L’écrivaine louvaniste (photo) passera l’entièreté du mois de février au Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA). Elle écrira, vivra et dormira derrière un mur transparent qui permettra aux visiteurs du musée de la voir au travail. Elle verra les visiteurs, mais n’aura pas d’interaction avec eux. De Coster espère trouver ainsi l’inspiration pour terminer son nouveau roman. Une démarche originale.
Saskia De Coster s’enferme un mois au KMSKA d’Anvers pour terminer un roman : "Je dors entre Rubens et Ensor"
Pendant un mois, Saskia De Coster vivra dans une petite salle située derrière un mur transparent, dans la Salle des héros du KMSKA. Elle veut terminer son nouveau roman, dans lequel elle traite de thèmes tels que l’inaccessibilité, la perte et la recherche d’une connexion avec autrui. Souvent ce sont les écrivains qui observent le monde. Ici les rôles seront en quelque sorte inversés puisque les visiteurs du musée pourront suivre son travail, à distance. Sans communiquer avec l’écrivaine flamande.
Je serai assise dans une salle remplie de toiles d’artisans. Ecrire est aussi un travail
Saskia De Coster
De Coster deviendra en quelque sorte une œuvre d’art vivante. "Dans la phase finale de l’écriture d’un roman, je disparais un peu dans le livre", explique De Coster. "Je veux maintenant le faire de façon extrême, en tentant de finaliser mon roman dans un tout petit espace comportant de nombreuses restrictions. C’est un défi de taille, et je trouve fantastique que le musée veuille y participer".
"La salle dans laquelle je serai assise est tout à fait appropriée : c’est une salle remplie de toiles d’artisans. Or écrire est bien plus que de "laisser l’inspiration arriver. C’est aussi un réel travail", souligne Saskia De Coster.
Défi supplémentaire : l’écrivaine n’aura aucun contact social pendant tout le mois où elle séjournera au musée anversois. "Je ne pourrai que regarder les gens et eux pourront m’observer. Mais nous ne communiquerons pas". Une idée qui avait germé dans sa jeunesse. "Enfant, je m’asseyais aussi volontiers dans un coin. Dans la cabane qui se trouvait au jardin, j’avais un petit coin où je pouvais écrire", racontait Saskia De Coster (photo).
The Author is Present
L’initiative a été baptisée "The Author is Present” (‘L’auteur est présent’), une sorte de clin d’œil à l’artiste serbe Marina Abramovic. "Elle s’est assise pendant un mois, huit heures par jour, sur une chaise dans le musée MoMa de New York. Les visiteurs pouvaient s’asseoir en face d’elle. C’était aussi une forme de contact, mais sans paroles".
L’auteure-compositrice et chanteuse britannique "PJ Harvey a terminé un disque au musée londonien Tate Modern. Mais elle rentrait chez elle le soir. Moi je resterai au musée pendant la nuit et je dormirai entre les Van Eyck, Rubens et Ensor. Cela aura sans aucun doute une influence sur mes rêves et mon écriture. Sinon j’aurais tout aussi bien pu m’asseoir dans une cabane dans la forêt", concluait Saskia De Coster, au micro de Radio 2.
Née à Louvain (Brabant flamand) en 1976, De Coster écrit des romans en néerlandais, ainsi que des textes de chansons, notamment pour l’artiste ostendais Arno décédé en avril 2022 d’un cancer. Elle est aussi chroniqueuse dans le quotidien De Morgen.
Saskia De Coster a reçu le Prix littéraire interuniversitaire à la KU Leuven "Cutting Edge Award" en 2007. Elle a également reçu en 2014 le prix Opzij de littérature pour son roman "Wij en ik".
Parmi ses principales œuvres, on retrouve "Vrij Val" (2002), "Jeuk" (2004), "Eeuwige roem" (2006), "Held" (2007), "Dit is van Mij” (2009), “Zusjes” (2012), “Wat alleen wij horen” (2015), “Nachtouders” (2019) et “In de rij voor de Nachtboot” (2020).
