Aller au contenu principal

Bulking et cutting, une nouvelle pratique de fitness qui séduit les jeunes mais présente des risques pour la santé

La nouvelle tendance dans les salles de fitness est surtout répandue parmi les praticiens de la musculation qui veulent améliorer leur condition corporelle en gagnant de la masse musculaire. Elle s’inspire des pratiques des culturistes (bodybuilders en anglais) et des haltérophiles, qui bénéficient la plupart du temps d’un suivi médical. A l’encontre de nombre de jeunes qui tentent de sculpter leur corps en combinant la prise de quantités (trop) élevées de protéines à un entrainement physique extrêmement intense, sans réel accompagnement. Une pratique populaire actuellement, qui n’est pas sans danger, met en garde le médecin du sport flamand Tom Teulingkx. Le bulking et le cutting peuvent en effet "entrainer des problèmes de santé graves".

Anne François
Publié:

Les parents d’adolescents ou jeunes adultes adeptes des salles de fitness connaissent sans doute déjà les termes anglophones de bulking (prise importante de volume) et cutting (coupe), car ils sont actuellement très populaires au sein de ce groupe d’âge. 

"Bulking" désigne le processus de gain de masse musculaire, tout en essayant de gagner le moins de graisse possible. Il s’agit de manger des calories supplémentaires sous la forme de protéines, de graisses ou de glucides tout en effectuant un entrainement physique extrême pour accroitre sa masse musculaire. "Cutting" est le processus utilisé pour perdre de la graisse tout en maintenant autant de masse musculaire que possible. Le sportif va alors manger moins de calories, en combinaison avec une quantité importante de protéines. Les deux méthodes sont souvent pratiquées en alternance.

Elles s’inspirent de l’entrainement physique spécialisé pratiqué par les culturistes et les haltérophiles, en période de compétition ou d’entrainement, précisait cette semaine Tom Teulingkx dans l’émission "De wereld vandaag" sur Radio 1 (VRT). Il est médecin du sport et président de l’Association flamande des médecins et examinateurs du sport. Bulking et cutting séduisent maintenant aussi les sportifs amateurs qui veulent améliorer leur condition physique et corporelle, mais les médecins en donnent une évaluation très mitigée, mettant en garde contre des risques réels pour la santé.

Apport trop élevé en protéines

“Normalement on consomme 0,8 gramme de protéines par kilo de poids corporel", précise Tom Teulingkx. "Mais avec les méthodes de bulking et cutting on ingère nettement plus que cette quantité. Cela met les reins sous pression et certaines personnes attrapent d’ailleurs des problèmes rénaux".

"En plus de cela, il s’agit d’un régime alimentaire très peu varié qui, à long terme, peut provoquer des troubles métaboliques et ensuite de réels problèmes de santé. Comme par exemple un pourcentage de masse grasse plus élevé, le diabète ou des problèmes cardiaques et de pression artérielle", souligne le médecin du sport.

Le problème est aussi que les deux méthodes doivent être pratiquées pendant une longue période pour obtenir les effets désirés. "Dans les milieux du bodybuilding certainement, les effets ne sont pas toujours ceux que les gens attendent. Ils prennent alors des suppléments alimentaires, mais vont parfois aussi jusqu’à ingérer des substances interdites. Cela n’a plus rien à voir avec le sport, mais davantage avec une culture corporelle. On développe alors davantage de muscles qu’on en utilise. Ce n’est pas toujours plus esthétique".

Evolution inquiétante

“Les haltérophiles professionnels vont appliquer les méthodes de bulking et cutting sous une supervision médicale très stricte. Mais nous accueillons en consultation des parents inquiets d’adolescents qui vont 5 ou 6 fois par semaine à la salle de fitness, sans accompagnement médical, et qui commandent des suppléments via l’internet et mangent beaucoup de protéines. C’est une évolution inquiétante".

Beaucoup de jeunes ont commencé à faire du fitness pendant l’épidémie de coronavirus parce que les mesures sanitaires pour limiter les contaminations ne leur permettaient plus de pratiquer leur sport favori. Mais s’ils ont l’intention de développer leur composition corporelle, ils doivent le faire avec un accompagnement strict, met en garde de médecin Tom Teulingkx.

"Pour un jeune en pleine croissance physique, une alimentation équilibrée est extrêmement importante. S’il compte alors sur des pilules ou des suppléments pour améliorer sa condition corporelle, il doit faire très attention. Les boissons protéinées ou les suppléments que l’on peut commander en ligne sont dans 20% des cas contaminés : ils contiennent des substances interdites qui vont engendrer des ennuis de santé encore plus importants. En plus de cela, ils facilitent le passage à un réel doping. Certainement chez les jeunes. Un accompagnement très sérieux est crucial pour éviter que les jeunes ne tombent dans ce piège", estime Teulingkx.

Dirty bulking

Le bulking peut aussi être poussé à l’extrême et reçoit alors la connotation négative de "dirty bulking" (littéralement ‘gain de volume sale’). La prise de grandes quantités de graisses, de protéines et glucides - par exemple via une alimentation résolument malsaine - déclenche alors un gain de graisse corporelle, par mauvaise gestion du bilan énergétique. "Si l’apport en calories est excessivement élevé, cela engendre des problèmes de santé. A long terme on prend beaucoup de poids, ce qui n’était pas le but au départ", expliquait Teulingkx dans l’émission "De wereld vandaag".

Quel conseil donner alors aux adolescents et leurs parents ? "Faites-vous bien accompagner et demandez-vous surtout pourquoi vous voulez augmenter votre masse musculaire. Est-ce pour être en meilleure santé ou plus sportif, ou pour améliorer votre apparence physique ? Si vous tenez réellement à pratiquer le bulking et cutting, faites-le sous la supervision d’un médecin du sport, d’un diététicien et d’un coach, et jamais avant l’âge de 16 ans ! Ne vous laissez pas tenter par l’idée de vous débrouiller tout seul, parce que vous risquez de tomber dans le piège du dopage ou de la malbouffe. Ce qui est le début de problèmes graves", concluait le médecin du sport Tom Teulingkx.

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5