Depuis le début du mois d’octobre, 60 enfants allochtones vont à l’école dans le village d’accueil d’urgence construit sur la rive gauche de l’Escaut à l’attention des réfugiés ukrainiens. Radio 2 Anvers a pu visiter cette nouvelle école qui propose des Classes d’accueil pour les primo-arrivants d’expression étrangère (en néerlandais Onthaalklassen Anderstalige Nieuwkomers ou OKAN). "Tous les jours, ils viennent si volontiers aux cours. La routine scolaire leur apporte beaucoup", explique l’enseignant Lucas van Dam. L’échevine anversoise de l’Enseignement Jinnih Beels a aussi réagi à la pénurie de classes OKAN à Anvers.
A l’école avec des enfants ukrainiens dans le village d’accueil anversois : "Si la langue n’y est pas, c’est le cœur qui doit parler"
"Je m’appelle Anastasia, j’ai 12 ans et je viens d’Ukraine. Le néerlandais n’est pas si difficile à apprendre", déclare en riant une joyeuse adolescente blonde qui parle déjà bien le néerlandais. Elle est logée quelques blocs de conteneurs plus loin, dans le village d’urgence qui a été construit pour les réfugiés ukrainiens sur la rive gauche de l’Escaut (Linkeroever). Depuis début octobre, elle peut aussi y suivre les cours qui y sont donnés à l’attention de nouveaux arrivés allochtones. Des enfants de réfugiés d’autres nationalités et qui habitent ailleurs dans la métropole peuvent aussi y aller à l’école.
"Cela a été un travail de titan pour tout organiser. Nous sommes venus visiter le village d’accueil d’urgence le 15 septembre. Le 3 octobre les conteneurs aménagés en école se trouvaient sur place, avec des enseignants et des élèves", expliquait à Radio 2 Sarah Vriens, la directrice de l’école secondaire Technicum du quartier anversois ‘t Eilandje. Avec le Collège Sainte-Anne de Linkeroever, cette école est responsable pour l’organisation pratique des cours à l’attention de primo-arrivants non-néerlandophones sur la rive gauche de l’Escaut. "Je suis tellement contente que nous soyons arrivés à ouvrir cette école. Il y a de longues listes d’attente pour les écoles OKAN à Anvers et trop d’enfants qui ne peuvent encore suivre les cours", se réjouissait Sarah Vriens.
Malgré la pénurie d’enseignants constatée actuellement dans la plupart des écoles de Flandre, de nombreuses candidatures ont été envoyées pour donner cours dans le village d’accueil anversois. "Tous les jours il y a encore des candidats qui se manifestent pour y donner cours", constate Vriens. "Ils ne possèdent pas toujours une expérience dans l’enseignement, mais ils ont envie de participer au projet".
Thijs Dillen, ancien animateur de jeunesse, est l’un des candidats qui a décidé de se lancer dans l’enseignement. "On peut vraiment construire quelque chose en partant de rien, sans les contraintes de l’enseignement classique. Avec ces enfants-là on peut vraiment commencer à travailler".
Lucas van Dam enseigne aussi à Linkeroever et a consciemment délaissé l’enseignement classique pour donner cours aux enfants réfugiés allochtones. "Je donnais cours de néerlandais, mais je voulais faire un travail qui soit socialement plus pertinent. J’ai entendu parler des listes d’attente. Bien que les élèves ne parlent pas encore le néerlandais, on constate que la structure d’une classe et de l’école est très importante pour eux et leur donne une sorte de réconfort"', explique Lucas van Dam. "Si la langue n’y est pas, c’est le cœur qui doit parler, et les enfants le sentent", ajoutait Thjis Dillen.
212 enfants allochtones ne trouvent pas d’école
L’enseignement pour les primo-arrivants d’expression étrangère est déjà sous pression depuis des années, mais l’arrivée des réfugiés ukrainiens a rendu cette pression intenable. Les écoles OKAN ont déjà tiré la sonnette d’alarme sur les ondes de Radio 2. Actuellement, 212 enfants sont sur une liste d’attente pour avoir accès à l’enseignement OKAN en région anversoise. Ils ont entre 12 et 18 ans et doivent avant tout apprendre le néerlandais avant de pouvoir être inscrits dans des écoles de l’enseignement général.
"Cette école à Linkeroever revient à mettre un emplâtre sur une jambe de bois", réagit l’échevine socialiste anversoise de l’Enseignement Jinnih Beels. "Mais ne vous méprenez pas : je suis ravie des places supplémentaires créées dans ce village d’accueil. Au total, ce sont 156 places que nous avons déjà pu créer à court terme, mais la liste d’attente dans la ville n’a pas disparu".
Jinnih Beels (photo archives) veut élargir le débat sur les cours de néerlandais à l’attention des enfants de primo-arrivants. "Ce sera nécessaire si l’afflux de nouveaux arrivants ne cesse pas. Nous devons oser penser sans idées préconçues. Tentons de réécrire l’histoire de l’enseignement OKAN. Ce qui veut dire garder les bonnes choses, mais aussi trouver un moyen de réduire la pression dans l’enseignement sur le terrain. La ville va réfléchir à des solutions, en collaboration avec tous ses partenaires. Comment offrir aux jeunes des opportunités de pratiquer la langue en dehors des heures de cours, par exemple pendant leurs loisirs auprès d’associations ?".

