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La Belgique plaque tournante de la traite de travailleurs vietnamiens, "des trafiquants sans scrupules"

Le trafic et la traite des travailleurs vietnamiens dans et vers l'Europe ont fortement augmenté ces dernières années, dénonce le Centre fédéral Migration (Myria) dans son rapport annuel intitulé "Piégés par la dette". Publié ce mercredi, ce rapport a pu être consulté notamment par VRT NWS, le magazine Knack et le quotidien De Standaard. Myria recommande de considérer ces personnes mises au travail illégalement comme des victimes présumées de traite des êtres humains. En 2021, quelque 28 nouvelles victimes de trafic d’êtres humains ont entamé un parcours d’accompagnement dans des centres spécialisés en Belgique. Vingt-trois d’entre elles sont des Vietnamiens.

Anne François Doruntina Islamaj
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Recrutées sur base de fausses promesses d'emploi, les victimes sont introduites clandestinement au Royaume-Uni, au péril de leur vie. Obligées à rembourser leurs dettes aux passeurs, elles sont exploitées pendant et après leur périple, y compris en Belgique, rapporte le Centre fédéral Migration (Myria), qui qualifie ce phénomène de "servitude pour dettes". C'est pourquoi il recommande aux services d'aide de considérer ces travailleurs vietnamiens comme des victimes présumées de traite d'êtres humains, sur base des indicateurs pertinents.

Les ressortissants vietnamiens travaillent souvent dans "des ongleries, des restaurants exotiques et probablement aussi dans des plantations de cannabis". Ils doivent donc être orientés vers des centres d'accueil spécialisés, déclare Myria. Etant donné qu’ils sont "très vulnérables et en position de forte dépendance vis-à-vis de leurs exploiteurs", peu d'entre eux se présentent de leur propre initiative comme victimes auprès d'un centre d'accueil", souligne le Centre.

Myria juge donc primordiale la formation continue aux indicateurs de traite d’êtres humains, afin que les services compétents puissent intervenir et enquêter de manière efficace. Le Centre fédéral Migration se réjouit que le Parlement ait suivi l'une de ses recommandations en mettant en place une commission spéciale sur la traite des êtres humains. Il espère que son rapport aidera la commission dans son travail.

Dans celui-ci, Myria fait notamment écho au drame d'Essex, où 39 Vietnamiens ont perdu la vie dans un camion frigorifique parti de Zeebrugge (photo), en voulant rejoindre le Royaume-Uni en 2019. La cour d'appel de Gand examinera ce dossier le 22 décembre.

"Pas de scrupules"

Le rapport souligne que les réseaux criminels n’ont pas pris peur à la suite du drame d’Essex. Le recrutement de trafiquants se poursuit comme si de rien n’était. Les réseaux ont adapté leurs méthodes et même augmenté les prix de 7.000 euros pour les transports illégaux de la Belgique vers le Royaume-Uni. D’après Myria, les "trafiquants sont sans scrupules". Il est donc bon que les services d’ordre aient suffisamment de connaissances sur les techniques spécialisées utilisées par les criminels.

Le témoignage d’une jeune fille vietnamienne de 16 ans qui a été retrouvée lors d’une perquisition dans un appartement bruxellois en dit long. Un trafiquant lui avait promis un an plus tôt de l’amener "de façon sure" au Royaume-Uni, pour la somme de 15.000 euros. Le transport n’a pas eu lieu et après le drame d’Essex, elle a reçu un sms de son passeur : "Félicitations que j’ai retardé ton transport, sinon tu aurais été parmi les 39 personnes vietnamiennes décédées".

Myria souligne l’importance de témoignage de victimes de traite d’être humains. Celui de la jeune fille de 16 ans a ainsi permis de juger et condamner les trafiquants concernés.

Payer sa dette en travaillant dans une onglerie

Le rapport du Centre fédéral Migration démontre que le réseau responsable du transport tragique vers l’Essex était actif en Belgique depuis au moins mai 2018. Entre cette année-là et 2020, le réseau a été impliqué dans 156 transports illégaux, qui lui ont rapporté quelque 7 millions d’euros. Au total 335 Vietnamiens ont ainsi été introduits en Europe, en payant aux passeurs un montant moyen de 12.600 euros.

Le réseau a aussi acheminé 195 Vietnamiens de Belgique et de France vers le Royaume Uni pour la somme de 11.800 euros par personne. Des montants qui endettent énormément les victimes des passeurs et leurs familles. Pour rembourser cette dette, les Vietnamiens introduits en Belgique travaillent dans des ongleries, des restaurants ou dans le secteur de la construction, où ils sont exploités.

Les réseaux vietnamiens sont également actifs dans des secteurs criminels tels que la contrebande de cigarettes de contrefaçon et de drogues. Ils ont longtemps pratiqué aussi la culture de cannabis, mais récemment leur activité s’est plutôt tournée vers la production de drogues synthétiques, comme le crystal meth (photo). Le rapport de Myria conseille donc de surveiller davantage ces formes d’activités criminelles dans lesquelles les victimes sont impliquées de force.

"Il est important que les services de première ligne considèrent les Vietnamiens qui se trouvent dans des situations de travail illégal ou de criminalité forcée comme des victimes présumées de traite d’êtres humains. Il ne faut pas les considérer en premier lieu comme des personnes qui doivent être rapatriées aussi vite que possible dans leur pays d’origine", indique Stef Janssens, expert auprès de Myria.

Prévoir suffisamment de moyens

Le trafic d’êtres humains et la traite d’êtres humains sont souvent liés. Les réseaux exercent une pression énorme sur leurs victimes pour qu’elles ne témoignent pas. Les victimes ne se voient pas toujours comme telles. D’autre part, la communauté vietnamienne est très fermée et empreinte de loyauté.

"Nous constatons que les victimes vietnamiennes sont enfermées dans des circonstances horribles dans des safehouses (maisons sécurisées), jusqu’à ce qu’elles aient remboursé leurs dettes", précise Stef Janssens. "Elles y sont souvent exploitées pendant des années. Il n’y a que les services de première ligne qui peuvent les en extraire. Mais il faut libérer les moyens financiers nécessaires pour pouvoir faire ce travail".

Le rapport de Myria indique, notamment aussi, qu’en 2020 quelque 103 condamnations ont été prononcées en Belgique pour trafic d’êtres humains. Entre 2012 et 2020, un tiers des personnes condamnées pour ce type de trafic étaient belges.

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