La Commission européenne a décidé ce mercredi de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'un recours contre la Belgique pour n'avoir pas pris des mesures suffisantes pour lutter contre la pollution par les nitrates d'origine agricole dans les eaux de surface et souterraines en Wallonie. Elle ouvre par ailleurs une procédure concernant la Flandre, pour des raisons identiques. Le gouvernement flamand ne parvient toujours pas à se mettre d’accord sur le 7e plan lisier. Ce mercredi les jeunes agriculteurs flamands manifestaient devant le cabinet du ministre-président Jan Jambon.
Pollution aux nitrates: la Commission cite la Belgique en justice, les agriculteurs protestent
La Commission européenne met en garde depuis des années contre la pollution de la nappe phréatique et des eaux de surface par les nitrates. Une concentration trop élevée de nitrates peut en effet mener à une prolifération d’algues, qui étouffent la vie dans les étangs et rivières et font mourir les poissons. Il est aussi très onéreux d’extraire les nitrates de l’eau potable.
Les nitrates proviennent avant tout de la fertilisation des sols avec du lisier. La Commission a donc établi une directive nitrates dans les années 1990 pour limiter ce type de pollution. Cette directive exige des pays membres qu’ils contrôlent suffisamment la qualité de l’eau de surface et de la nappe phréatique pour éviter une trop grande concentration de nitrates.
Le programme d'action en vigueur en Région wallonne ("Programme de Gestion durable de l'azote en agriculture", version 3) date de 2014 et ne remplit pas les critères établis par la directive concernée, expose la Commission européenne concernant le sud du pays. Bien que la qualité des eaux souterraines ait diminué pour environ 30% des points de surveillance, les autorités n'ont pas révisé ce programme d'action afin de le mettre en conformité avec les exigences de la directive sur les nitrates, selon l'exécutif européen. L'affaire est en cours depuis 2014 mais, malgré certains progrès, les autorités n'ont pas pleinement répondu aux griefs, déplore la Commission.
La pression monte en Flandre
La Flandre, dont le gouvernement est actuellement en train de chercher un accord sur la question de l'azote et des nitrates provenant notamment des élevages de porcs et qui aboutissent dans les rivières de Flandre, n'échappe pas aux critiques de la Commission. Cette dernière a ouvert ce mercredi une nouvelle procédure contre la Belgique en raison d'une mauvaise qualité de l'eau au nord du pays due à une pollution par les nitrates.
Il y a un mois, le rapport sur les engrais 2022 publié par la Vlaamse Landmaatschappij - l’Agence flamande en charge de l’aménagement du territoire, notamment - avait indiqué que le 6e plan d’action flamand en matière d’engrais n’avait pas atteint ses objectifs alors qu’il arrivait à expiration. L’Agence a noté une amélioration de la qualité des eaux, mais pas de changement radical.
La Commission européenne le remarque aussi et lance une nouvelle procédure concernant la Flandre. La Région a deux mois pour répondre.
Manifestation des jeunes agriculteurs au cabinet Jambon
Une manifestation du "Groene kring" (l’organisation qui regroupe les jeunes agriculteurs et horticulteurs) a eu lieu ce mercredi devant le cabinet du ministre-président flamand Jan Jambon afin de dénoncer les "petits jeux politiques" dans ce dossier. Le président de cette organisation, Bram Van Hecke, attendait quelque 500 participants qui ont porté des croix en bois. Ils redoutent en effet d'être une génération sacrifiée du monde agricole.
Le problème des émissions excessives d'azote en Flandre pollue la vie du gouvernement depuis de nombreuses années. Selon un accord intervenu l'an passé et ajusté quelques semaines plus tard, une quarantaine d'exploitations agricoles particulièrement émettrices d'azote - classées rouge - devront fermer d'ici 2025, avec indemnisation. De plus, quelque 120 élevages classés "orange foncé" ont la possibilité d'arrêter volontairement leurs activités d'ici 2026.
Le gouvernement flamand travaille actuellement à l'adoption de nouvelles règles sur les rejets agricoles d'azote et planche parallèlement à un nouveau plan stratégique pour sa politique agricole, ce qui suscite bien des craintes auprès des professionnels du secteur. Les jeunes agriculteurs réclament des perspectives claires pour leur avenir.


