La Chambre a approuvé jeudi soir en séance plénière une proposition de résolution qui reconnaît comme un génocide la famine dont le peuple ukrainien a été la victime en 1932-33 et qui a été provoquée par le régime de Staline. Elle est plus connue sous le nom d'Holodomor et considérée comme l’une des plus grandes tragédies du 20e siècle. Le texte a reçu un soutien unanime, sauf l'abstention du PTB.
Surnommée "le grenier à blé de l'Europe" pour la fertilité de ses terres noires, l'Ukraine a perdu quatre à huit millions d'habitants dans la grande famine de 1932-1933, sur fond de collectivisation des terres, orchestrée selon des historiens par Staline pour réprimer toute velléité nationaliste et indépendantiste de ce pays, alors République soviétique. L'Ukraine fait campagne depuis des années pour que l'Holodomor soit officiellement reconnu comme un génocide, concept forgé lors de la Deuxième guerre mondiale.
Son ambassadrice en Belgique était d'ailleurs présente dans les tribunes à la Chambre au moment du vote. Plusieurs parlements de pays européens ont reconnu ces faits comme un génocide, ainsi que le Parlement européen le 15 décembre dernier.
Le Vlaams Belang avait déposé un texte allant dans ce sens en 2020. Le député Georges Dallemagne (Les Engagés) a pris cette initiative en février 2022, rejoint par DéFI et la N-VA. La majorité fédérale a introduit quant à elle sa résolution le mois passé. Il s'agit d'une reconnaissance politique. Le texte s'attache également à commémorer les victimes de cette famine, condamne la "manipulation actuelle de la mémoire historique par le régime russe dans le but d'assurer sa propre survie" et rappelle la présence du Premier ministre Alexander De Croo (photo, à g.) et de la ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib le 26 novembre en Ukraine pour la commémoration de l'Holodomor.
"Ce texte vient réparer un silence, un oubli", a souligné Georges Dallemagne selon qui le caractère génocidaire de cette famine, méconnue encore il y a peu, est établi depuis 1953 par le juriste polonais Rafaël Lemkin. La guerre en Ukraine a donné un écho particulier à ce fait historique.
Dans le cadre de l'examen de la résolution, la commission des Relations extérieures de la Chambre avait demandé des avis à trois experts historiens et au Centre de droit international de l'ULB dont ressortait l'absence de certitude historique ou juridique quant à la qualification de génocide, même si l'on peut parler de crime contre l'humanité.
Le PTB souscrit à l'idée de commémorer les victimes de cette famine mais a déploré que "ces avis d’experts soient foulés au pied" et qu'en fonction d'événements actuels la notion de génocide soit dénaturée pour établir une continuité entre la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine et le régime soviétique.
