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Des espions opèrent encore toujours en Belgique depuis l'ambassade de Russie à Uccle

Malgré l'expulsion par notre pays de 21 diplomates soupçonnés d’être des espions russes, des dizaines d'entre eux sont toujours actifs en Belgique. "Ils ont leur siège dans un domaine fermé situé Avenue De Fré à Uccle", a expliqué le journaliste du journal De Tijd, Lars Bové, dans l’émission "De Wereld Vandaag" (Radio 1). Que savons-nous exactement à leur sujet ? Comment ces nouveaux "diplomates-espions" sont-ils entrés dans le pays ? Et combien en reste-t-il ? Les réponses, ci-dessous.

Eric Steffens Michaël Torfs
Publié:

A quoi ressemble le quartier général russe à Bruxelles ?

Le siège d'Uccle est en fait un grand domaine qui abrite également l'ambassade de la Fédération de Russie, explique Lars Bové, qui a enquêté avec la chaîne néerlandaise NOS et a pu consulter entre autres des documents secrets de la Sûreté de l’État belge. "Ce domaine a une superficie de plus de 46 000 mètres carrés (4,6 hectares, ndlr) et dispose d'une clôture de 900 mètres électrifiée et équipée de caméras de sécurité."

Il y a de grosses antennes paraboliques sur certains bâtiments, or ce n'est pas seulement pour capter la télévision d'Etat russe

Lars Bové

Sur ce domaine située Avenue De Fré à Uccle, il y a bien plus que le seul bâtiment de l'ambassade : c'est comme un mini-village, il y a des petits châteaux, des serres, un grand bâtiment avec des salles de classe et même un immeuble d'habitation. "Le personnel de l'ambassade russe forme une petite communauté fermée, avec ses propres installations scolaires et un contrôle interne très strict", explique Lars Bové.

"Il y a de grosses antennes paraboliques sur certains bâtiments, et ils ne servent pas seulement à capter la télévision d'État russe. Le domaine fait office de centre de communication pour les services de renseignement russes en Belgique, afin de transmettre des informations cryptées à Moscou."  

Que savent nos services de renseignement ?

Beaucoup de choses, en fait. Si le sujet se retrouve plus souvent dans l'actualité depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie et l'expulsion par la Belgique de 21 espions, la Sûreté de l’Etat et le service de renseignement militaire (SGRS) étaient au courant depuis longtemps. 

"Ils savaient en fait beaucoup de choses", ajoute Lars Bové à ce sujet. "Nous lisons dans des documents secrets, par exemple, qu’ils savent qu'une certaine personne venant ici, en tant que diplomate, viendra relayer quelqu'un d'autre et se concentrera, par exemple, sur l'espionnage économique et industriel."

Pourquoi les nouveaux "diplomates-espions" sont-ils autorisés à entrer ?

Même si les autorités belges savent qu'un nouvel arrivant ne vient pas vraiment travailler ici comme diplomate mais comme espion, il est toujours autorisé à entrer dans le pays pour faire son travail (du moins avant le début de la guerre en Ukraine, ndlr.) Pourquoi ? Il est d'usage que lorsqu'un nouveau "diplomate" est signalé par la Russie, la Sûreté de l’Etat enquête sur cette personne. Une recommandation aux Affaires étrangères suit par la suite.

"Mais il peut y avoir d'autres intérêts en jeu que les seuls intérêts de sécurité. En fait, cela revient à dire que si un diplomate s'est déjà fait remarquer négativement dans un autre pays, il peut être refusé. Mais pour des raisons diplomatiques, et pour ne pas avoir de retour de bâton de la part de la Russie (envers le personnel belge là-bas), cette personne est généralement quand même admise", explique Lars Bové.

En outre, plus l'ennemi est proche, plus il est plus facile de le surveiller. "Les services de renseignement utilisent parfois le credo. "Mieux vaut un mal connu qu'un bien qui reste à connaître. On sait que c’est un espion, donc on peut le surveiller."  

Combien d'espions russes sont actifs actuellement en Belgique ?

Un grand nombre, apparemment. Vingt-et-une personnes ont été expulsées par notre gouvernement au début de l'année, mais à l'époque, environ 220 personnes travaillaient à l'ambassade de Russie. "Et parmi eux, 70 à 80 travaillaient sans aucun doute pour les services de renseignement", précise M. Bové.

Ils n'ont donc pas tous été renvoyés chez eux, mais une stratégie ciblée a été suivie : "Ils ont surtout renvoyé le personnel technique hors du pays. Sur ces 21 personnes, environ sept travaillaient dans des départements techniques. Ils devaient transmettre toutes les informations recueillies et s'occuper des lignes de communication cryptées." De cette manière, la Belgique a donc voulu porter un coup à l'ensemble du système de communication.  

Qui sont ces espions russes ?

L'un des diplomates qui a dû partir cette année est Gregory Kuznetsov, le consul-général russe en Belgique qui travaillait à Anvers. Le consulat général d’Anvers est maintenant fermé. "Mais Kuznetsov n'était pas vraiment un espion : nos services de renseignement le considéraient plutôt comme un agent d'influence. Cette personne devait faire en sorte que des gens puissent s'infiltrer dans les cercles politiques, à ce que des contacts soient établis", explique encore Lars Bové.

Il est intéressant de noter que des documents de la Sûreté de l’État indiquent que ses liens avec les milieux d'extrême droite font l'objet d'une enquête. Par ailleurs, l'homme a été invité au Parlement flamand par Filip Dewinter (Vlaams Belang), ce que Dewinter avait indiqué sur Twitter et qui avait suscité de nombreuses réactions. Il faut savoir que la Sûreté de l'État belge et ses collègues étrangers surveillent depuis un certain temps déjà les liens entre la Russie et l'extrême droite.  

La décision belge a-t-elle eu un effet ?

En partie, oui. "Vous ne pouvez pas dire : cela a porté un grand coup à l'appareil d'espionnage russe. Car il reste encore un nombre important d'espions ici", nuance Bové. Mais la Belgique a pris des mesures structurelles.

L'UE et la Belgique ont expulsé ensemble 40 "diplomates-espions", mais il y a une différence. La Belgique a également immédiatement supprimé ces 21 postes. Parce que ces "créneaux" ont disparu, la Russie ne peut pas les remplir avec de nouveaux espions. Mais à l'Union européenne, les 19 postes n'ont pas été supprimés, de sorte qu'en principe, de nouveaux espions pourraient prendre leur place. Soit dit en passant, les diplomates travaillant à l'UE pour la représentation russe travaillent aussi en grande partie à Uccle. "Une autre preuve qu'Uccle est un centre de communication très important pour ces services de renseignement russes".  

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