En 1923, il y a exactement 100 ans, la commune de Zwijndrecht qui se trouvait en Flandre orientale était annexée à la province d’Anvers. Selon certains il s’agit d’une erreur historique" qui doit être rectifiée au plus vite. En raison de sa situation sur la rive gauche de l'Escaut, la commune appartient en fait au Waasland (Pays de Waes) et donc à la Flandre orientale. Comment Zwijndrecht s'est-elle retrouvée rattachée à la province d'Anvers et un retour à la Flandre orientale et au Pays de Waes est-il envisageable ? La VRT a mené l’enquête.
Pourquoi Zwijndrecht a-t-elle été annexée à la province d’Anvers en 1923 ?
L'Escaut a constitué durant des siècles la frontière entre le Pays de Waas et le Brabant, mais au début des années 1920, avec le développement du port, les Anversois ont jeté leur dévolu sur le polder Borgerweert situé de l'autre côté du fleuve. Ce faisant, ils ont reçu le soutien du gouvernement belge de l'époque.
En juin 1921, le Premier ministre Henri Carton de Wiart a qualifié d'"anormal" le fait que la ville portuaire ne soit située que sur une seule des deux rives de l'Escaut. "Les installations du port d’Anvers s’élèvent uniquement sur la rive droite de l’Escaut. Cette situation anormale, incroyable même si l’on tient compte de l’importance de notre grand port, provient essentiellement de l’adoption du fleuve comme limite séparative entre les deux provinces d’Anvers et de Flandre orientale."
Les Waaslandiens ont accepté de donner ce polder à Anvers en échange d'un tunnel sous l'Escaut.
Wim Van Hauteghem
Selon Wim Van Hauteghem – qui est originaire du Pays de Waes, mais qui est aujourd’hui guide à la ville d’Anvers - les Anversois n'avaient pas vraiment en tête l'expansion du port, mais voulaient surtout créer un nouveau quartier de la ville pour faire face à l'augmentation de la population après la Première Guerre mondiale.
"Sur le polder de Borgerweert et le Vlaams Hoofd (Tête de Flandre) ils avaient l’intention de bâtir un nouveau quartier", a-t-il expliqué à la VRT NWS. "À l'époque, c'est le territoire de Zwijndrecht et de Burcht dans le Pays de Waes. Finalement, ils en ont fait une sorte de marchandage. Les Waaslandiens ont accepté de donner ce polder à Anvers, en échange d'un tunnel sous l'Escaut."
Sur la carte ci-dessous, la situation actuelle :
La loi du 21 mars 1923 fait finalement état de deux "annexions". Les communes de Flandre orientale de Zwijndrecht et Burcht "sont annexées" à la province d'Anvers. "Il s'agit d’un territoire 3 001 hectares avec une population d'un peu moins de 11 100 habitants".
La ville d’Anvers, de son côté, voit son territoire augmenter de 1,212 hectares, comptant une population de 2.545 habitants grâce à l’annexion d’une partie des communes de Zwijndrecht et de Burcht. Il s'agit en fait de ce que nous appelons aujourd'hui le Linkeroever avec la plage de Sint-Annastrand.
Alors que la ville était prisonnière de sa ceinture trop serrée, la Rive Gauche restait en friche.
Frans Van Cauwelaert, le bourgmestre d'Anvers de l'époque
Dix jours plus tard, la loi entre en vigueur et l'"annexion" est un fait. Le bourgmestre d’Anvers de l'époque, Frans Van Cauwelaert, est comblé. "C'était quand même quelque chose de singulier que là, où l'ombre de notre cathédrale ne s'arrêtait pas encore, se trouvait un terrain vague", écrit-il dans De Volksgazet.
"Alors que la ville restait enfermée dans une étroite ceinture, la rive gauche restait en friche et ne participait pas à la vie de la ville. Anvers qui est la source de la prospérité nationale doit devenir et deviendra une ville de millions d'habitants, la gloire de notre pays et plus que la capitale de la civilisation flamande."
Alfons Van Goethem, le bourgmestre de Zwijndrecht de l'époque, a exprimé dans la Gazet van Antwerpen un avis un peu moins lyrique et un peu plus modéré sur l'attachement de sa commune à la province d'Anvers.
Ce qui nous réconforte, c'est la ferme conviction que cette province sera une nouvelle source de prospérité et de bien-être pour nous et le Pays de Waes
Alfons Van Goethem, le bourgmestre de Zwijndrecht de l'époque
"Ce n'est certes pas sans éprouver un certain chagrin que nous sommes arrachés à la Flandre orientale, avec laquelle nous avions les meilleures relations", dit-il. "Ce qui nous réconforte, c'est la ferme conviction que cette province sera une nouvelle source de prospérité et de bien-être pour nous et le Pays de Waes."
Cette "source de prospérité" devait venir grâce à un tunnel qui devait mieux relier le Pays de Waas à Anvers. "Mais il y a eu pas mal de protestations contre l’annexion à Anvers, surtout à Zwijndrecht", reconnaît le guide Wim Van Hauteghem.
"Ils ont ajouté la promesse que ce tunnel allait se faire. Pourtant, ils ont signé le contrat, sans aucune garantie concernant le tunnel. Ils ont donc dû attendre encore 10 ans pour l'avoir." Le tunnel en discussion est finalement devenu le Waasland Tunnel, avec un tunnel piétonnier d'accompagnement vers la rive gauche.
Les habitants de Zwijndrecht veulent-ils vraiment revenir à la Flandre orientale ?
La province de Flandre orientale examine actuellement la question du transfert de la commune de Zwijndrecht de la province d'Anvers à la province de Flandre orientale. Cette démarche est menée à l'initiative du député provincial de Flandre orientale Peter Hertog (Vooruit), qui qualifie l'annexion de l'époque d'"erreur historique". Peter Hertog souligne que 100 ans plus tard, pas un seul tunnel n'a été construit sur le territoire de Zwijndrecht, comme cela avait été promis à l'époque".
Wim Van Hauteghem estime, de son côté, qu’il y a des arguments pour un retour à la Flandre orientale "Cela n'a aucun sens que Zwijndrecht se trouve dans la province d'Anvers", déclare le guide de la ville. "L’habitant de Zwindrecht est un Waaslander. Quand on vient à Zwijndrecht ou à Burcht, on entend un autre accent. Les gens y parlent le Waaslander. Or à Anvers, ils parlent avec un accent anversois."
Qu'en pensent en fait les habitants de Zwijndrecht eux-mêmes ? "Nous appartenons plutôt à la Flandre orientale d'origine, mais nous sommes habitués à Anvers depuis si longtemps", déclare une dame sur Radio 2 Antwerpen.
"En tant que capitale provinciale, Gand est beaucoup plus éloignée qu'Anvers, mais avec les travaux routiers actuels, Anvers est à nouveau moins accessible pour nous", ajoute-t-elle. Pour beaucoup d'autres, cela n'a guère d'importance. "J'aime la ville telle qu'elle est maintenant", dit un autre personne.
Dans quelle mesure est-il facile de changer de province ?
Dans quelle mesure est-il vraiment possible de changer de province ? Récemment, cela a failli arriver à Boortmeerbeek (Brabant flamand). Les négociations de fusion avec Malines ont finalement été abandonnées, mais cette commune du Brabant flamand aurait pu passer à la province d'Anvers. Les protestations n'ont pas permis d'en arriver là. Bien avant, cela s'est produit à Fourons qui a été rattachée au Limbourg mais pour d'autres raisons, et cette histoire complexe nous entraînerait bien trop loin.
L'annexion de Zwijndrecht à Anvers a eu lieu il y a 100 ans avec une loi votée à la Chambre et au Sénat belges, mais notre pays a fondamentalement changé depuis.
"La fixation des frontières communales et provinciales est désormais une compétence flamande", a déclaré le professeur d'administration publique Filip De Rynck (UGent) à la VRT NWS. En d'autres termes, le gouvernement flamand pourrait faire passer Zwijndrecht (et Burcht, qui fait partie de Zwijndrecht depuis les années 1970) d'une province à l'autre d'un simple trait de plume.
Il s'agit principalement d'un déplacement de la frontière administrative qui n'aura pas vraiment d'effets majeurs pour la commune elle-même.
Filip De Rynck (UGent), professeur d'administration publique
"La supervision de la commune relève donc d'une autre administration provinciale et d'un autre gouverneur de province", explique De Rynck. "Il s'agit principalement d'un déplacement de frontière administrative qui n'aura pas vraiment d'effets majeurs pour la commune elle-même. Ni dans un sens positif, ni dans un sens négatif."
La Flandre peut redessiner ses frontières elle-même, mais il y aura des implications sur les pouvoirs fédéraux. "Pensez à la problématique des secours et de la justice", ajoute le professeur.
Zwijndrecht, par exemple, appartient à la zone de secours (ndlr : les pompiers) d'Anvers et à l'arrondissement judiciaire d'Anvers. "Le gouvernement fédéral doit alors prendre une décision à ce sujet", explique Filip De Rynck. "Comme cela arrive souvent dans ce pays, nous sommes confrontés à une répartition des compétences entre les différents niveaux de pouvoir".
"Mais finalement, changer un arrondissement judiciaire n'est pas insurmontable. Le changement d'un arrondissement auxiliaire peut par contre impliquer quelques tracas. Les habitants de Zwijndrecht courent donc le risque de payer plus pour des services moindres."
Le jeu en vaut-il la chandelle ?
La question est bien sûr de savoir si tout cela en vaut la peine et si la province à laquelle appartient une commune fait vraiment une grande différence. Les provinces n'ont pratiquement plus aucun pouvoir. Les différences sont minimes. "Ce ne sont pas les pouvoirs les plus importants", dit aussi Filip De Rynck, "ceux-ci se situent surtout au niveau flamand". Cela ne change donc pas grand-chose de savoir dans quelle province se trouve exactement une commune."
Alors pourquoi faire cette proposition ? Les pourparlers de fusion entre Zwijndrecht et les communes voisines de Kruibeke et Beveren pourraient être un motif. Une fusion au-delà des frontières provinciales se solderait probablement par un déménagement de l'une des communes dans une autre province.
Et puis, récemment, lors de la division de la Flandre en 15 régions, la commune de Zwijndrecht a elle-même choisi la région de référence "Waasland" et non "Antwerpen" (voir la carte ci-dessous). Il s'agit peut-être déjà-là d'un petit signe avant-coureur d'une réunification imminente avec la Flandre orientale ?


