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"Sire, il n'y a plus de généraux": une vague sans précédent de départs à la retraite s'annonce à la Défense

Le printemps 2023 verra une vague de nominations sans précédent au sein de l'armée belge : 6 des 7 généraux de haut rang trois étoiles prendront leur retraite. Et la moitié des 18 généraux deux étoiles doivent partir à la pension avant la fin de 2024. Les nouvelles nominations doivent traditionnellement tenir compte des compétences, d’un équilibre linguistique ainsi que des équilibres entre les différentes composantes : terre, air, marine, médicale et cyber. Mais la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) et le roi Philippe ont aussi leur mot à dire.

Eric Steffens Jens Franssen
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Pour la première fois depuis des décennies, le nombre de nos militaires augmente à nouveau. Et tous les grands équipements, tels que les frégates, les chasseurs de mines, les avions de chasse, les drones, les hélicoptères et les véhicules blindés, seront renouvelés dans les années à venir. Les nouvelles nominations sont donc plus importantes que jamais, car les nouveaux généraux utiliseront plusieurs milliards d'euros alimentés par les contribuables. Mais la Défense emploie également de plus en plus de civils. Cela signifie que certains postes de haut niveau, qui étaient auparavant occupés par un général, seront désormais occupés par des fonctionnaires de haut niveau.

Cette vague de départs à la retraite touchera la Défense de plein fouet

Sur les sept généraux trois étoiles (lieutenants généraux), six prendront leur retraite l'année prochaine. Parmi eux, des poids lourds comme le vice-chef de la Defense Marc Thys, Claude Van de Voorde (OTAN) et Wim Robberecht (ADIV Military Intelligence). Le seul général trois étoiles à rester en place est Frédéric Goetynck, qui dirige notamment l'important service des marchés publics.

Par ailleurs, parmi les 18 généraux deux étoiles, généraux-majors, quatre prendront leur retraite l'année prochaine, et quatre autres l'année suivante. À noter que les lieutenants généraux peuvent repousser de deux ans l'âge de leur retraite, soit 61 ans au lieu de 59. 

Le vice-chef de la Défense, le général-major Mark Thys (g) prend également sa retraite, Fred Vansina (d) a de bonnes chances d'obtenir une étoile supplémentaire.

Le chef de la Défense, Michel Hofman (****), est en train d’ébaucher une nouvelle structure. Comme un certain nombre de nominations à des postes internationaux ne peuvent pas attendre, Michel Hofman fait pression pour qu'un "super comité de nomination" soit créé au début de l'année 2023. Ainsi, tout le monde serait en place pour l'année électorale 2024, même si le gouvernement tombe inopinément plus tôt.

Carrousel des nouvelles nominations

Les généraux sont nommés selon une procédure prévue par la loi : un Haut Comité est présidé par la ministre de la Défense Ludivine Dedonder. Votent également ; le chef de la Défense Michel Hofman, tous les lieutenants généraux (***) complétés par le responsable RH et le secrétaire général du département. Pour la promotion au grade de général de division, les généraux de division actuels peuvent également voter.

Une liste préférentielle est établie sur la base de l'ancienneté, du système linguistique et des qualifications, ainsi que du contexte opérationnel. "Dans la pratique, il y a des marchandages et parfois des querelles entre les différentes composantes, les poids lourds essayant de faire nommer leurs propres hommes", explique une source bien informée.  

Ces nominations sont d'autant plus importantes qu'en 2024, le nouveau gouvernement devra également choisir un nouveau chef d'état-major. Ceux qui sont nommés lieutenant général (***) ont ainsi une chance de devenir chef de la défense, chef d'état-major en d'autres termes.

Le roi Philippe donne son accord, la ministre Dedonder dispose...

Beaucoup se sentent appelés, mais peu de généraux de division sont choisis pour accéder au prestigieux "club des trois étoiles", celui des lieutenants généraux (***). "La défense établit une liste de préférences et l'envoie au cabinet. Mais il n'est pas rare que le cabinet demande d'ajuster les critères de tel ou tel, de sorte que sa place sur la liste change", explique une source ayant une expérience directe de la procédure.

Parmi les généraux deux étoiles actuels, Jean Nulmans (**) et Vincent Descheemaeker (**) sont souvent cités. Ce dernier a une expérience des opérations spéciales et est " en vogue " au sein de la Défense.

Parmi les aviateurs, Thierry Dupont (Composante aérienne), mais surtout Fred Vansina (Stratégie, ex-Composante aérienne) ont de bonnes chances. Vansina a été sous le feu des critiques lors du remplacement des F-16 en 2018 après des accusations selon lesquelles "sa" composante aérienne a orienté le choix du F-35A américain. Mais plusieurs enquêtes l'ont ensuite complètement disculpé. Vasina a fait profil bas après la tempête politique et médiatique qui a suivi.

Le PS et Ludivine Dedonder n'ont jamais été de grands fans du dossier des F-35A. Mais le chasseur américain F-35A est depuis devenu la référence standard pour les pays européens de l'OTAN.

La ministre Ludivine Dedonder (g), son chef de cabinet Jamil Araoud (m), le chef de la défense Michel Hofman (d)

Il n'est pas rare que des membres du cabinet de la ministre de la Défense soient également récompensés par une nomination. "Ce n'est pas illogique", déclare un général, "c'est là que les hauts responsables se trouvent de toute façon". Le grand favori est le chef de cabinet adjoint Thierry Esser (**), qui pourrait devenir lieutenant général. Le capitaine de frégate Kristof Van Belleghem qui succède aux opérations militaires est également un prétendant aux étoiles de général.

Une section de nouveaux major-généraux (**) sera choisie dans le vaste réservoir de jeunes colonels. Parmi les noms qui circulent, citons celui de l'ancien pilote de F-16 Geert De Decker et celui de Lieven Geeraert, l'actuel commandant de la brigade motorisée.

Des étoiles supplémentaires pour le général de division Vansina (à gauche) et le général de brigade De Decker ?

Mais l'influence du roi Philippe dans les nominations ne doit pas non plus être sous-estimée. "De même, le poids du général quatre étoiles Thierry Vandeveld, chef de la Maison militaire du roi, et donc homme de confiance du roi Philippe, n'est pas du tout faible", affirme un général de haut rang expérimenté.

"Si, par exemple, quelqu'un comme Guido Hart (**) a déjà été promu général de division, il le doit principalement à ses bonnes relations avec la maison royale", a déclaré un autre général. "Eh bien, Vandeveld et Hart sont de vieux amis de l'artillerie...", déclare encore un troisième général. 

Le lieutenant-général Vandeveld (m), homme de confiance et d'influence du roi Philippe.

Ludivine Dedonder exige un ou plusieurs généraux deux étoiles féminins

La ministre Ludivine Dedonder insiste pour qu'au moins une femme major général (**) soit nommée. Après tout, après le départ à la retraite, il y a deux ans, du général de division Lutgard Claes (**), il n'y a plus de femme général.

La principale prétendante est Roos De Potter (*), qui dirige aujourd'hui le secrétariat technique du cabinet. Un deuxième nom qui revient est celui du colonel Katrien D'Herdt (composante terre). Cette dernière est déjà certaine d'être nommée général de brigade (*) en raison d'un poste international qu'elle occupe.

Un autre nom à garder bien en tête est celui du colonel An De Smedt (chef de cabinet de la composante médicale). "Il y a là un grand général en devenir", dit un général qui la connaît bien. Pour la série de nominations de ce printemps, elle serait tout simplement inéligible, car elle est trop jeune de quelques semaines seulement. "D'ailleurs, nous recherchons toujours de toute urgence un médecin du service médical pour être nommé général", déclare le général concerné.

Le gouvernement, en consultation avec le chef de la Défense Hofman, devrait prendre une décision d'ici avril.

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