Une quarantaine d'activistes pour le climat se revendiquant des mouvements Extinction Rebellion, Scientists Rebellion et Youth for Climate ont bloqué ce lundi matin l'accès principal au terminal des jets privés à l’aéroport international de Zaventem. "Nous exigeons que les jets privés soient interdits. Ils sont le summum des plus riches, qui polluent le plus et contribuent le moins. Faites-les payer", indiquait un activiste à VRT NWS. Mais est-ce effectivement le cas ?
Extinction Rebellion bloque le terminal des jets privés à Brussels Airport
Vers 9h ce lundi matin, les militants sont arrivés au terminal des jets privés, situé à 500 mètres du bâtiment principal de l'aéroport de Zaventem. Ils ont placardé des messages sur les vitres et se sont enchaînés devant l'entrée. L'action s'inscrit dans le cadre de la campagne internationale "Make them pay" (Faites-les payer, en français), qui se déroule dans 13 pays et vise l'application de taxes substantielles pour les usagers les plus fréquents du transport aérien, mais aussi l'interdiction des vols privés.
"Les jets privés sont une injustice climatique, sociale et économique", fustige Sebastian Gonzato, doctorant en intégration des systèmes énergétiques et membre de Scientists Rebellion. "Selon Oxfam, l'absence de taxe sur le kérosène coûte 210 millions d'euros par an à la société belge. L'aviation est déjà un secteur injuste, puisque seuls quelques pourcents de la population mondiale sont responsables des énormes émissions qu'elle engendre".
"Concernant les jets privés, un utilisateur cause 1.000 fois plus de CO2 par an qu'un Belge moyen. Rien ne peut justifier cela. L'aviation reste nécessaire dans certains cas, mais il faudrait se limiter au strict minimum." La police, rapidement présente sur place en nombre, n'a pas entrepris de déloger les activistes. Les agents se sont seulement déployés de manière à permettre aux passagers d'accéder à leur vol privé via une entrée latérale.
L’utilisation de jets privés est critiquée de longue date. Le gouvernement fédéral a approuvé fin 2022 de nouveaux tarifs que les avions paient aux contrôleurs aériens. Les jets privés se voient imposer une augmentation significative.
Les jets privés très populaires ?
D’après l’organisation sectorielle European Business Aviation Association (EBAA), il y a eu en 2021 plus de 23.000 vols de jets privés depuis et vers la Belgique. La plupart de ces jets volent depuis et vers l’aéroport de Bruxelles, qui enregistrait plus de 8.000 mouvements de vol en 2021. En 2019, cela représentait 5% de tous les mouvements de vol, selon Brussels Airport.
L’aéroport régional de Deurne accueille aussi un nombre significatif de jets privés, qui effectuent au total 6.500 mouvements de vol par an. Vient ensuite l’aéroport de Courtrai-Wevelgem, avec plus de 3.000 mouvements de vol de jets privés par an.
Ces jets sont avant tout utilisés pour des vols de courte distance, pour lesquels ont pourrait souvent aussi voyager en train. Les chiffres de l’EBAA indiquent que près de 87% des vols en jets privés ne dépassent pas les frontières de l’Union européenne. La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne sont les destinations les plus populaires pour ces petits avions privés. Dans le top 10 des liaisons les plus populaires en jets privés, on trouve Bruxelles-Paris et Anvers-Amsterdam. Au niveau européen, il semblerait que près d’un tiers des vols en jet privé ne dépassent pas les 500 km. Les liaisons Londres-Paris, Rome-Milan et Zurich-Genève sont particulièrement prisées, alors qu’il existe des liaisons directes en train entre ces destinations.
Combien pollue un jet privé ?
La consommation en carburant d’un avion dépend du type d’appareil, de son âge et du poids qu’il transporte. Un Cessna Citation XLS - un jet privé très populaire -, consomme environ 850 litres de kérosène par heure de vol.
C’est beaucoup, surtout si on répartit cette quantité sur le nombre de passagers. D’après une étude du groupe de pression Transport et Environnement, un jet privé serait ainsi dix fois plus polluant qu’un vol commercial. La différence est encore plus flagrante si l’on compare avec la pollution générée par une voiture ou un train.

