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Le MSK de Gand fait sortir Theodoor Rombouts de l'ombre de Rubens et Van Dyck

A l’occasion de son 225e anniversaire, le Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) présente la première exposition jamais consacrée uniquement à l’œuvre du peintre baroque anversois Theodoor Rombouts (1597-1637), considéré comme le principal et le plus original représentant du caravagisme flamand. En Italie, cet élève d’Abraham Janssen a en effet été inspiré par le peintre baroque Caravaggio (1571-1610), maître du contraste entre clair et obscur, et par Bartolomeo Manfredi, disciple de Caravage. Pendant sa trop courte vie, Rombouts possédait une solide réputation dans le milieu artistique anversois et gantois. Mais il eut le "malheur" d’être un contemporain de peintres célèbres tels que Pierre Paul Rubens (1577-1640) et Antoine Van Dyck (1599-1641), tous deux aussi actifs à Anvers, ce qui le fit tomber un peu dans l’oubli après sa mort. Les œuvres présentées du 21 janvier au 23 avril au MSK proviennent de collections privées, d’églises et de musées européens et américains. Certaines toiles ont spécialement été restaurées pour l’occasion.

Anne François
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Des joueurs de cartes, des musiciens, des gens du peuple, mais aussi des figures mythologiques, des saints et des scènes de la Bible ont émergé de la palette haute en couleurs du peintre baroque Theodoor Rombouts, qui fut hautement apprécié pendant sa trop courte vie. Son héritage tomba dans l’oubli après son décès précoce. L’exposition proposée par le Musée des Beaux-Arts de Gand dès ce samedi lève le voile sur la personnalité artistique de l’Anversois et situe son œuvre dans une perspective nouvelle, indiquait Frederica Van Dam, curatrice du MSK, à VRT NWS.

"Rombouts était très respecté de son vivant. Il avait du succès et vendait très bien ses tableaux. Mais il a eu la malchance d’être contemporain d’artistes tels que Rubens et Van Dyck. Après sa mort, son art fut souvent comparé à celui de Rubens, alors que Rombouts avait été influencé par le peintre italien Merisi da Caravaggio. Ce n’est qu’au 19e siècle qu’on s’en rendit compte".

Le MSK qualifie Rombouts de "virtuose du caravagisme flamand", qui parvint à se forger une identité artistique propre en mélangeant harmonieusement les influences du Nord et du Sud. Parmi ses œuvres très diverses, les plus marquantes sont les scènes de genre monumentales, animées et parfois moralisatrices, peuplées d’élégants personnages et de musiciens. Il peignit celles-ci selon la méthode manfrédienne, du nom de Bartolomeo Manfredi (1587-vers 1620/1621), un suiveur du Caravage. Ces scènes se distinguent par leur clair-obscur méridional, leur naturalisme et un sens aigu de la théâtralité, avec des gros plans et des personnages représentés à mi-corps.

"Rombouts ne glorifiait pas ses personnages. Ce sont des humains de chair et d’os, comme il pouvait en croiser dans la rue. Il les fait souvent s’asseoir à une table, communiquer entre eux avec des visages particulièrement expressifs et de beaux gestes", précisait la curatrice Frederica Van Dam. L’Anversois aimait aussi travailler avec ses propres modèles, des figures typiques qui reviennent dans diverses œuvres. Parfois, il se représentait lui-même dans une toile, ou sa femme et sa fille.

A sa palette personnelle, il ajouta des tons rouges, bleus et violets. Fils de tailleur, il parvint à peindre les étoffes de façon presque palpable. Ses portraits de musiciens avec leurs instruments d’époque sont particulièrement intéressants - comme le "Joueur de luth" qui s’accorde - , mais aussi les jeux de société qu’il dépeint : un jeu de cartes ou le jeu de hasard backgammon.

Les scènes théâtrales et souvent joyeuses dépeintes par Theodoor Rombouts comportaient cependant souvent un message politique ou moralisateur, précise Frederica Van Dam. "On aperçoit un joueur de cartes qui triche, ou un personnage assis à une table qui est approché par une marieuse qui lui propose un rendez-vous dans un bordel. Morale de l’histoire : jouer aux cartes peut mener à de la tricherie et des activités douteuses".

Les tableaux de Theodoor Rombouts sont remplis de visages expressifs, comme celui du Christ qui chasse les changeurs d’argent du temple, ou celui de Prométhée voleur du feu des dieux, cloué au rocher et torturé par un vautour qui vient lui dévorer le foie. Le tableau de l’Arracheur de dents donne tout autant froid dans le dos, avec tous ces instruments d’extraction disposés sur la table !

Pour la première fois, le visiteur pourra découvrir au MSK l’essentiel du travail du peintre anversois, en dialogue avec des œuvres d’éminents contemporains comme Bartolomeo Manfredi, Valentin de Boulogne (1591-1632) et Hendrick ter Brugghen (1588-1629). Grâce à une disposition thématique, l’exposition aborde les multiples aspects de la peinture de Rombouts.

Le MSK de Gand a un lien particulier avec le peintre anversois, dont il possède trois toiles. En 1860, l’ "Allégorie des cinq sens" (1632) a été la première œuvre d’un maître ancien à être achetée par le musée. Le tableau est entretemps devenu l’un des préférés du public. Le MSK compte en outre dans sa collection l’ "Allégorie du banc des Échevins des Parchons" (1627-28) - la plus grande toile de Theodoor Rombouts, qui a longtemps été exposée à l’hôtel de ville de Gand - et "L’Arracheur de dents" (vers 1628), une mise en garde typiquement caravagesque contre les charlatans. Cette dernière œuvre a été restaurée spécialement pour l’exposition.

Une autre œuvre exposée au MSK vient de la cathédrale Saint-Bavon de Gand : "La descente de la Croix", datant de 1630 environ. Elle aussi a été spécialement rénovée pour l’exposition consacrée à Rombouts.

L’exposition "Theodoor Rombouts. Virtuoos van het Vlaamse caravaggisme" ("Theodoor Rombouts. Virtuose du caravagisme flamand” ) est à voir au Musée des Beaux-Arts de Gand jusqu’au 23 avril 2023.tion "Theodoor Rombouts. Virtuoos van het Vlaamse caravaggisme" ("Theodoor Rombouts. Virtuose du caravagisme flamand”) est à voir au Musée des Beaux-Arts de Gand jusqu’au 23 avril 2023.

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