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De g. à dr.: Cleo Klapholz et Yves Kibi Puati Nelen (Proza-K), Ruth Lasters, Lotte Dodion, Lies Van Gasse et Yannick Dangre

Les cinq poètes de la ville d'Anvers ont démissionné

Après Ruth Lasters il y a quelques semaines, les quatre autres "stadsdichters" (les poètes nommés par la ville d'Anvers) ont rendu leur démission vendredi. La décision du collège communal de couper dans les subsides pour des projets culturels a été la goutte qui a fait déborder le vase, apprenait la VRT ce samedi matin. "La poésie apporte de la chaleur à la société, mais la froideur de la gestion d’Anvers est en contradiction totale avec cette philosophie", estiment les poètes officiels. L’un d’eux parle d’un climat de travail “toxique”. L’échevine anversoise de la Culture, Nabilla Ait Daoud, estime que les poètes n’ont pas donné suffisamment de temps à la ville pour parvenir à un accord sur les termes exacts de leur mission.

Anne François
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Depuis le début de cette année, la ville d'Anvers comptait non plus un seul mais cinq poètes officiels, nommés pour une mission de deux ans. L'une d'entre eux, Ruth Lasters (photo), avait déjà démissionné en septembre alors que l'échevine de la Culture, Nabilla Ait Daoud (N-VA), avait décidé de censurer "Losgeld", l'un de ses poèmes sur l'inégalité de traitement des enfants dans l’enseignement professionnel. Elle jugeait le poème trop critique et le qualifiait de "pamphlet" politique.

Après son départ, les quatre autres poètes - Yannick Dangre, Lotte Dodion, Lies Van Gasse et le duo Proza-K (formé par Yves Kibi Puati Nelen et Cleo Klapholz) - avaient entamé des discussions avec le collège communal pour s'assurer que leur liberté d'expression serait respectée. Les négociations entre les poètes et l'échevinat de la Culture - modérées par l'association d'écrivains PEN Vlaanderen - qui visaient à clarifier le statut de poète officiel, n'ont toujours pas abouti deux mois plus tard.

Les quatre "stadsditchters" ont donc décidé de présenter leur démission, et le climat culturel global dans la cité diamantaire n'y est pas étranger. La ville d’Anvers a en effet décidé récemment de supprimer plusieurs subsides à des projets culturels. "Il s’agit de subsides qui devaient rendre l’art plus accessible, plus neuf et plus large. Ce n’est pas une décision budgétaire de dernière minute, c’est un souhait de tuer l’art. Je ne peux y adhérer. Je crois que la poésie est l’une des manières de rendre la société plus chaleureuse. La froideur de l’administration anversoise et la vision de la société qu’elle véhicule sont en contradiction totale avec cette philosophie. Ces deux visions ne peuvent plus être réconciliées", expliquait Lotte Dodion à VRT NWS.

Les quatre poètes d’Anvers ont donc décidé de rendre une démission collective. Chacun enverra une lettre à l’échevine expliquant ses motivations personnelles. Les poètes estiment avant tout que le collège a peu d'intérêt, donc de soutien, pour la culture. "Nabilla Ait Daoud n’a par exemple pas jugé nécessaire de faire connaissance avec nous. Elle n’était pas présente au spectacle d’inauguration au Théâtre Arenberg. Pour d’autres personnalités officielles nous semblons aussi avoir été "quantité négligeable". Plusieurs fois la présentation d’un des poèmes qui nous avaient été commandés a été retirée à la dernière minute d’une cérémonie où elle aurait dû avoir lieu", précisait Yannick Dangre.

Le duo Proza-K (photo) indique pour sa part que son poème "Crystal Palace" n’a "pas pu être affiché en dernière minute sur une horrible boite électrique grise parce que le dessin aurait été trop obscène".

L’échevine de la Culture surprise

Nabilla Ait Daoud (photo) se dit surprise de la démission collective des poètes anversois. Elle affirme que la ville est bien à la recherche d’un accord pour définir la mission des poètes officiels. "Nous avions convenu d’établir avec les poètes et un expert juridique externe une nouvelle licence. Les poètes ont interrompu cette démarche en rendant leur démission", déclarait l’échevine ce samedi dans l’émission "De ochtend" (Radio 1).

"Les poètes ne nous ont pas donné suffisamment de temps. Nous prenons acte de leur démission". Ait Daoud réfute leur critique sur un manque de moyens alloués à la culture. "Au cours de chaque législature, quelque 684 millions d’euros sont investis dans la culture. On ne peut pas déclarer que nous n’avons pas de cœur pour la culture". Elle souligne la situation de crise actuelle : "Nous avons réduit les subsides pour des projets culturels parce que nous devons faire des économies. Anvers n’est pas un cas unique dans ce domaine. Toutes les administrations locales souffrent des prix de l’énergie et des salaires en hausse".

L’échevine estime qu’il reste néanmoins suffisamment de possibilités d’aide aux jeunes artistes débutants, ce que les cinq poètes officiels contredisent. Et que va faire Anvers sans ses poètes ? "Nous devons nous réunir et en discuter avec eux. Qu’ils nous en donnent le temps", concluait Nabilla Ait Daoud.

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