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Une perquisition au Parlement européen pour saisir des données informatiques déjà rendues inaccessibles

Une perquisition de plus a eu lieu, lundi en fin de journée, dans l'enquête du parquet fédéral belge sur des parlementaires européens suspectés d'avoir été corrompus par des autorités qataries. La perquisition a eu lieu au Parlement européen (photo) - ce qui est exceptionnel - et avait pour but de saisir des données informatiques, indiquait le parquet fédéral. L’accès à ces données avait déjà été bloqué vendredi par les autorités judiciaires. Six personnes ont été interpellées dans ce dossier depuis vendredi, dont quatre sont sous mandat d'arrêt, pour des délits présumés d'organisation criminelle, de corruption et de blanchiment d'argent. L'une de ces quatre personnes est la vice-présidente grecque du Parlement européen, Eva Kaili. Le Parlement européen lui a enlevé ce mardi midi sa fonction de vice-présidente de l'assemblée, à la quasi-unanimité. Quant à l’eurodéputé socialiste francophone Marc Tarabella, il a été expulsé temporairement du PS.

Anne François Belga
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"Depuis vendredi, avec l'appui des services de sécurité du Parlement européen, les moyens informatiques de dix collaborateurs parlementaires ont été gelés, afin d'éviter que des données nécessaires à l'enquête ne puissent disparaître", a expliqué lundi soir le parquet fédéral. "La perquisition, ce lundi, au Parlement européen avait donc pour objet de saisir ces données".

Des perquisitions ont également eu lieu dimanche en Italie, avec l'appui d'Eurojust, l'Unité de coopération judiciaire de l'Union européenne. Au total, depuis le début des opérations, 20 perquisitions ont été menées, dont 19 dans des résidences et des bureaux et une au Parlement européen. Outre les interpellations et arrestations, d'importantes sommes d'argent ont été saisies.

"Des sommes de plusieurs centaines de milliers d'euros ont été saisies en trois différents lieux: 600.000 euros au domicile de l'un des suspects, plusieurs centaines de milliers d'euros dans une valise saisie dans une chambre d'hôtel bruxellois et 150.000 euros environ dans un appartement appartenant à un député européen", a détaillé le parquet fédéral. Les quatre suspects qui sont sous mandat d'arrêt comparaîtront devant la chambre du conseil de Bruxelles mercredi.

La police fédérale a divulgué des images des sommes importantes d'argent déjà saisies. Il s'agirait d'un montant total de 1,5 million d'euros.

Parmi les six personnes qui ont été interpellées, outre la vice-présidente grecque du Parlement européen Eva Kaili qui est sous mandat d'arrêt, figurent l'Italien Pier-Antonio Panzeri, ancien député S&D au Parlement européen, Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération internationale des syndicats, ainsi qu'un directeur d'ONG et un assistant parlementaire européen. Eva Kaili était en possession de "sacs de billets", vendredi soir, lorsque la police a perquisitionné son domicile à Bruxelles. Son père avait été intercepté par les enquêteurs à l'hôtel Sofitel de Bruxelles, en possession d'une valise débordant d'argent liquide. Par ailleurs, le domicile d'un autre eurodéputé, le socialiste belge Marc Tarabella, a été perquisitionné samedi soir.

En outre, le bureau et le domicile de l'assistante parlementaire de l'eurodéputée socialiste belge Marie Arena ont été perquisitionnés vendredi. Son bureau au Parlement européen avait été mis sous scellés jusque ce lundi, pour permettre aux enquêteurs d'avoir accès à ses outils de travail. Dans cette enquête ouverte depuis plusieurs mois, les policiers de la Police Judiciaire Fédérale belge soupçonnent le Qatar d'influencer les décisions économiques et politiques du Parlement européen, en versant des sommes d'argent importantes ou en offrant des cadeaux de grande valeur à des tiers ayant une position politique ou stratégique significative au sein du parlement européen.

L'affaire éclate en pleine coupe du monde de football au Qatar, alors que le pays organisateur doit déployer des efforts pour défendre sa réputation décriée en matière de respect des droits humains, notamment ceux des travailleurs.

Eva Kaili perd son mandat

Le Parlement européen a enlevé ce mardi midi à l'eurodéputée grecque Eva Kaili sa fonction de vice-présidente de l'assemblée, à la quasi-unanimité: 625 élus ont voté pour, un contre et deux se sont abstenus. Kaili (photo) fait l'objet d'un mandat d'arrêt dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de corruption par le Qatar. Le vote de ce mardi n'était qu'une formalité: la conférence des présidents avait déjà décidé en matinée que l'intéressée ne pourrait plus exercer ce mandat. La décision est ainsi entérinée.

L'ancienne présentatrice de télévision est citée depuis la semaine dernière dans une enquête pour corruption, impliquant le Qatar qui aurait tenté d'influer sur des décisions parlementaires. L'enquête menée par la justice belge a conduit au placement sous mandat d'arrêt de l'intéressée, ce qui signifie qu'elle a été prise en flagrant délit. L'avocat d'Eva Kaili a toutefois assuré ce mardi qu'elle n'avait accepté aucun "pot-de-vin du Qatar".

Dans un communiqué, les présidents des groupes parlementaires se sont dits choqués et profondément préoccupés par ces révélations. "Toutes les personnes impliquées doivent rendre des comptes. Le Parlement continuera à soutenir pleinement le travail de la police et de la justice pour s'assurer que justice soit faite", ont-ils déclaré. La présidente de l'assemblée, Roberta Metsola, annonçait lundi que le Parlement va renforcer son fonctionnement et ses procédures. Cela passera par le renforcement des règles du Parlement en matière d'accès à ses locaux et à ses réunions. "Nous veillerons également à ce que le financement des organisations et des personnes ayant accès au Parlement soit pleinement divulgué et correctement contrôlé", soulignait Metsola.

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