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Tueurs du Brabant : Des perquisitions au domicile de l’ancien gendarme Robert Beijer, en Thaïlande

L'ancien gendarme Robert Beijer a été arrêté en Thaïlande parce qu'il y était en séjour irrégulier. Des perquisitions sont également en cours à son domicile de Pattaya. Les enquêteurs y recherchent des éléments pouvant le relier au dossier des Tueurs du Brabant. Des enquêteurs, la juge d'instruction et un magistrat fédéral sont sur place. Qui est cet ancien gendarme condamné à 14 ans de prison en 1995 pour le meurtre d'un diamantaire anversois ?

Eric Steffens Dirk Leestmans Belga
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Les enquêteurs belges, la juge d'instruction en charge de l'enquête sur les tueries et un magistrat fédéral sont sur place en Thaïlande, afin d'effectuer une commission rogatoire. Ils recherchent des éléments pouvant relier Robert Beijer au dossier. Par ailleurs, les autorités thaïlandaises ont découvert, lors d'une perquisition au domicile de Beijer, que cet ancien criminel était en séjour irrégulier. Ils l'ont dès lors arrêté. 

"Ce sont les autorités thaïlandaises qui ont arrêté Robert Beijer parce qu'il ne respecterait pas la législation sur le séjour légal dans le pays", a déclaré Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral. "Il s'agirait d'un problème avec un visa. Il est détenu administrativement et restera probablement en prison jusqu'à ce qu'une décision soit prise sur une éventuelle expulsion. Cela pourrait prendre un certain temps". De leur côté, les enquêteurs belges ont saisi plusieurs documents dans l'habitation de Beijer, lesquels doivent maintenant être analysés, a affirmé Eric Van Duyse.

Le nom de Robert Beijer est revenu régulièrement dans l'affaire des Tueurs du Brabant. Suspecté, il n'a jamais été inculpé et a toujours nié sa participation à ces tueries. En 1995, celui qui fut également gendarme avait été condamné à 14 ans de prison pour le meurtre d'un diamantaire anversois.

"La vérité vient toujours révéler le mensonge qui n'a pas encore été découvert", c’est par cette phrase que Robert Beijer commence son livre-confession, "Le dernier mensonge", paru en 2010.

Qui est Robert Beijer ?

Robert (Nicolas) Beijer est né le 19 mai 1952 à Schaerbeek. Il n'est pas reconnu par son père biologique et porte le nom de Charles Beijer, l'homme qui épouse sa mère un an après sa naissance. Après le lycée, Robert Beijer commence des études à l'Institut Solvay, mais échoue en première candidature. Il postule en vain à la Sûreté de l'État et entre finalement à l'École des sous-officiers de la gendarmerie à la fin de 1973. L'un de ses condisciples est Madani Bouhouche.

Sanction disciplinaire

Quatre ans plus tard, en 1977, Beijer rejoint la section drogues de la BSR (Brigade de Surveillance et de Recherche) de Bruxelles. L'homme est spécialisé dans le "milieu chinois". Et, ce qui n'est pas négligeable, il y travaille avec Bouhouche.

Cinq ans plus tard, le 1er juin 1981, Beijer et Bouhouche sont mis à la porte de la section des drogues. Tous deux avaient écouté une conversation, quelques mois plus tôt, entre un adjudant de gendarmerie et son informateur, le trafiquant de drogue français Gérald Lafaurie. C'est Robert Beijer qui avait caché le micro dans le bureau de son collègue. L'affaire est découverte. Beijer et Bouhouche en font allusion comme d'une "blague qui a dégénéré". Mais l'état-major de la gendarmerie n’apprécie pas et punit disciplinairement les deux hommes.

Le timing est important. A cette époque, une enquête sur le Bureau national des drogues de la gendarmerie (BND) est également en cours. Le BND a été fondé dans les années 1970 par le commandant Léon François. Dans la pratique, il s'agissait en fait de la réponse de la gendarmerie à une initiative similaire de la Police Judiciaire, le Bureau d'Informations Criminelles. Nous sommes donc au centre d'une guerre des polices. 

Mais surtout, le BIC et le BND fonctionnent tous deux d'une manière très controversée. Ces services travaillent avec des techniques telles que la provocation, à un moment où celle-ci n'est pas encore du tout légale en Belgique. Dans la pratique, ils vendaient eux-mêmes de la drogue à un moment donné. La hiérarchie de la gendarmerie fermait également les yeux sur cette situation. Cela a conduit à l'un des plus grands scandales policiers de l'après-guerre.

La sanction disciplinaire de Beijer est ensuite complétée par six jours d'arrêts. En outre, il sera transféré au commissariat local d'Auderghem, Bouhouche à celui d'Uccle. Deux flics renommés deviennent deux simples flics de quartier.

Homicide, vol et dossier Vanden Boeynants

Peu après cette mesure disciplinaire, une Ford Taunus est volée sur le parking de l'aéroport de Zaventem. Cette voiture sera utilisée lors d'un important vol d'or (avec un butin présumé de 1 à 2 millions d'euros) au cours duquel le gardien Francis Zwarts est tué. Bien plus tard, Bouhouche sera condamné pour son rôle dans le meurtre. Beijer est condamné pour le recel d'un certain nombre de montres coûteuses volées lors de ce cambriolage.

Le 1er avril 1983, tous deux ont quitté la gendarmerie. Ils ont trouvé une agence de détectives privés ARI (Agence de Recherches et d'Informations). Leur base de données contient plus de 825 dossiers et des milliers de noms de clients et d'autres relations. 

Travaillant à la limite de l'illégalité, Bouhouche et Beijer ont utilisé avec enthousiasme le réseau de contacts dans les forces de police et dans la pègre qu'ils avaient constitué dans leurs vies professionnelles antérieures.

Ils ont également utilisé des informations politiques et criminelles qu'ils ont volées alors qu'ils travaillaient encore pour la gendarmerie. Entre autres, ils utilisent ces informations pour approcher Paul Vanden Boeynants. Cet ex-premier ministre mis en cause affirme avoir reçu une offre de leur part pour se débarrasser de son dossier fiscal au palais de justice de Bruxelles.

Un informateur suspecté dans une affaire de meurtre

Un an auparavant, en 1982, un important vol d'armes a lieu à l'Escadron Spécial d’Intervention (ESI). Dès le départ, il était clair que ce vol ne pouvait guère être que commis avec la complicité de gendarmes. Les noms de Bouhouche et de Beijer sont explicitement mentionnés dans une lettre du commandant de la gendarmerie au procureur du Roi à Bruxelles.

Entre-temps, il est également clair qu'un soi-disant Groupe G est actif au sein de la force. Ce groupe G est composé de quelques officiers de gendarmerie d'extrême droite. Là encore, les noms de Beijer et de Bouhouche sont cités.

Bien qu'il ait dû quitter la gendarmerie, Robert Beijer continue à travailler pour elle en tant qu'informateur dans l'affaire Mendez. Juan Mendez était un important marchand d'armes (qui travaillait pour FN Herstal). L'homme a été assassiné au début de 1986. L'un des premiers suspects était le camarade de Beijer, Madani Bouhouche. Ce qui est curieux, cependant, c'est que Beijer lui-même a été soupçonné plus tard dans cette affaire, mais a agi en même temps comme informateur. Un informateur qui est simultanément suspect dans la même affaire de meurtre, apparemment tout était possible dans les années 1980.

Juan Mendez n'a pas seulement été assassiné. D'importantes quantités d'armes lui ont également été volées. Plusieurs de ces armes ont été retrouvées plus tard, ainsi que des armes de l'Escadron spécial d'intervention, dans des boxes de garage appartenant à Bouhouche et Beijer.

Fuite à l’étranger

Le 2 septembre 1989, le marchand de diamants anversois Ali Suleïman Ahmad est tué lors d'un vol qui a dégénéré dans son appartement de la Jan van Eycklei à Anvers. Ali Saïd Ahmad, un diamantaire, est également gravement blessé. Le cambriolage est effectué par Robert Beijer et Madani Bouhouche. Robert Beijer fuit à l'étranger. Dans un premier temps, il va Paraguay. Il prétendra que Jean Bultot, un gardien de prison discrédité, l'y a introduit.

Le 18 janvier 1991, Robert Beijer est arrêté à Pattaya, en Thaïlande. Il est en possession de faux documents d'identité. Le 30 août 1991, il est extradé vers la Belgique. Il est soupçonné du meurtre par vol d'Ali Suleïman Ahmad. L'enquête balistique montre que l'arme utilisée lors du braquage provient de la gendarmerie.

Le 24 mai 1994, le procès d'assises débute à Anvers, où Bouhouche et Beijer sont jugés pour une série de crimes graves. De nombreux autres faits graves sont abordés lors de ce procès, notamment un attentat à la bombe contre des véhicules de la gendarmerie et l'agression d'Herman Vernaillen, un commandant de la gendarmerie (qui enquêtait sur l'affaire François), ainsi que le vol de matériel d'armement spécial au sein de l'unité spéciale antiterroriste de la gendarmerie.

Le 13 février 1995, Madani Bouhouche a été condamné à 20 ans de prison pour le meurtre d'Ali Suleïman Ahmad, pour le meurtre avec vol de l'agent de sécurité Francis Zwarts et pour le recel d'armes, notamment celles provenant des vols à l’ ESI et à Juan Mendez. Robert Beijer est condamné à 14 ans de prison.

Portrait robot des Tueurs du Brabant

Tueurs du Brabant ?

Les noms de Beijer et Bouhouche sont souvent mentionnés dans le dossier des tueries du Brabant, une série d'attaques sanglantes menées contre des supermarchés dans les années 80, faits qui ont coûté la vie à 28 personnes.

En revanche, aucune preuve formelle n'a jamais été trouvée contre eux. Cependant, il est vrai que Robert Beijer participait à une séance de photos à Alost au moment de l'attaque du supermarché d'Alost et qu'il y avait photographié le Delhaize. Beijer l'a également confirmé, mais a précisé qu'il s'agissait d'un cas banal de constat d’adultère et, de plus, cela se serait passé après l’attaque. Les enquêtes montreront que la date sur la photo avait été modifiée manuellement.

Robert Beijer a suggéré à plusieurs reprises qu'il donnerait des informations sur les crimes graves des Tueurs en échange d'une réduction de peine. Mais le tribunal n'a jamais accepté. La réputation douteuse de Beijer y est peut-être pour quelque chose. Cet homme est passé maître dans l'art de créer des fausses pistes et de manipuler l'information. Aujourd'hui, le tribunal lui-même a pris l'initiative de ré-arrêter l'homme.

Mais ce qui est clair, c'est que Rober Beijer et Madani Bouhouche (aujourd'hui décédé) ont constitué une organisation criminelle dans les années 1980. Ils volaient des armes et des voitures, louaient des box de garage, des boîtes aux lettres et des appartements sous de faux noms, avaient des contacts dans la pègre.....

"En fait, il n'a jamais été totalement clarifié à quoi un réseau aussi étendu, coûteux et risqué était censé servir. Il faut croire que le gang avait un plan, mais les contours exacts de ce plan resteront toujours flous", écrit le criminologue Paul Ponsaers dans son livre "De loden jaren" (Les années de plomb). Peut-être qu'avec l'arrestation de Beijer, un peu de clarté sera apportée.

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