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Des réfugiés ukrainiens obligés de dormir sur des bancs de gare à Bruxelles

Le manque de place d’accueil pour les réfugiés et les demandeurs d’asile en Belgique touche depuis peu aussi les réfugiés ukrainiens, qui bénéficiaient pourtant depuis le début de la guerre en Ukraine d’un accueil très encadré. Le Samusocial de Koekelberg héberge depuis peu des personnes à la gare de Bruxelles-Midi (photo), en accord avec la SNCB. "Au cours des deux derniers mois, 75 réfugiés ukrainiens y ont déjà passé la nuit, recroquevillés sur des chaises, des bancs ou sur le sol", écrivait ce jeudi le journal De Standaard. La Secrétaire d’Etat à l’Asile, Nicole de Moor, reproche aux Régions de ne pas avoir créé suffisamment de places d’accueil pour les réfugiés ukrainiens. Le ministre flamand du Logement, Matthias Diependaele, affirme pour sa part que le gouvernement fédéral n'assume plus l'accueil d'urgence dans les premiers jours.

Anne François Belga
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Si de nombreux demandeurs d'asile connaissent la dure réalité de la rue, à leur arrivée en Belgique, la situation est nouvelle pour les Ukrainiens. Depuis le début de la guerre, ces derniers bénéficient d'un statut de protection temporaire et suivent un parcours différent de celui des autres réfugiés. Selon la procédure habituelle, après s'être enregistrés auprès de l'Office des Etrangers, ils se voient attribuer par Fedasil un lieu d'accueil dans l'une des trois Régions bruxelloise, flamande ou wallonne - généralement après une escale au centre de transit Ariane à Woluwe-Saint-Lambert.

Pendant la première quinzaine d'octobre, Fedasil y hébergeait encore 250 Ukrainiens, mais depuis lors, plus personne. Le centre est surpeuplé parce que le flux vers les Régions est congestionné. Les Ukrainiens qui cherchent un abri doivent donc s'adresser directement aux centres publics d’aide sociale (CPAS), indique Fedasil. Le Samusocial se dit très inquiet à l'aube de l'hiver, craignant un afflux des sans-abri, des demandeurs d'asile et maintenant des Ukrainiens, en quête d'un abri pour passer la nuit au chaud.

La Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Nicole de Moor a confirmé ce jeudi, au micro de l'émission "De Ochtend" sur Radio 1 (VRT), que le centre d'accueil d'urgence de Fedasil était actuellement saturé en raison du manque de places dans les Régions, en Wallonie notamment. Selon la secrétaire d'État, les Régions se sont entretemps engagées à créer des places supplémentaires "dans les meilleurs délais".

Dans l'opposition en Flandre, Groen a également visé le ministre du Logement, Matthias Diependaele (photo). "On ne peut pas nier qu'il y ait un problème dans l'accueil régulier. Le niveau fédéral devait prévoir l'accueil d'urgence pour les premiers jours, ce qui laisse le temps à un transfert vers les Régions. Mais ce système s'est arrêté", a rétorqué le ministre Diependaele (N-VA).

Selon lui, la Flandre tient ses engagements et va même au-delà. "Nous respectons totalement nos engagements. Nous prévoyons 80% de l'accueil d'urgence en Belgique, c'est au-delà de notre part", a-t-il ajouté. Le ministre flamand estime que de nouveaux accords sont nécessaires.

La CEDH ordonne d'héberger 148 demandeurs d'asile

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a annoncé mercredi vouloir signifier une mesure provisoire à la Belgique, lui ordonnant de fournir un hébergement à 148 demandeurs d'asile qui se sont tournés ces derniers mois vers le tribunal de travail de Bruxelles. Les requérants sont tous des hommes majeurs ayant demandé l'asile en Belgique mais qui se retrouvent "sans hébergement en raison de la prétendue saturation du réseau d'accueil", résume la Cour.

En signifiant cette mesure provisoire, la Cour basée à Strasbourg appuie les décisions déjà rendues par le tribunal de travail de Bruxelles dans ces différents dossiers: Fedasil, l'agence fédérale chargée de l'accueil des demandeurs d'asile, se doit légalement d'héberger ces demandeurs, que ce soit dans un centre dédié, un hôtel ou tout autre lieu adéquat. "La Cour a décidé d'enjoindre à l'État belge d'exécuter les ordonnances du tribunal du travail de Bruxelles rendues pour chacun des requérants et de leur fournir un hébergement et une assistance matérielle pour faire face à leurs besoins élémentaires pour la durée de la procédure devant la Cour", communique la CEDH.

Les mesures provisoires sont des mesures d'urgence, dans l'attente d'une décision de la Cour sur le fond de l'affaire. Elles ne sont prises que si la Cour estime qu'il y a un risque réel de dommages irréparables si elle n'agit pas immédiatement. Les requérants concernés par la mesure provisoire ont saisi la CEDH à différentes dates, de la mi-octobre à début novembre, après avoir obtenu gain de cause au tribunal de travail de Bruxelles mais avoir constaté que les ordonnances de ce tribunal n'ont pas été exécutées par Fedasil.

Déjà en mai dernier, le tribunal de travail de Bruxelles - ville où se situe le siège de Fedasil - avait mis en garde face à une explosion du nombre de requêtes unilatérales qu'il reçoit en matière d'accueil des demandeurs d'asile. De quelques dizaines par an il y a quelques années, on a dépassé le millier en moins d'un semestre, relevait le tribunal.

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