La prise de position du ministre flamand de l’Enseignement Ben Weyts (N-VA) qui propose de sanctionner financièrement les parents d’enfants qui ne maîtrisent pas suffisamment le néerlandais en maternelles a suscité de nombreuses réactions de la part des enseignants mais aussi de la classe politique.
Ben Weyts critiqué pour vouloir sanctionner les parents d'élèves qui ne maîtrisent pas assez bien le néerlandais
Un test mené auprès de 400 écoles maternelles flamandes révèle que 14 % des enfants de troisième année obtiennent des résultats insuffisants en néerlandais. Le ministre flamand de l’Enseignement Ben Weyts (N-VA) veut éliminer ce retard, mais se tourne vers les parents pour y parvenir. Il veut s'attaquer plus sévèrement aux parents qui ne font pas l'effort d'apprendre le néerlandais à leurs bambins. Il pense à des sanctions en versant moins d'allocations familiales ou d'autres primes du gouvernement. Indépendamment de la question de savoir comment il espère y parvenir pratiquement, de nombreuses critiques se font entendre de la part des enseignants mais aussi de la classe politique.
"C'est tout simplement stupide"
Vincent d'Alost est professeur de géographie à l'Assumptalyceum Maria de Bruxelles, il s'indigne : "Notre ministre Weyts n'est pas très futé quand il fait des déclarations de ce genre", confie-t-il à Studio Brussel.
"Nous sommes aussi confrontés à de nombreux élèves qui ne sont malheureusement pas de langue maternelle néerlandaise. On leur apprend le néerlandais à l'école, le français dans la rue et encore une autre langue à la maison. Vous ne les aiderez pas en pénalisant financièrement leurs parents. Certainement pas en leur retirant un avantage. Vous devez, au contraire, soutenir ces personnes par le biais de classes d'accueil ou d'un soutien linguistique supplémentaire. Leur enlever leur argent c’est tout simplement stupide."
Stella Oelbrandt, est directrice de l'école primaire De Mozaïek à Deurne, elle qualifie également la proposition de Ben Weyts de "réductrice". "Nous constatons que les nouveaux arrivants ont déjà souvent du mal à payer les factures scolaires. Si vous commencez à les punir financièrement, vous les privez d'opportunités et vous augmenterez le nombre d'enfants défavorisés" a-t-elle déclaré sur Radio 2 Antwerpen.
"La plupart des parents font un effort"
Vincent parle d'un "échec collectif de notre politique d'intégration". "Ce problème traverse diverses courants politiques au cours des 60 dernières années, donc on ne résout pas cela en deux temps, trois mouvements. Mais nous devons vraiment faire un effort sur ce point et de préférence le plus rapidement possible"
"Je vois ce qui se passe dans l'enseignement secondaire : certains élèves y ont un niveau de langue de première, deuxième ou troisième année. Il est donc très difficile de soulever cette question. D'où mon plaidoyer pour que l'on se concentre davantage sur l'enseignement du soutien linguistique."
"Bien sûr, il y a ceux qui sont moins disposés, mais nous constatons que la plupart des parents font un effort pour apprendre le néerlandais", souligne Stella Oelbrandt. "Ils envoient souvent leurs enfants à l'école un peu trop frileusement et ne sont pas très chauds pour suivre eux-mêmes des cours de néerlandais. Vous allez punir ce groupe avec les mesures proposées par Weyts. D'ailleurs, apprendre une nouvelle langue à l'âge adulte ne se fait pas en deux temps trois mouvements. Certainement pas si vous devez encore faire des tas de démarches administratives pour commencer votre vie dans un nouveau pays."
Au Gezinsbond, (l’équivalent flamand de la Ligue des familles) on ne croit pas que la petite idée de Weyts aura un quelconque effet. "Actuellement des moyens sont déjà retiré du paquet de croissance si les parents n'envoient pas leurs enfants à l'école maternelle", explique Lien Swinnen, porte-parole. "Or, cela n'a guère d'effet incitatif. Pour nous, le paquet "croissance" n'est pas un "paquet punitif" ou un "paquet réducteur". De nombreuses familles ont désespérément besoin de cet argent, surtout maintenant que tout devient plus cher et que les coûts ne cessent d'augmenter.
"Ben Weyts veut redorer son blason après les rumeurs sur son état d’ébriété"
Cette proposition remarquée du ministre flamand de l'Enseignement intervient justement après la controverse dans laquelle s'est retrouvé Ben Weyts. "Le ministre N-VA aurait participé, à la mi-décembre, à un débat au Parlement flamand en état d'ébriété. Ben Weyts le nie vigoureusement, mais lors de la réception du Nouvel An organisée par son parti, le week-end dernier, des "ragots" ont été partagés parmi les militants, obligeant le ministre à démentir ouvertement cette rumeurs dans certains journaux. "Avec cette proposition, le ministre veut à nouveau redorer son blason, notamment auprès de ses propres partisans" estime Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT.
On le voit d'ailleurs sur les réseaux sociaux, où les politiciens N-VA partagent et défendent abondamment la proposition de Ben Weyts. "Le néerlandais est une clé importante de réussite dans l'enseignement et dans la vie. Cette tâche n'incombe pas seulement à l'enseignement, mais aussi aux parents", a tweeté le député flamand de la N-VA, Koen Daniëls.
Le ministre flamand de la Jeunesse Benjamin Dalle (CD&V) ne semble pas convaincu par le projet de son collègue de l'Enseignement Ben Weyts. "Celui qui impose des sanctions réduira plutôt qu'augmentera les possibilités (de pratique) des enfants. Ce n'est pas dans l'intérêt de l'enfant", a déclaré le ministre Dalle dans un commentaire sur Twitter.
La ministre du Bien-être, Hilde Crevits (CD&V), n'est pas non plus d'accord avec Ben Weyts. "Punir financièrement les parents parce que leur bambin échoue à un test n'est pas une bonne idée. Cela augmentera la vulnérabilité (et les déficits linguistiques). Le paquet "croissance" est là précisément pour donner plus d'opportunités aux parents et aux enfants."
La coprésidente de Groen Nadia Naji, affirme que Ben Weyts veut "retirer l'argent aux tout-petits qui ont justement besoin d'un soutien supplémentaire mais en faisant cela, il fuit sa propre responsabilité."
Le ministre bruxellois de l'enseignement néerlandophone, Sven Gatz (Open VLD), rejette la proposition de Ben Weyts : "Supprimer les allocations familiales comme sanction n'est tout simplement pas possible juridiquement, car il s'agit d'un droit de l'enfant, et non des parents."

