Le Centre d'étude de l'énergie nucléaire (Cen) va purifier des résidus radioactifs dans son installation Recumo à Mol, en province anversoise, et les convertir en uranium faiblement enrichi. Ce projet constitue une première européenne, selon ses initiateurs. Le premier coup de pelle a été donné lundi et la fin des travaux de construction du bâtiment est prévue pour 2025 ou 2026.
Le montant de l'investissement n'a pas été précisé, mais le directeur général du Cen, Peter Baeten, évoque plusieurs dizaines de millions d'euros. L'installation Recumo va faire de résidus radioactifs une "matière première réutilisable". "Un bel exemple d'économie circulaire", commente Peter Baeten.
Les résidus hautement radioactifs seront issus de la production des radio-isotopes médicaux sur le site de l'Institut National des Radioéléments (Ire) de Fleurus. Il ne s'agit donc en aucun cas de déchets provenant des centrales nucléaires de Doel ou Tihange. Le principal objectif de Recumo est de réduire la quantité de résidus nucléaires et d'assurer l'approvisionnement de la Belgique en uranium.
"La Belgique fait partie de l'élite mondiale dans le domaine de la médecine nucléaire", explique Erich Kollegger, CEO de l'Ire. Le Centre de recherche nucléaire et l'Institut des radioéléments pèsent pour un quart de la production mondiale de radio-isotopes médicaux, ces particules radioactives utilisées pour détecter et/ou traiter des cancers, des maladies cardiaques et d'autres maladies. "Depuis plus de 50 ans, nous aidons des millions de patients", poursuit Erich Kollegger. "Afin de continuer à assumer ce rôle de santé publique, nous avions besoin d'une solution structurelle pour les résidus radioactifs qui subsistent après le processus de production."
Approvisionnement international en radio-isotopes médicaux
L'objectif est de récupérer l'uranium afin de pouvoir réutiliser ce matériau de grande qualité, précise le Cen. Les résidus radioactifs recyclés peuvent ainsi servir de combustible pour les réacteurs de recherche ou de 'cibles' pour la production de nouveaux radio-isotopes. Recumo assure de la sorte la sécurité d'approvisionnement en radio-isotopes médicaux dans le monde.
En mars 2022, les instances compétentes ont officiellement donné leur feu vert pour la construction. L'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) a délivré l'autorisation de création et d'exploitation, alors que la Région flamande a octroyé le permis d'environnement. L'installation devrait être terminée pour 2025.
Peu après, le Cen la mettra en service et commencera à purifier les résidus. Recumo traitera les résidus actuels et futurs générés par la production jusqu'en 2038. "L'installation utilise une technologie de pointe dans le domaine de la radiochimie. (...) Dans les années 1980, elle était déjà réalisée en laboratoire. Aujourd'hui, l'Ire et le Cen l'ont mise au point, optimisée et peaufinée de manière à pouvoir l'appliquer à une échelle semi-industrielle."
