Pour le magazine "Pano" (VRT), diffusé mercredi soir sur la Eén, le tueur en série Stephaan Du Lion est revenu sur son procès d'assises. Le 15 février dernier, l’ancien laveur de vitre a été condamné à la réclusion à perpétuité pour les assassinats horribles de quatre femmes, perpétrés dans les années 1990. Il n’a été arrêté qu’en 2018, suite à une analyse ADN. Notre collègue Machteld Libert est a pu l’interviewer dans la prison d'Anvers et s'est entretenue avec lui sur cinq moments clés de son procès.
Stephaan Du Lion, le tueur en série a accordé une interview exclusive au magazine "Pano" de la VRT
Mercredi 15 février, après plus de quatre heures de délibération, la cour d'assises d'Anvers a condamné, Stephaan Du Lion (58 ans), originaire de Deurne (Anvers), à la réclusion à perpétuité pour les assassinats d'Ariane Mazijn (30 ans) en 1992, de Lutgarda Bogaerts (28 ans) en 1993, de Maria Van den Reeck (46 ans) en 1994 et d'Eve Poppe (38 ans) en 1997. La cour n'a tenu compte d'aucune circonstance atténuante, notamment son enfance traumatisante. Un mois après sa condamnation Stephaan Du Lion a accepté de revenir sur les moments clés de son procès. Il répond aux questions de la journaliste avec lenteur et parfois avec émotion en laissant chaque fois passer une long silence, il cherche souvent ses mots.
1. Le moment où tout a basculé
"Tu as raison : j'ai piégé ta mère, je l'ai assassinée avec préméditation." C'est le moment clé du procès d'assises. Après le témoignage de la fille d'une de ses victimes, au sixième jour de son procès, Stephaan Du Lion craque. Pour la première fois, il se met à raconter exactement ce qui s'est passé avant et pendant les assassinats des années 1990.
Jusqu'alors, il n'y était pas parvenu. Dès qu'il s'agissait des faits eux-mêmes, il déclarait "je ne me souviens pas" ou "j’ai un trou noir devant mes yeux". Jusqu'à ce témoignage de Vanessa Demares, la fille d'Eve Poppe, assassinée par Du Lion en 1997. Après la mort de sa mère, elle a lutté désespérément pendant des années pour connaître la vérité. Stephaan Du Lion a été ému aux larmes par son témoignage.
"Je n’aurais pas pu retourner en cellule sans lui avoir parlé" a-t-il confié à notre collègue. Après avoir reconnu les faits, je me suis senti soulagé et lorsque la fille de la victime m’a regardé j’ai vu qu’elle me remerciait pour cela".
2. Les aveux
Pourtant il en a fallu de peu pour qu’il n’y ait jamais de procès. Après les meurtres d'Ariane Mazijn (30 ans) en 1992, de Lutgarda Bogaerts (28 ans) en 1993, de Maria Van den Reeck (46 ans) en 1994 et d'Eve Poppe (38 ans) en 1997, les enquêteurs n’avaient trouvé aucune trace de l’auteur de ces crimes horribles et ce pendant plus de 20 ans.
Ce n'est qu'en 2017 que les choses ont commencé à bouger, lorsque l'ADN de Stephaan Du Lion a "matché" par hasard avec une trace de sperme trouvée sur le corps de la première victime, Ariane Mazijn. L'ancien laveur de vitres a toujours nié lors de son premier interrogatoire, mais a finalement avoué le meurtre de Mazijn deux semaines plus tard.
Puis, c’est une description erronée de l'appartement de la victime qui a entraîné la réouverture de l'affaire du meurtre d'Eve Poppe en 1997. En 2019, Du Lion avoue également ce meurtre et avoue spontanément deux autres meurtres : celui de Lutgarda Bogaerts en 1993 et celui de Maria Van den Reeck en 1994.
"Pourquoi avoir avoué spontanément ces deux autres meurtres ?" demande Machteld Libert. "Je voulais être déchargé de ce fardeau" répond Stephaan Du Lion. "Pendant des années j’ai vécu avec ce que j’avais fait, sur mes épaules, je voulais avouer mais j’étais bloqué. Lorsque j’ai enfin pu avouer au juge d’instruction, j’étais soulagé".
3. Les regrets
Plus de 30 ans après le premier meurtre, le procès de Stephaan Du Lion s'est enfin ouvert début février devant la cour d'assises d'Anvers. Après toutes ces années, les proches des victimes se retrouvent pour la première fois face à l'assassin de leur sœur, de leur fille ou de leur mère.
Au deuxième jour du procès, Du Lion s'adresse à eux : "Aux familles des victimes et aux proches, la douleur et le chagrin que je vous ai causés sont irréversibles. Je ne trouve pas les mots justes, des mots qui n'existent pas pour exprimer la douleur et le regret. La culpabilité, je la porterai jusqu'à mon dernier jour".
"Cela fait 4 ans que je pensais à ce moment. Je savais que je ne pourrais rien leur dire de bien, mais ne rien leur dire aurait été un manque de respect pour les familles", reconnaît Stephaan Du Lion.
4. Les psychiatres
Au cours du procès d'assises, on a tenté de répondre à la question de savoir comment Stephaan Du Lion avait pu en arriver là. L’enfance difficile de l’accusé a notamment été évoquée, avec les témoignages émouvants de ses sœurs.
Mais les psychiatres et les psychologues qui ont examiné Du Lion ont également pris la parole. Leurs rapports sont similaires : "On peut parler d'un trouble de la personnalité avec des traits antisociaux et narcissiques chez Du Lion", a déclaré la psychiatre légale Sarah Lefèvre. "Il a un manque de profondeur émotionnelle et se préoccupe principalement de lui-même". Néanmoins, les experts affirment qu'il est coupable et donc pleinement responsable de ses actes.
"Pourquoi ai-je commis ces actes ? Je n'arrive toujours pas à répondre à cette question", a déclaré Stephaan Du Lion à notre collègue Machteld Libert. Mais il reconnaît que ce qu’il a fait est horrible et qu’aujourd’hui il peut difficilement encore se regarder dans le miroir.
5. Le verdict
Le 15 février 2023, Stephaan Du Lion a finalement été condamné à la réclusion à perpétuité. Le jury populaire et les juges professionnels n'ont tenu compte d’aucune circonstance atténuante. "Les quatre victimes ont été soumises à une violence extrêmement grave, impitoyable et prédatrice. Pour ces actes, Du Lion porte l'entière responsabilité", peut-on lire dans le verdict.
Stephaan Du Lion est âgé aujourd'hui de 58 ans. La réclusion à perpétuité ne signifie cependant pas qu'il ne pourra jamais être libéré. En principe, il aura la possibilité de bénéficier d'une libération anticipée, sous conditions, au plus tôt en octobre 2033. Cela dépendra notamment de son comportement en prison et de l'accord du tribunal de l’application des peines. Lui-même garde, en tout cas, espoir de sortir un jour.
"-Comment voyez-vous l’avenir, monsieur Du Lion ? Mon avenir, c’est pour le moment la vie en prison. Je suis en paix avec cela. -Espérez-vous pouvoir sortir un jour ? Oui. -Le méritez-vous ? Non je ne le mérite pas, j’ai commis des faits très graves, ce qu'il y a de plus grave, non je ne le mérite pas".






