Laura Verhulst, plus connue en Flandre sous le nom de "Madame Bakster", est enceinte de 13 semaines de son mari Kobe, décédé d’un cancer il y a plus d’un an. Elle a donc respecté le délai de 2 ans imposé jusqu’ici pour pouvoir être enceinte d'un partenaire décédé. C’est en partie grâce à son histoire personnelle que cette période légale pourrait s'allonger, en Belgique. "Réaliser son rêve d'avoir un enfant, en étant mise sous pression, ne profite à personne", a-t-elle déclaré à VRT NWS.
Grâce à l’insémination post-mortem, Laura est enceinte de Kobe : "Je suis infiniment reconnaissante envers la science"
Laura Verhulst est surtout connue à Gand et dans les environs comme "Madam Bakster", le nom de son café et de sa pâtisserie fine où les desserts sont préparés exclusivement à base d'ingrédients naturels. Mais c'est aussi une chroniqueuse au magazine Flair et une blogueuse. En décembre 2021, son mari Kobe est décédé après une longue bataille contre un cancer de l'estomac. Avant de commencer sa chimio, son mari avait fait congeler son sperme. Toutefois, d’après la loi, Laura n'avait que deux ans après sa mort pour tomber effectivement enceinte. Cette histoire a été très médiatisée en Flandre et elle a fait bouger les choses.
Veuve et enceinte de son partenaire décédé
Laura aura finalement respecté le délai et est maintenant enceinte de 13 semaines. Si tout va bien, elle donnera naissance à son premier enfant l'été prochain. "La joie prime chez moi", dit-elle dans une interview accordée à VRT NWS. "La tristesse prend aussi une part, mais elle ne prend certainement pas le dessus sur ma joie. Dans ma tête, je suis en train de devenir mère."
Pourtant, Laura réalise que cela reste quelque chose d’exceptionnel d'avoir un enfant d'un partenaire qui n'est plus là. "Je suis infiniment reconnaissante que la science soit allée aussi loin", confie-t-elle. "Si ce n’était pas possible, non seulement la personne que vous aimiez est morte, mais avec elle tous vos projets d'avenir. Et ça aurait été insupportable pour moi."
Laura est également heureuse du soutien qu’elle reçoit de sa belle-famille. "Il faudra s'habituer au début, mais nous avons toujours eu une bonne relation. C'est aussi une façon de rester proches. De plus, mes parents sont aussi fiers et heureux de devenir grands-parents."
La date limite devrait être allongée
Grâce en partie à son histoire personnelle, le délai pour tomber enceinte avec le sperme congelé d'un partenaire décédé pourrait être porté à 10 ans. "J'en suis très reconnaissante", dit-elle.
"Réaliser son rêve d'avoir un enfant en étant mise sous pression ne profite à personne", poursuit-elle. "Forcer quelqu'un à faire un choix dans un délai très court qui détermine le reste de sa vie est contre-productif."
En tout cas, cette période de deux ans semble avoir été choisie de manière quelque peu arbitraire. C'est ce qu'a déclaré Frauke Vanden Meerschaut, gynécologue spécialiste de la fertilité. "Pour nous, les praticiens, c’est facile qu'il y ait une limite. C'est clair, mais d'un point de vue humain et psychologique, c'est autre chose. Dans les cas que nous avons rencontrés, c'était toujours un point sensible".
Frank Vandenbroucke a déposé un projet de loi
Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), reconnaît que le délai actuel est trop court : "C'est beaucoup de pression pour quelqu'un qui traverse déjà une période difficile et douloureuse."
Le ministre de la Santé propose donc de supprimer ce délai de deux ans afin de donner à une femme plus de temps pour décider si elle souhaite ou non une procréation médicalement assistée (PMA) avec le sperme de son mari décédé. En pratique, cela lui donnerait 10 ans pour tomber enceinte.
Frank Vandenbroucke a déposé un projet de loi en ce sens et ne voit aucun problème au sein du gouvernement pour que la loi soit modifiée. La députée CD&V Nawal Farih a également plaidé pour une modification "car il est inhumain de faire prendre aux femmes en deuil une décision, sous la pression, sur leur désir d'avoir des enfants."
L’insémination post-mortem est une technique permettant la fécondation médicalement assistée d'une femme à partir de gamètes cryoconservés que son partenaire a mis à disposition par convention, avant de décéder. La procréation médicalement assistée post-mortem est autorisée dans une vingtaine de pays, notamment en Belgique, en Espagne ou au Royaume-Uni, mais interdite en France.

