Une nouvelle enquête menée par le consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), dans lequel figurent les médias belges Knack, De Tijd et Le Soir, révèle qu’au moins douze consuls honoraires belges actuels ou anciens sont publiquement accusés d'actes répréhensibles ou d'implication dans une controverse. Au niveau international, au moins 500 consuls honoraires se seraient discrédités. Leurs noms apparaissent dans des dossiers de fraude, corruption, stupéfiants, trafic d’armes ou terrorisme. L’enquête a été menée par 160 journalistes dans 46 pays.
Une douzaine de consuls honoraires belges impliqués dans des affaires douteuses
La Belgique compte actuellement 276 consuls honoraires dans 111 pays. L’enquête baptisée "Shadow Diplomats" révèle qu’il s’agit avant tout d’avocats mais aussi de chefs d’entreprises ou d’hommes d’affaires plus âgés et riches qui possèdent un large réseau de contacts intéressants. Ces diplomates volontaires, qui ne doivent pas nécessairement avoir la nationalité belge, sont censés fournir une assistance aux ressortissants belges présents sur le territoire dont ils sont responsables (par exemple lors d’un décès, d’un vol, d’une perte de papiers officiels, d’un accident ou d’une crise sanitaire). Ces particuliers exercent leur fonction consulaire à titre bénévole, en plus de leur activité professionnelle.
"C’est la première fois que nous avons pu mener une enquête sur les consuls honoraires dans le monde", indiquait Lars Bové (photo), journaliste d’investigation du quotidien financier De Tijd. "En Belgique aussi la fonction de consul est entourée d’un rideau de fumée. Ils n’ont souvent pas la nationalité belge, ne sont parfois jamais venus en Belgique et ne parlent aucune de nos langues nationales. Les Affaires étrangères ne révèlent pratiquement jamais comment ces consuls honoraires sont choisis, quel est leur passé et quelles sont leurs tâches exactes. Cela suscite tout de même des questions", estime le journaliste.
Fraude fiscale et exploitation forestière illégale
L’enquête précédente sur les Panama Papers avait notamment révélé que différents consuls honoraires belges étaient liés à des sociétés offshore. L'un d'entre eux a même été nommé comme consul honoraire après que son nom soit apparu dans l'affaire des Panama Papers. Un homme d'affaires danois qui est consul honoraire de la Belgique depuis 2013 est cité dans l’enquête sur les "Shadow Diplomats" parce que la société dont il est copropriétaire a poursuivi ses activités en Russie.
Le consul honoraire de l'ile australienne de Tasmanie gère quant à lui "'plusieurs sociétés d'exploitation forestière congolaises qui ne prennent pas les règles d'exploitation forestière et les droits de l'homme très au sérieux" indique Apache, site d'information belge néerlandophone. Un autre consul honoraire était impliqué dans un trafic de cocaïne entre le Suriname et l'Europe, ajoutent différents journaux.
Joris Salden, directeur général des affaires consulaires au ministère des Affaires étrangères appelle cependant à la prudence. "Sur les cas individuels, je ne peux pas faire de commentaires. Mais une réputation est fragile. Ce n'est pas parce qu'il y a une allégation quelque part sur internet qu'elle est vraie."
Le ministère des Affaires étrangères ne renvoie les consuls honoraires que lorsqu'ils ont été condamnés pénalement. Cela doit être fait conformément à l'arrêté royal de 2016 qui stipule que les consuls honoraires doivent "avoir une conduite irréprochable et jouir d'une réputation honorable", et doit inclure une lourde procédure publique, avec le risque d'une atteinte à la réputation pour toutes les parties concernées. Knack, De Tijd et Le Soir ont appris de sources bien informées que le ministère des Affaires étrangères traite parfois les cas problématiques de manière "diplomatique" également. Le consulat honoraire est alors fermé la plupart du temps, sans impacter la personne concernée.
Quelques scandales impliquant des consuls honoraires ont déjà fait la une des journaux avant l'arrêté royal de 2016. Le consul honoraire de Belgique à Zurich, qui a été écarté par le ministère des Affaires étrangères fin 2013 parce qu’il était soupçonné d'avoir reçu des pots-de-vin pour la construction d'un incinérateur en Wallonie, en est un exemple récent. La cour d'appel de Liège l'a condamné pour corruption en 2019.

