Certains complotistes n’ont pas confiance en leur carte d'identité belge. La puce RFID contenant des données personnelles dans cette carte eID serait un "dispositif de traçage" qui permettrait au gouvernement de nous "surveiller" et de nous suivre partout. Les journalistes de VRT NWS ont mené l’enquête et ce scénario est pratiquement impossible.
Pourquoi certaines personnes passent-elles leur carte d’identité au micro-ondes ?
En Bref :
De quoi s'agit-il ? Sur Internet, certains avertissent que la puce RFID sans contact des nouvelles cartes d'identité électroniques belges permettrait au gouvernement de suivre les citoyens "partout".
Or, c'est impossible. Les puces RFID des cartes d'identité ne peuvent être lues qu'à une distance maximale de 10 centimètres. Divers autres mécanismes de sécurité protègent également les données contenues dans les cartes d'identité électroniques.
Cela fait un moment déjà que des vidéos circulent sur les réseaux sociaux avec ce message : "Méfiez-vous de votre nouvelle carte d'identité électronique, il s'agit d'une "carte d'esclave" et d'un "dispositif de traçage" que le gouvernement veut utiliser pour surveiller vos faits et gestes" :
"Les nouvelles cartes d'identité seraient toutes équipées d'une telle puce RFID sans que les gens soient au courant. [...] Le gouvernement exige que vous alliez chercher cette carte d'identité et que vous l'ayez ensuite toujours sur vous. Ainsi, avec cette puce RFID dans votre carte d'identité, ils peuvent vous suivre partout."
Certains vont même jusqu’à appeler à passer la carte d'identité électronique au micro-ondes ou à la perforer avec une aiguille pour "désactiver" la redoutable puce RFID.
Qu'est-ce qui est vrai dans tout cela ?
Qu'est-ce qu'une puce RFID ?
Les cartes d'identité belges contiennent depuis des années une puce avec contact pour les lecteurs de cartes. Pourtant, certains citoyens ont encore l'air surpris lorsqu'ils constatent que les cartes d'identité électroniques renouvelées qui sont délivrées par toutes les communes depuis début 2021 contiennent une deuxième puce, sans contact (invisible à l'oeil nu). Il s'agit-là d'une puce dite RFID reprenant les empreintes digitales.
RFID signifie "radio-frequency identification", c'est-à-dire identification par ondes radio. Certaines données et informations personnelles, notamment votre photo portrait et vos empreintes digitales, sont stockées sur cette puce sans contact dont l'antenne est intégrée à votre eID.
Toutes les caractéristiques biométriques, donc également les empreintes digitales, permettent d’identifier une personne. Il est ainsi possible de lutter plus efficacement contre certains types de fraude à l’identité, à savoir la fraude de type "look alike". Cela permet de réduire les utilisations abusives de vos données d’identité.
La technologie RFID, tout comme la technologie connexe NFC ("near-field communication"), est souvent utilisée dans une variété d'applications quotidiennes : du paiement sans contact avec votre carte bancaire, des badges du personnel et des tickets de bus ou de parking, aux étiquettes antivol sur les produits de détail.
Dans le cadre des documents d'identité, selon la FAQ du Service public fédéral, la puce RFID est destinée à rendre le document plus difficile à falsifier et à faire en sorte que "les contrôles aux frontières soient plus faciles et plus sûrs". En grande partie, son introduction est due à un Règlement européen datant de 2019.
Comment les données de la puce RFID de votre eID seront-elles lues ?
Certaines personnes craignent que l'étiquette RFID de la carte d'identité électronique permette à des personnes mal intentionnées - voire au gouvernement lui-même - de "suivre" la localisation des citoyens partout et à tout moment.
Mais toute personne disposant d'un lecteur RFID ne peut pas lire les données de votre carte d'identité électronique. En particulier, les données personnelles sensibles telles que vos empreintes digitales sont protégées par certains règlements (RGPD) : "Les empreintes digitales qui figurent sur la puce sécurisée ne peuvent être consultées que par les instances compétentes, explicitement mentionnées dans la loi, comme la police, via un accès sécurisé. Cela signifie que seuls les services publics compétents peuvent y avoir accès et ce n’est donc pas le cas d’entreprises privées ou d’autres instances non compétentes".
Quiconque souhaite lire une puce RFID doit également mettre physiquement la main sur l'eID, comme l'explique le SPF Affaires intérieures : "Pour ce faire, le lecteur doit d'abord disposer d'un mot de passe généré la base de la "Machine Readable Zone", la zone de lecture automatique qui est imprimée sur l'eID."
Au-dessus de la puce à contact, un code-barres bidimensionnel remplace le code-barres classique.
Est-ce que les puces RFID peuvent être lues à distance ?
Oui, c'est possible. Certaines étiquettes RFID peuvent être détectées jusqu'à plusieurs mètres de distance.
Mais pour la puce ajoutée aux eID, cette distance est limitée à 10 centimètres. En fait, la carte d'identité électronique belge suit la norme internationale ISO/IEC 14443, qui impose une telle distance. Il en va d'ailleurs de même pour les passeports de voyage biométriques et la quasi-totalité des cartes d'identité nationales de l'Espace économique européen.
La surveillance des citoyens dans la rue à l'aide des puces RFID de leur carte d'identité est donc pratiquement impossible en Belgique : "Il n'est pas possible de lire à distance les informations uniques de la puce, et il n'est donc pas possible de suivre quelqu'un à distance sur la base de la puce RF de sa carte d'identité électronique", a déclaré un porte-parole du SPF Affaires intérieures.
Pourtant, les préoccupations relatives à la vie privée autour des puces RFID ne sont pas injustifiées. Un avis de 2019 de l'Autorité de protection des données, qui s'inquiète de la robustesse du cryptage à long terme, va également dans ce sens :
"[L]es faiblesses des mesures cryptographiques soulèvent deux questions : Que fait-on si les clés sont craquées ? Scénario possible, soit en cas de vol des clés, soit avec l'augmentation de la puissance de calcul due à l'évolution des technologies. [Les algorithmes et la longueur des clés utilisés [...] seront-ils encore fiables dans 10 ans compte tenu de la rapidité de l'évolution technologique, principalement de la puissance de calcul que l'on peut attendre des ordinateurs quantiques ?"
Un four à micro-ondes peut-il endommager votre carte d'identité électronique ?
Oui. Le rayonnement électromagnétique d'un four à micro-ondes peut endommager irrémédiablement la puce RFID et la puce de contact de votre carte d'identité électronique.
Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une " solution " pour ceux qui ne font pas confiance à la puce RFID : une carte eID endommagée devient tout simplement invalide et doit être obligatoirement remplacée (c'est ce que prévoit l'article 5 de l'arrêté royal du 25 mars 2003).
Si la puce de contact est également endommagée, le titulaire perd également la possibilité de se connecter aux services publics en ligne tels que Tax-on-web. En outre, la création de la nouvelle eID se fait aux frais du titulaire de la carte.
Conclusion
Sur les réseaux sociaux, certaines personnes recommandent d'endommager délibérément votre eID pour désamorcer la puce RFID sans contact. Selon ces personnes, cette puce transformerait votre carte d'identité en un "dispositif de traçage" permettant au gouvernement de vous "suivre partout".
Toutefois, les ondes radio des puces RFID des cartes d'identité belges ne peuvent être lues à une distance de plus de 10 centimètres. Par ailleurs, divers mécanismes de sécurité garantissent que seuls les instances compétentes qui détiennent la carte peuvent accéder aux données qu'elle contient.
Toute personne possédant une carte eID endommagée, dont la puce RFID ou d'autres composants ne fonctionnent plus, devra également la faire remplacer à ses frais.
