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Le projet Ventilus suscite de vives inquiétudes en Flandre occidentale et pourtant il est nécessaire

Le projet de ligne à haute tension Ventilus suscite de vives inquiétudes quant aux risques pour la santé des habitants en Flandre occidentale. Pourtant, ce projet est absolument nécessaire notamment pour rapatrier l’électricité produite par les parcs éoliens en mer du Nord.

Eric Steffens
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Vous les avez peut-être aperçus le long des autoroutes de Flandre occidentale : les panneaux de protestation contre le projet Ventilus. Cette nouvelle ligne à haute tension doit transporter l'électricité des parcs éoliens en mer du Nord vers l'intérieur des terres. Avant de pouvoir être raccordée à une ligne aérienne existante, une nouvelle ligne à haute tension doit d'abord être construite entre Jabbeke et Izegem. A présent que le gouvernement flamand est sur le point de prendre une décision à ce sujet, les résidents locaux intensifient leurs protestations.

Pourquoi Ventilus est-il nécessaire ?

Actuellement, la région côtière est alimentée par une seule ligne à haute tension : la ligne Stevin. "C'est risqué", a déclaré à la VRT l'expert en énergie Joannes Laveyne (Université de Gand). "S'il y a des problèmes techniques et que cette ligne tombe en panne, la région côtière pourrait se retrouver sans électricité."

Mais il va plus loin, "même en Europe, on compte sur la fourniture de cette énergie éolienne offshore", ajoute Joannes Laveyne. "Si cette seule ligne tombe en panne, cela pourrait affecter toute la Belgique et même l'Europe avec un black-out très large".

Une solution de secours au système existant est donc nécessaire : "L'idée de Ventilus est en fait de dédoubler la ligne existante, en veillant (d’où son nom) à ce qu'une deuxième ligne puisse transporter cette électricité à l'intérieur des terres".  

Selon les experts : il y a urgence

Joannes Laveyne est donc catégorique quant à l'urgence du projet : "C’est est en fait assez urgent". Selon l'expert en énergie, l'ensemble du projet a déjà été retardé de deux ans, notamment en raison d'une double vérification technologique. "Normalement, la construction devrait commencer dans un an et demi, mais ce sera certainement plus tard".

Joannes Laveyne souligne que Ventilus sera nécessaire pour les livraisons d'énergie éolienne prévues à l'avenir. "Il y aura un deuxième parc d'éoliennes en mer, mais il s'appuiera sur Ventilus pour amener cette énergie à terre en toute sécurité. Tout comme les autres projets visant à obtenir de l'énergie éolienne bon marché de l'étranger, tels que les interconnexions supplémentaires avec le Royaume-Uni ou le Danemark."  

Qu'en est-il des préoccupations des riverains concernant les ondes produites par Ventilus

Malgré l'importance et la nécessité de Ventilus pour la fourniture d'énergie verte et la réalisation des objectifs climatiques, les riverains protestent parce qu'ils s'inquiètent de l’effet des ondes électromanétiques sur leur santé. 

Les ondes électromagnétiques des lignes à haute tension sont très puissantes. Elles peuvent s'avérer nocives à long termes pour les personnes vivant à proximité. Les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur l'impact sanitaire des lignes à haute tension.

"On lit dans des études sur les effets sur la santé", explique Andy Devooght, un agriculteur qui vit dans la zone. "Cela peut provoquer une leucémie ou une tumeur au cerveau. Il ne faut pas sous-estimer cela."

Selon Guy Vandenbosch, spécialiste des rayonnements à la KU Leuven, il n'a pas été prouvé que les rayonnements de ces lignes à haute tension provoquent des cancers chez les jeunes enfants : "Il existe un lien statistique, mais il s'agit d'un très petit nombre de cas d'enfants par an, sur des chiffres de population importants. Je pense qu’il faudrait comparer cela à d'autres risques de la vie, comme envoyer votre enfant à l'école en vélo. Je pense que cela comporte un risque beaucoup plus grand." 

En surface ou en sous-sol ?

Aussi faible que puisse être le risque de radiation pour les enfants, les riverains ne veulent pas exposer leurs propres enfants à ce risque. Ils ne sont pas opposés à l'ensemble du projet Ventilus, mais ils exigent que la ligne soit construite en souterrain.

"Une ligne à haute tension avec des tensions et des courants aussi élevés que Ventilus est très difficile à poser sous terre en raison d'un certain nombre de limitations physiques", explique Joannes Laveyne.

Pourtant, ce n'est pas impossible. Cela existe en Allemagne, par exemple. Cela n'a pas échappé au ministre de l'énergie et de l'environnement Zuhal Demir (N-VA), qui a demandé au gestionnaire de réseau Elia plus de clarté à ce sujet.

Plus cher et impossible techniquement

Mais Joannes Laveyne évacue immédiatement tout espoir de cette voie alternative. "Si on utilise du courant continu, on peut effectivement placer des câbles sous terre. Mais Ventilus est censé être construit avec du courant alternatif. Le problème est que la technologie actuelle du courant continu n'est pas compatible avec les conditions de sécurité de Ventilus. Si la ligne Stevin, qui alimente actuellement la côte, devait tomber en panne, il n'est absolument pas certain que Ventilus puisse la rattraper assez vite pour éviter de provoquer un black-out."

Outre ces objections techniques, il y a aussi le prix : selon Laveyne, une ligne souterraine serait beaucoup plus chère. "Pour une ligne souterraine en courant continu, il faut aussi construire des stations de conversion, car notre réseau électrique est en courant alternatif. Il y a aussi des coûts supplémentaires, comme les expropriations et les travaux d'excavation, ce qui n'est pas le cas pour une ligne aérienne."

Et maintenant ?

Le dossier est sur la table de la ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA). Elle en discute encore actuellement, notamment avec les autorités wallonnes (où un débat similaire fait rage à propos d'une ligne à haute tension dans le Hainaut) et avec Elia (dont elle attend des chiffres concrets sur les coûts d'une connexion souterraine).

Ventilus doit relier Zeebrugge à Avelgem où la Boucle de Hainaut doit se connecter et continuer jusqu'à Courcelles en traversant le Hainaut. 

La ministre Zuhal Demir espère pouvoir prendre la décision concernant Ventilus avant l'été. Mais il n'est pas inconcevable que les groupes de riverains intentent une action en justice contre cette décision. Le calendrier de l'ensemble du projet est donc très incertain.

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