugé sur l'Anversois "vantard" ne s'applique pas à l'ensemble de la province. "Ce sont les vrais Anversois qui regardent leur ville avec beaucoup de fierté", affirme Walter Weyns. "Et certainement les vrais "Sinjoren". Ce sont les habitants, nés dans la zone entre De Leien (une série de rues du centre-ville) et l'Escaut. Mais aujourd'hui, on ne peut plus être un vrai Sinjoren, car il n'y a plus de maternité dans cette zone."
